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Mes souvenirs de Pepe Massip
Par Maria Elena Molinet Traduit par Alain de Cullant
J'ai accepté de travailler avec joie avec José Massip dans la réalisation des films sur José Martí et Antonio Maceo.
Illustration par : Marta María Pérez

Quand l'ai-je rencontré ? Peut-être rien de plus et rien de moins que dans la Société Culturelle Nuestro Tiempo ; je pense que c’est lors de l'exposition d’Agustín Fernández, ou dans un autre événement culturel où parfois nous rencontrons des membres de cette association dans laquelle il y avait tant d'intellectuels et d'artistes.

Plus tard, après le triomphe de la Révolution, nous avons coïncidé de nombreuses fois, au théâtre, à l'UNEAC (Union des Écrivains et des Artistes de Cuba), dans une exposition, etc. ; lui dans ses travaux cinématographiques et moi dans les miens, les théâtraux et ceux des écoles d'art.

C’est peut-être parce qu'un autre cher ami, Saúl Yelín, fondateur de l'ICAIC, malheureusement disparu depuis longtemps, m’a toujours insisté, au début des années 1960, de dessiner des costumes pour la naissante industrie cinématographique et que je devais entrer en contact avec les nouveaux cinéastes. La vérité est qu'une fois, lors des splendides jours des années 1960, je me suis approchée de Pepe et il m’a dit qu'il voulait filmer un documentaire sur la base étasunienne de Guantanamo ; je suis partie rapidement avec une équipe vers cet endroit pour commencer les recherches. En outre, il m'a invité à me joindre au groupe pour apprendre comment était l'image des personnes qui y vivaient dans le passé. Je pense que j'ai dit oui tout de suite. J’ai rejoint le groupe, même sans savoir comment on faisait les recherches pour un film.

J'ai dû consulter des archives photographiques, des journaux, des revues et les différents types de papiers. J'ai rencontré des gens que je n’aurai connu dans d'autres circonstances, comme des anciennes prostituées, propriétaires d'immenses maisons closes où allaient les troupes yankees, etc. Ce furent quinze jours, ou peut-être un peu plus d’intense apprentissage, des jours qui sont gravés profondément en moi. En plus, il m’a apporté une bonne quantité d'informations graphiques et écrites que je conserve encore et qui m'ont beaucoup aidé au long de ma vie comme investigatrice et dessinatrice de personnages scéniques.

Toute cette recherche de matériels si précieux a eu lieu sous la direction du grand cinéaste et historien qu’est José Massip. Et bien que finalement le documentaire n'a pas été terminé, j'ai gagné tant que je me nourri encore de ceci.

Peu de temps après j’ai été appelée pour intégrer d'autres équipes créatives, d'autres films. Et après un certain temps, Pepe m’a de nouveau appelé pour un autre documentaire qu’il préparait, cette fois-ci sur notre Héros National, José Martí. Aucun acteur n’était prévu pour interpréter le rôle de cette chère présence historique, mais un homme ayant une grande ressemblance physique avec le Maître est apparu et il fallait l'habiller avec des vêtements que Martí aurait utilisés à certains moments de sa vie. Des profondes recherches ont de nouveau commencées, sous la direction de Pepe. Les choses que j'ai découvertes m'ont aussi beaucoup servi, jusqu'à aujourd'hui...

Le temps a passé, j'ai participé à d'autres projets cinématographiques et parmi les films les plus chers il y en a beaucoup qui abordent l’étape de nos guerres d'indépendance. L'autre moi, mambisa de pure souche, a apprécié la reproduction de tant de faits héroïques et chéris.

Un jour Pepe est revenu me chercher, il avait déjà un script très important sur Maceo, plus précisément sur la Protestation de Baragua. J'ai accepté avec joie car le film touche divers faits historiques, depuis le début de la Guerre des Dix Ans.

Que pouvais-je demander de plus ? C'est une analyse filmée sur cette première guerre d'indépendance et de son but, qui peut être avec dignité, grâce au caractère d’Antonio Maceo. De nombreux personnages interviennent dans ce film, négatifs et positifs, parmi lesquels, de plein droit, le Dominicain/Cubain Máximo Gómez et le très Cubain Antonio Maceo.

Mais j’ignorais quelque chose de très important, qui m'a frappé durement, mais que j’ai pu sauver, grâce aux indications de Pepe. Il n’y avait pratiquement pas d’images légitimes, non édulcorées, de nombreux personnages historiques présents dans le script.       

Je ne vais pas conter tous les avertissements et toutes les difficultés que j'ai dû affronter quant à la recherche de la vérité. Celle-ci se cache parfois et on peut seulement la reconnaître après une analyse très approfondie. D’autres fois on ne la rencontre pas explicitement et il faut l’offrir implicitement.

Cela m'était arrivé avec l'image de Maceo : il n'y a rien de véridique, ni de l’étape antérieure au 10 Octobre, ni de la période de la guerre ; il y a seulement des descriptions et des opinions sur son caractère, ses gestes et ses coutumes. Mais il y a de nombreuses images postérieures. Avec ces éléments, mes connaissances sur les vêtements mambi et, surtout, avec la passion et la qualité de l'acteur Mario Balmaseda, j'ai inventé les vêtements qu’il a utilisé. Quand nous l’avons enfin montré à Pepe, il a dit : « Oui, c’est Maceo ».

Maria Elena Molinet de la Peña (Holguín, 1919), diplômée en peinture et gravure de l’École des Arts Plastiques « San Alejandro ». Fondatrice et membre du Conseil National de l'UNEAC. Elle appartient à l'AIAP (UNESCO) et au Conseil des experts de la Direction de théâtre et de danse du Ministère de la Culture. Elle a obtenu, parmi de nombreuses reconnaissances, la Distinction pour la Culture Nationale, l'Ordre « Alejo Carpentier », le Prix National de Théâtre 2007 et le Prix National de l'Enseignement Artistique 2007.