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Fêtes champêtres et religion populaire en Haïti
Par Jean Maxius Bernard Traduit par
Les fêtes champêtres, célébrées en hommage aux saints catholiques et aux « lwa » vodou, représentent les manifestations les plus grandioses de la religion populaire en Haïti.
Illustration par : Lázaro Luis García

Le terme «fête» signifie solennité religieuse ou cérémonie commémorative; c’est le jour consacré à la mémoire d’un saint patron. Une fête rassemble une population ou un groupe de personnes célébrant un culte ou commémorant un événement historique: elle peut être sacrée  ou profane. Elle est sacrée quand elle est destinée à solenniser un fait sacré; elle est profane quand elle n’a pas de rapport avec le sacré ou quand ce rapport est mince. La fête, qu’elle soit sacrée ou profane, varie selon les circonstances, les mœurs, les coutumes, les traditions, voire les rangs sociaux. Elle peut être familiale, professionnelle, urbaine, rurale, nationale et même universelle

A certains jours de l’année, l’Église catholique convie les chrétiens à célébrer des fêtes universelles. En Haïti les plus festives sont: la Noël, le Jour de l’An, les Rois, le Carnaval, la Pâque, La Toussaint, le Jour des morts et les fêtes patronales. Les « fêtes champêtres », qui sont en fait des fêtes patronales,  font partie du patrimoine culturelle d’Haïti : elles entraînent la création et la pratique de la religion populaire.

En sociologie, la notion de religion populaire est conçue comme le système de croyances et de pratiques religieuses des couches subalternes de la société. Ces couches tendent à mélanger la doctrine  de l’Église à leurs croyances ou à leurs pratiques magico religieuses. Ainsi comprise, la religion populaire est l’expression concrète de la représentation cosmique du peuple; elle est insérée dans la culture populaire qui, elle-même, intègre la culture globale. 

Le vodou est, de par son origine syncrétique (amalgame de croyances africaines et d’éléments judéo-chrétiens), une religion populaire. Il est à cheval sur les fêtes des saints catholiques et les cultes rendus aux esprits afro haïtiens. Presque tous les «lwa» vodou sont identifiés à ces saints; par exemple «atibon legba», maître des carrefours et des routes, gardien de toutes les entrées, le « lwa » le plus important dans la mythologie vodou, est identifié à Saint-Antoine l’Ermite, à Saint-Antoine de Padoue et à Saint-Pierre. A l’occasion de la fête de ces saints patrons, les vodouisants honorent « atibon legba »  ou «alegba».

«Métrès èzili» est identifiée aux Vierges noires: à Notre Dame d’ Alta-Grâce et à Notre Dame du Mont Carmel; leur fête est célébrée respectivement le 21 janvier et le 16 juillet.  Agaou, frère de «azaka mede», est associé à Saint Rock, à Saint Michel et à Saint Jean Baptiste. Selon Milo Marcelin  le 24 juin, à l’occasion de la Saint Jean, les gens de la Plaine du Nord - une bourgade située non loin du Cap Haïtien- rendent culte à agaou. Ledit auteur a consacré tout un chapitre de son ouvrage à Saint Jacques Majeur. Ce dernier est le père et le chef des « ogou ». Il est présenté dans les chromos populaires  comme un cavalier brandissant son sabre.  Le 25 juillet est le Jour de la Saint Jacques. En Haïti, cette fête est célébrée dans plusieurs paroisses. Néanmoins, elle prend un aspect solennel dans la Plaine du Nord, car non loin de l’église, un grand espace, dénommé « basen senjak», est réservé au culte vodou.

« Grann èzili », déesse des eaux douces, protectrice des foyers, est identifiée à Sainte Anne dont la fête est célébrée le 26 juillet. Elle est aussi connue sous les vocables de « freda dawomen »  ou « bon èzili» par opposition à «èzili dantò »,  « èzili zilia », etc.  Grann èzili est aussi identifiée à Sainte Philomène. A Carrefour Fauché, non loin de Léogane, une chapelle catholique est dédiée à Saint-André dont la fête est célébrée le 30 novembre. Les vodouisants qui y participent honorent à un endroit précis Sainte Philomène qu’ils identifient à  « grann èzili freda dawomen ».

Notre-Dame de l’Assomption dont la fête est célébrée le 15 août, correspond à «métrèss lasirenn».  Celle-ci est, selon la croyance populaire, la maîtresse des eaux douces. « Damballah »et « ayida wèdo », symbolisés par la  couleuvre ou par l’arc-en-ciel, sont catégorisés parmi les « lwa » les plus anciens du panthéon vodou. Danmbalah est identifié à Saint Patrick ou à  Moïse; « ayida wèdo » correspond à Immaculée Conception, dont la fête est célébrée le 8 décembre. Dans les chromos catholiques, elle est présentée  sous la forme d’une jeune fille, couronnée et auréolée d’étoiles, vêtue de bleu et blanc, debout sur un globe terrestre, avec une couleuvre sous les pieds et un croissant de lune par devant.

Les fêtes champêtres, célébrées en hommage aux saints catholiques et aux  « lwa » vodou, représentent les manifestations les plus grandioses de la religion populaire en Haïti. Ces manifestations constituent un grand complexe religieux formé de traditions catholiques, de réjouissances populaires et de croyances vodou. Ces trois composantes s’entrelacent ou s’unissent pour créer une cosmogonie particulière, propre à la nation haïtienne.