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Viengsay Valdés, la « victoire » du Ballet National de Cuba
Par Fernando Ravsberg Traduit par Alain de Cullant
Viengsay est une étoile qui a dansé sur les plus importantes scènes du monde.
Illustration par : Lázaro Luis García

Son nom est Viengsay, qui signifie « victoire » en laotien, mais son nom de famille est Valdés pour qu’il n’y ait aucun doute qu’elle soit latine. De toute façon, son origine se distingue dès qu’on la voit danser sur scène.

Elle est la première danseuse au Ballet National de Cuba, formée dès sa première jeunesse dans l’école cubaine, qu’Alicia Alonso a fondée il y a 60 ans. Viengsay est une étoile qui a dansé sur les plus importantes scènes du monde.

Nous la rencontrons lors d’un essai pour le Festival International de Ballet de Cuba, lors duquel elle dansera presque tous les jours. Malgré tout, elle trouve un espace pour converser avec BBC monde sur sa vie, ses victoires et aussi sur ses renoncements.

Comment avez-vous commencé dans le ballet ?

J'ai commencé la danse à l'âge de neuf ans, j’avais les conditions physiques nécessaires car j’avais déjà fait de la gymnastique artistique. J’aimais danser, j’improvisais toute seule. Ma grand-mère m'a emmené faire les tests à l'École Alejo Carpentier et ils m'ont accepté.

En tant que petite fille, comment avez-vous accepté les limitations imposées par cette vie ?

Ce fut très difficile car l’apprentissage durant des heures de quelque chose de totalement nouveau demande beaucoup de sacrifices, les douleurs dans le corps, aux pieds. J’ai mûri petit à petit, j’ai appris les pas du ballet jusqu'à devenir la première danseuse du Ballet National de Cuba.

Quel a été le moment le plus difficile dans ce chemin ?

Il y en a eu beaucoup. Parfois on doit sacrifier les vacances pour pratiquer un ballet car une saison arrive ou, enfant, se limiter dans certains jeux comme faire du patin à roulette, monter à cheval ou faire du vélo. Comme enfant, tu es limité dans les loisirs et la récréation. Tu te centres sur cette carrière, avec sa discipline ayant une constance quotidienne, c'est quelque chose qui t’absorbe complètement.

Croyez-vous que cela valait la peine de renoncer à tout ceci pour arriver à la cime du Ballet National ?

Je ne regrette pas la place que j'ai aujourd'hui, ni de tout ce que j'ai sacrifié pour pouvoir y être. Car, vraiment, j’aime beaucoup ce que je fais aujourd'hui. Ce fut un long chemin de sacrifices et de privations personnelles, mais j'ai atteint l'objectif et j’en jouis au maximum.

Comment ressentez-vous le fait d’être la première danseuse du Ballet National de Cuba ?

C'est une grande responsabilité parce qu’on prend la baguette de la compagnie, il faut donner l'exemple, comme personne, comme danseuse, comme professionnelle. Il y a un public qui te voit, une compagnie qui te suit, des gens qui disent qu'ils aimeraient être comme toi un jour. Donc tu ne dois avoir aucune faiblesse, tu ne peux pas te le permettre, tu dois toujours te surpasser, c'est une bataille continue. Tu dois maintenir la qualité artistique jusqu'au jour où tu décides de te retirer.

Quelle est la scène qui vous a le plus marqué ?

Le festival Sasaki, au Japon, m’a beaucoup marqué. C'est un festival où les danseurs se sentent comme des stars d'Hollywood car le public les aiment, les idolâtrent. C’est impressionnant de voir comment on se donne au public. Danser dans l’Auditorio Nacional de Mexico, ayant une capacité de 10 000 personnes, a aussi été impressionnant. C'est un public anxieux de voir le ballet. Le théâtre Marynsky (Saint-Pétersbourg) a été l'une des plus belles expériences et je tiens à la répéter. Il est impressionnant pour sa tradition et son histoire. Les plus grands danseurs sont passés par là, comme Nijinski ou Pavlova et de m’y voir, la petite cubaine invitée, la seconde après Alicia Alonso, m'a fait sentir très fière.

Lors de ses débuts aux États-Unis, Alicia a été rejetée pour être « trop latine », est-ce que cela se passe avec vous ?

Cela a changé, le public sait quand c’est un danseur cubain, il le perçoit dans cette force innée qui caractérise l'école cubaine de Ballet. Le Latin donne une saveur spéciale à la danse, à la passion, à la cadence, à la musicalité, ce sont les détails montrant que nous sommes Cubains.

Quelles sont les caractéristiques fondamentales de l'école cubaine de Ballet ?

Nous avons certaines particularités en ce qui concerne les pas techniques, les danseuses font des tours lents, soutenues sur les pointes. Les danseurs sont de très bons partenaires, pour moi les meilleurs du monde, ils savent très bien gérer la danseuse et leurs sauts sont très élevés. Mais la caractéristique la plus importante est l'interrelation du couple lorsqu'il s'agit de danser, la façon dont les danseurs se regardent dans les yeux, comment s’émet cette énergie, ce sentiment au moment de danser.

Il est facile d'imaginer que vous avez de nombreuses offres avec un revenu plus élevé que celui que vous recevez à Cuba, pourquoi restez-vous ici ?

Cuba m'a donné beaucoup, j'ai fait ma carrière ici. Je partage mon travail ici et sur d’autres scènes du monde, je fais les deux choses sans rompre avec Cuba, sans avoir à m'exiler ou à prendre des décisions difficiles. Je pense que c'est la meilleure façon.