IIIIIIIIIIIIIIII
Dámaso Pérez Prado est-il l'inventeur du mambo ?
Par Lino Betancourt Molina Traduit par Alain de Cullant
À vingt-cinq ans de sa disparition physique, on rend hommage à ce remarquable compositeur et arrangeur cubain qui a largement contribué à faire connaître au monde un des genres les plus populaires: Le Mambo.
Illustration par : Mario Carreño

De nombreuses personnes ignorent que l'auteur de la mélodie Suite exótica de las Américas (Suite exotique des Amériques), souvent identifiée avec la mort du Commandant Ernesto Ché Guevara, est du compositeur Dámaso Pérez Prado.

Ce notable pianiste, arrangeur et compositeur est né à Matanzas (Cuba) le 11 décembre 1917 et décédé à Mexico le 14 septembre 1989.

Mais, parlons de cette extraordinaire suite symphonique. En 1963, le producteur de la RCA Victor japonaise lui a proposé qu’il écrive une œuvre symphonique exprimant le caractère de la musique des Amériques. Cette mélodie est sortie la même année dans le théâtre de Las Américas de New York et elle a été enregistrée la même année à Hollywood. La pièce, de 16 minutes et demie, est structurée en sept parties. Cependant, la renommée de Dámaso Pérez Prado lui vient pour être considéré par de nombreux critiques de musique comme le véritable créateur de mambo.

La vérité est que le chanteur cubain Benny Moré a été celui qui a le plus contribué à faire croire que Pérez Prado est l'auteur incontesté du genre musical mambo.

Au milieu de l'interprétation de Mambo nº 5, Benny More pose la question : « Qui a inventé le mambo qui me provoque ? » Et lui-même répond : « Un petit gros avec une tête de phoque ! » Il se référait évidemment à Dámaso Pérez Prado.

Ces qualificatifs ne dérangeaient pas Pérez Prado. Au contraire, il remerciait Benny Moré qui plaidait en sa faveur quant à la polémique de l'époque mettant en doute la paternité du nouveau rythme appelé mambo. Bien que Pérez Prado commençait à être appelé « Le Roi du Mambo », beaucoup de gens pensaient autrement. Arsenio Rodríguez, Antonio Arcaño et Orestes López disaient être ses créateurs.

Mais Dámaso Pérez Prado, avec la puissante aide de la merveilleuse voix de Benny Moré, le « Bárbaro del Ritmo », s’impose et obtient que la balance s’incline en sa faveur ; même si aujourd'hui on questionne encore qui a inventé réellement le mambo.

Il a étudié la musique avec Rafael Somavilla Pedroso et il a débuté comme pianiste dans l’orchestre charanga de Senén Suárez. Trouvant la ville de Matanzas trop petite, il est venu à La Havane pour tenter sa chance, comme tant d'artistes. Son talent lui a ouvert les portes, pas celles du succès, mais il gagnait sa vie comme arrangeur. Après être passé d'un orchestre à l'autre durant trois ans, tels que ceux de Paulina Álvarez, des frères Palau et de Julio Cuevas et s’être présenté dans les cabarets de la Playa de Marianao – alors la Mecque du son -, il a obtenu que Liduvino Pereira l’incorpore dans le célèbre orchestre qu’il dirigeait : le Casino de la Playa. Lors de cette année, 1943, le plus célèbre chanteur était Orlando Guerra « Cascarita » et les arrangements du pianiste de Matanzas lui plaisaient beaucoup.

En 1946, la puissante maison discographique Victor lui donne l'occasion d'enregistrer et Pérez Prado compose deux morceaux – chantés  bien sûr par « Cascarita » - et deux pièces instrumentales. Mais rien ne se passe. L'un d'elle est appelée « trompetiana » et il dit que c'est un mambo.

Ensuite la maison Panart lui donne une autre chance. Il enregistre un morceau intitulé Panama en 1948 et il affirme que c'est un genre musical appelé « Mambo Kaen ». Une nouvelle fois rien ne se passe.

Etant donné qu'il n'avait aucun succès à Cuba il décida de tenter sa chance au Mexique. Là il rencontre la danseuse cubaine Ninon Sevilla, qui l'a aidé à percer. Pérez Prado a compris qu’il devait intégrer la danse avec la musique, et un groupe d'excellentes danseuses cubaines et mexicaines se sont chargées d’apporter le mambo sur scène. Il y a de nombreux cabarets et théâtres au Mexique proposant de la musique et le mambo a attiré rapidement l’attention par la nouveauté de son rythme.

La Victor s’est appropriée des œuvres de Pérez Prado, et avec Benny Moré chantant les mambos, elle s’est arrogée du triomphe. Mambo nº 5, Mambo nº 8, Caballo negro, Mambo batiri, Qué rico el mambo et de nombreux autres morceaux ont conquis la faveur populaire. Ensuite il a obtenu aussi du succès pour son génie comme orchestrateur et l’excellence des musiciens qui conforment son orchestre.

Mais Pérez Prado n’a pas seulement été un compositeur de mambos, dans les années soixante il commence à composer d'autres rythmes, comme le dengue, le pau pau, le culeta, la chunga, etc. Mais aucun n'a eu du succès. Il reste à jamais comme « Le Roi du Mambo ».

Les choses de l'art musical sont bizarres. En raison de problèmes de jalousie professionnelle, Pérez Prado est expulsé du Mexique au début de 1960, mais il revient en 1964. Afin de prouver qui il était comme compositeur, il a créé une mélodie en prenant comme thème une pièce d’un autre compositeur et il propose une oeuvre qui le place rapidement dans le hit-parade. Son oeuvre la plus connue, au moins à Cuba - après les célèbres mambos – est Patricia, prise par l'Italien Federico Fellini en 1960 pour le film La Dolce Vita.

Je pense que le compositeur cubain étant le plus présent dans des films a été Pérez Prado. Le premier film avec sa musique est Coqueta, en 1949, ayant son amie Ninón Sevilla dans le rôle principal. Ensuite sont venus Al son del mambo, Amor perdido, Aventuras, Del can can al mambo, La niña Popof  (avec María Antonieta Pons), Las interesadas, Las tres alegres comadres, Las huéspedes de la marquesa, México nunca duerme, Perdida, Serenata en Acapulco, Víctimas del pecado, Salón de baile, Underwater, Cha cha cha Bon, El dengue del amor, Kika, Debajo del agua et, bien sûr, La Dolce Vita. Un autre compositeur cubain a-t-il plus de musique dans le cinéma ?

Pérez Prado, après avoir passé quelques années aux États-Unis et réalisé des tournées avec son orchestre en Argentine, au Panama, au Venezuela, aux Philippines et au Japon, s’est installé définitivement au Mexique en 1964.

Son désir d'être au sommet de la gloire l'a poussé à créer de nouveaux rythmes. Mais il échoue. Il a enregistré plus de cent albums, la quasi-totalité d'entre eux visant à conquérir le goût nord-américain.

Tout à une fin dans la vie. La gloire du « Roi de la Mambo » s’éteint. Des nouveaux rythmes surgissent, supplantant le mambo du goût du public. Il continue avec le mambo au Mexique, mais il n'est plus le même. Malgré le fait qu'il a déclaré à plusieurs reprises qu'il viendrait à Cuba, il ne l'a pas fait.

Il n’y a aucun doute qu'avec son talent, son puissant orchestre et la voix de Benny More, il a mis à la mode un nouveau genre ayant encore - pourquoi pas ? - ses admirateurs, mais s’il n’est plus dansé.

À vingt-cinq ans de sa disparition physique, nous nous souvenons de ce remarquable compositeur et arrangeur cubain qui a largement contribué à faire connaître un des genres les plus populaires dans le monde avec son talent artistique. Avec ses créations magistrales, aidé par des interprétations uniques du « Bárbaro del Ritmo », on se souvient de lui comme le créateur du mambo, car – même s'il est vrai que d’autres auteurs cubains ont contribué à la création de ce genre musical – c’est lui, avec son génie, qui l’a fait connaître mondialement.

Sources consultées :

- Díaz Ayala, Cristóbal : Cuando salí de La Habana. Fundacion Musicalia, Puerto Rico, 1999.

- Giro, Radamés : Diccionario Enciclopédico de la Música en Cuba. Maison d’édition Letras Cubanas, 2009.