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Un documentaire sur le Viêt-Nam quarante ans après
Par Leandro Maceo Traduit par Alain de Cullant
Isabel Santos propose la première de son second documentaire Viaje al país que ya no existe, un hommage au directeur de photographie Iván Nápoles.
Illustration par : Mario Carreño

« Notre génération a été celle des rêves »

Isabel Santos propose la première de son second documentaire Viaje al país que ya no existe (Voyage dans le pays qui n'existe plus), un hommage au directeur de  photographie Iván Nápoles qui, comme partie de son expérience dans El noticiero ICAIC Latinoamericano, a filmé la guerre et la reconstruction du Viêt-Nam au côté de Santiago Álvarez.

Quarante ans plus tard Iván Nápoles est retourné avec Santos et l'équipe de réalisation sur les scènes de ses images les plus attachantes. La rencontre l’a fait rire et pleurer. Il y a un nouveau pays qui vous attend sur les décombres du passé.

Isabel Santos explique : « Je voulais trouver les endroits qu’Iván citait dans son journal. Il parle toujours de ceux-ci. Nous avons parcouru le pays par la route ou en avion afin de rencontrer ses souvenirs, raconter une histoire du passé. Quand on voit le documentaire on se rend compte qu’il a une image de fond complètement différente. Lorsque nous sommes arrivés à des endroits qu’Iván avait visités dans le passé, de ceux dont il parlait dans son journal, il a dit, non, que je n'ai pas été ici, c'est un nouveau pays. Il était ému par tout, surtout par les enfants, car leurs visages n'étaient plus tristes comme ceux de l'époque ».

L'actrice connaissait cet Iván « anonyme » de 80 ans et son trésor le plus caché, celui de « l’homme sensible », qui parfois « est seulement capables de communiquer à travers des images ». Elle le poursuivit durant 24 mois, mais la caméra d’élite ne cédait pour révéler ses souvenirs. « J'ai dû le faire tomber amoureux », admet-t-elle.

« Iván gardait jalousement les récits sur les sites qu’il avait visités, les journaux qui ont vu ses créations et son inspiration au Viêt-Nam, les souvenirs de ses près de vingt voyages à côté de cinéastes de l'envergure de Julio García Espinosa et Santiago Álvarez. Avec le premier, il avait filmé le documentaire Tercer Mundo, tercera guerra mundial (Tiers-monde, la troisième guerre mondiale), alors qu'avec le second, parmi tant d'expériences, il a partagé le fait d’avoir été à Hanoi le premier jour où ont commencé les bombardements durant la guerre dans le milieu des années 60. J'ai donc décidé de chercher un financement pour le tournage, sans renoncer au témoignage d’Iván, et un jour il m'a dit : voilà les journaux, je te donne le documentaire ».

Produit par l'Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC) et le Ministère de l'Information et des Communications de la République Socialiste du Viêt-Nam, Viaje al país que ya no existe est un matériel « aussi simple que c'est Ivan », un récit qui n’est tombé du ciel, mais « découvert » par cette femme ayant autant de peaux que les personnages qu’elle a interprété, différents et elle-même à la fois, qui a su voir que « là il y avait une histoire ».

« Nous voyons le Viêt-Nam comme quelque chose de lointain et le documentaire est une surprise pour tous. Eux, depuis Cuba, se sont mis au milieu de la guerre, ce qui est génial. D'où ces magnifiques documentaires de Santiago à travers les images d'Iván. Je me souviens que Silvio Rodríguez, qui a composé la musique pour le film, m'a dit que le Viêt-Nam est le ciment de la conscience de notre génération. Le fait qu'Iván soit vivant est une bénédiction ».

Isabel Santos, ayant une importante carrière en tant qu'actrice et après une longue période sans entrer dans la réalisation, après la première de San Ernesto nace en La Higuera, en 2006, elle présente le scénario avec la journaliste Arleen Rodríguez.

« Je ne me crois pas une réalisatrice car je n’ai pas écrit le scénario. J’ai esquissé et j’ai fait des choses folles… Dans ce cas, j’ai essayé de raconter une histoire dont je suis tombée amoureuse. C'est un documentaire qui parle de l'amour pour une institution comme l'ICAIC et un peu de mon sentiment d'appartenance. C'est dans ce milieu que je nage le mieux. Il y a tant de nombreuses personnes comme Iván mais très peu sont reconnues. Parfois on sort du cinéma et on ne lit pas les crédits, ceci arrive à tout le monde ».

Bien que Viaje al país que ya no existe ne soit pas dédié à quelqu'un en particulier, Isabel Santos l’offre à son père « qui est mort récemment, étant un vieil homme comme Iván et épris de toute cette tradition ».

Elle considère chaque travail « différent » et elle n'oublie pas les paroles de son collègue et ami Humberto Solás qui, quand il a vu San Ernesto…. lui a dit : « Je pense que tu as trouvé une histoire et c'est le plus important ».

Avant de terminer sa conversation téléphonique avec La Jiribilla, elle avoue être amoureuse. Même si elle a voyagé dans différentes régions du monde, elle ne connaissait pas le Viêt-Nam. Cette visite dans la nation asiatique a réveillé chez elle un amour non charnel.

« Notre génération a été celle des rêves. Quand je suis arrivée au Viêt-Nam j'ai été très impressionnée. J'ai découvert un peuple extrêmement travailleur. Je me suis dit ceci est le Socialisme. Je suis tombée amoureuse de ce pays, de la façon dont ils font les choses, et ceci nous a tous illuminé ».