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Reembarque : Le rappel du passé et le message du présent
Par Susana Méndez Muñoz Traduit par Alain de Cullant
Reembarque, le premier film de Gloria Rolando, est un hommage au peuple d'Haïti et aux familles cubaines de descendance haïtienne, ainsi qu’un indiscutable tribut à la Révolution Haïtienne.
Illustration par : Mario Carreño

La première nationale du documentaire Reembarque  (Rembarquement) de la réalisatrice Gloria Rolando, dédié à la République d'Haïti et à leurs descendants à Cuba, a eu lieu récemment à La Havane avec la présence de l'Ambassadeur de cette nation caribéenne à Cuba, M. Jean Victor Généus.

L’exposition « Haïti : deux regards » du photographe cubain Yasser Expósito a été inaugurée avant la projection du film, puis, dans la salle, le chanteur de Camagüey Ebenezer Semé Santiago, descendant d'Haïtiens, a interprété le thème qu’il a composé pour le documentaire De Haití a Cuba.

Reembarque, le premier film de Gloria Rolando produit par l'Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC), est un hommage au peuple d'Haïti et aux familles cubaines de descendance haïtienne, ainsi qu’un indiscutable tribut à la Révolution Haïtienne (1791 - 1804), la premier de son type en Amérique Latine ayant obtenue son indépendance de la France, avec la proclamation de  la République et l’abolition de l’esclavage.

Cet ouvrage de 58 minutes, structuré au moyen d'entrevues réalisées en Haïti et à Cuba, ici, plus précisément, dans la Sierra Maestra, à Santiago de Cuba, Holguín et Camagüey, reproduit en images une profonde recherche menée par Gloria Rolando - qui est aussi scénariste du film - sur la migration de cette île caribéenne vers Cuba entre les années 1915 et 1937.

La réalisatrice incorpore les opinions de prestigieux historiens des deux nations qui, avec les souvenirs d’Haïtiens, d’Haïti et de Cuba, et de leurs descendants, conforment l'histoire du rembarquement vers leur terre d’origine qui a été imposé à de nombreux Haïtiens résident à Cuba en 1937, aboutissant à la séparation des familles ; ce film est une histoire de la solitude et du déracinement familial et, à la fois, il montre la permanence de la culture haïtienne sur l'île jusqu’à nos jours.

À travers la photographie d’Oscar M. Valdés et la bande sonore de Juan Demósthene – composée de pièces écrites spécialement pour le film par Lucía Huergo, des interprétations du groupe vocal Desandann et d’autres morceaux -, Reembarque reflète la poésie implicite de la culture haïtienne.

Il faut souligner le travail d'édition et le rythme puissant du film qui, même s’il aborde une question historique, maintient l'attention du spectateur avec l’utilisation de la musique et la superposition des plans qui enrichissent l’œuvre du point de vue visuel.

Sur le documentaire, sa réalisatrice a déclaré : « Haïti est le pays caribéen le plus traité par la cinématographie cubaine, j'ai donc seulement donné une continuité à cette ligne thématique commencée par Tomás Gutiérrez Alea « Titon » avec son film Convite, suivie par Manuel Octavio Gómez avec La tierra y el cielo, par Santiago Villafuerte avec Haití en la memoria, les documentaires de Rigoberto López et Juan Carlos Tabío avec Marta Jean-Claude en Haïti  et par Humberto Solas avec Simparele. C’est-à-dire revenir sur la très forte empreinte de la présence de la main-d’œuvre antillaise à Cuba et spécialement de celle venue d'Haïti ».

En ce qui concerne le caractère naturel des échanges avec les témoins qui apparaissent dans le film, Gloria Rolando a expliqué : « Les entrevues réalisées avec les témoins ont essayé d'obtenir leurs histoires, que ceux-ci se sentent bien pour que les témoignages soient une sorte de dialogue ». Elle a souligné que la présence d’historiens dans le film, non seulement cubains, a été fondamentale. De là l'inclusion des entretiens avec les professeurs haïtiens Michel Hector et Suzy Castor, une prestigieuse investigatrice ayant des liens avec la Casa de las Américas, considérant qu’ils enrichissent le documentaire avec leurs critères « car ce sont des autorités quant à l'histoire d'Haïti ».


Elle a également catalogué l’intervention de l'historienne cubaine Graciela Chailloux de significative et elle a mis en évidence l’inestimable contribution des anciens descendants d'Haïtiens vivant encore à Cuba, de ceux qui sont nés Cubains et qui sont retournés sur la terre de leurs ancêtres ; tous ont raconté leurs souvenirs et les douleurs aux cinéastes.

Quant à la présence du thème qu’aborde son film elle a déclaré : « Aujourd'hui, en République Dominicaine, ils veulent renvoyer les Haïtiens dans leur pays, donc le thème du rembarquement est toujours présent dans la vie des Caraïbes, dans la vie du monde, où tous types d'arbitraires sont commis sur des personnes allant à la recherche d'autres rêves dans d'autres pays. Mon documentaire est un rappel du passé, mais aussi – pour celui qui veut le voir ainsi -, c’est mon message au présent, car ces injustices sont toujours réelles en Haïti et dans le monde ».