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L’orchestre Aragón. La gloire de la culture cubaine
Par Rolando Álvarez Estévez Traduit par Alain de Cullant
L'orchestre Aragón est né le 30 septembre 1939, à Cruces, Cienfuegos, sous le nom de « Rítmica del 39 », avec un format de charanga française et sous la direction d'Orestes Aragón.
Illustration par : Ángel Silvestre Díaz

Trois quarts de siècle se sont écoulés depuis que sont apparus, dans le village de Cruces - situé dans l’actuelle province de Cienfuegos -, les germes du groupe musical qui a donné tant de prestige à Cuba : l'orchestre Aragón, né le 30 septembre 1939, sous le nom de « Rítmica del 39 », avec un format de charanga française et sous la direction d'Orestes Aragón, son fondateur.

Parmi la bibliographie existante sur le groupe on souligne les titres La orquesta Aragón, de Gaspar Marrero et Orquesta Aragón, du Colombien Héctor Ulloque. Le livre La charanga y sus maravillas: Orquesta Aragón, du maestro José Loyola Fernández, est en processus d’édition.

Même si les premières représentations de l'orchestre du maestro Aragón se sont déroulées dans la station de radio CMHK de Cruces, connue comme la maison Virgilio en allusion au propriétaire de la station, un fait musical et culturel transcendera dans le temps a eu lieu quand l'orchestre est parti de Cruces pour s’installer dans la ville de Cienfuegos, sous le nom de « Rítmica de Aragón ». En étant annoncé dans un programme de la station de radio CMHJ, le présentateur l’a fait avec le nom de « Aragón ». Il continuera à s’appeler ainsi, sous la baguette d'Orestes Aragón et la direction artistique d’Efraín Loyola, l’illustre flûtiste.

Vers l'année 1940, après la maladie d'Orestes, le toujours rappelé maestro Rafael Lay Apesteguía se joint à l'orchestre, originaire de Cienfuegos, il est né le 17 août 1927 et le violon était une partie inséparable de sa vie personnelle et culturelle.

Le maestro José Loyola nous précise que Lay a assumé la direction artistique de l'orchestre suite à une proposition de son père Efraín Loyola qui, selon ses désirs, a continué à occuper une place de flûtiste jusqu'en 1953, quand il a fondé son propre orchestre dans la ville de Cienfuegos. Lay sera le directeur de l'Aragón à partir de 1948, ayant seulement 21 ans, étant donné la santé fragile et, ensuite, le décès de son fondateur.

La première représentation de l'orchestre Aragón dans une station nationale a eu lieu en 1953 dans le programme « Fiesta en el Aire » de CMQ Radio, lequel est transmis tous les dimanches de 13 : 30 heures à 19 heures. Celle-ci s’est concrétisée à partir d'une conversation entre Lay et Alberto Luberta Noy, scénariste de ce programme où ledit orchestre se maintiendra jusqu'en 1956. Ce fut un temps où l'orchestre faisait des allés et retours de Cienfuegos à La Havane pour des représentations occasionnelles.

Lorsque l'orchestre décide de s’établir à La Havane, en 1955, le flûtiste Richard Egües, natif de Cruces, mais vivant dans la ville de Santa Clara, apparaît comme membre du groupe.

Un orchestre arrivait dans la capitale du pays, reconnu pour la qualité de la musique qu’il interprétait et par la cubanité et la beauté des paroles de ses chansons. De nombreuses chansons étaient déjà connues : Cero codazos, Cero cabezazos et Baila Vicente, de Rafael Lay ; Pare cochero, de Marcelino Guerra ; Los Tamalitos de Olga, de José Antonio Fajardo ou Mambo Sensacional, de Felipe Molina, parmi d’autres, toutes enregistrées à Cienfuegos par la maison discographique RCA Victor.

On doit souligner, dans ce contexte, l'aide que cet autre grand de la musique cubaine qu’est Benny Moré a offert à l'Aragón pour deux facteurs : premièrement, les membres dudit orchestre étaient ses compatriotes, c’est-à-dire de la province de Cienfuegos, et deuxièmement, pour la qualité qu’il a observé dès le début dans l'Aragon.

Benny offrait son soutient à l'orchestre Aragon de plusieurs façons. Il parlait positivement de lui sur différentes scènes, valorisant sa qualité et sa cubanité, et ajoutant, comme une sorte de parrain, le fait de négocier ses contrats de présentations, exigeant  la présence de l’Aragón comme l’orchestre accompagnante, affirmant que son orchestre de JazzBand devait jouer à côté d`un orchestre typique.

Une nouvelle et triomphale étape commence pour l'orchestre Aragon. Son répertoire s'enrichit avec les compositions de divers auteurs, y compris celles de ses membres et des plus importants apports de la musique populaire cubaine connus jusqu'à alors.

La qualité des compositions et des interprétions de l'orchestre Aragon a été immense. L’effort et le dévouement du maestro Rafael Lay ont été décisifs. Si le maestro José Loyola a précisé que Juan Formell s'est avéré être le plus grand innovateur de la charanga comme compositeur, arrangeur, interprète et directeur à la fin des années 60, celui-ci a été précédée d'autres grands noms tels qu’Enrique Jorrín, le créateur du cha-cha-cha, et Rafael Lay qui, avec Richard Egües, a développé le danzón-cha.

Au fil des années, ceux qui ont commencé et qui sont restés dans l'orchestre Aragon, ont vu leurs rêves d’amplifier la musique cubaine se concrétiser en réalité. En ce sens, ils ont pu donner à la musique un sceau unique dès la fondation du groupe. Des instrumentistes et des chanteurs y ont contribué, mais surtout l'existence de cet incontestable binôme de la musique constituée par Rafael Lay et Richard Egües, qui ont formé la stratégie musicale du groupe. Parmi les premiers musiciens, seul Guido Sarría, le tumbador de l’orchestre, est encore vivant, maintenant à la retraite.

Une facette importante de l'Aragon a été son étroite relation avec la station Radio Progreso, dans laquelle il a été présent dans des programmes de grande audience tels que « Revista Musical del Lunes con la Orquesta Aragón », ensuite « Los Aragones » et, enfin, dans « Alegrías de Sobremesa ». Ils se sont présentés dans ce dernier programme, tous les jours depuis l'année 1967 jusqu'à présent. Près d'un demi-siècle.

D'autre part, et depuis 1966, l'identification de ladite station de radio, pour commencer et fermer ses retransmissions, continue d'être le texte d'un verset écrit par Jesús Orta Ruiz « El Indio Nabori », sur une musique de Rafael Lay.

Tout au long de son histoire, l'Aragon n'a jamais cessé d’être le porteur des plus importants genres de la musique cubaine dansable, dont le danzón, le son, le boléro, la guaracha, la guajira ou les montunos, développant invariablement sa condition d’orchestre « charanguera ».

L’orchestre Aragón a réalisé de nombreuses tournées nationales et internationales couronnées de succès. Une grande partie des peuples de notre région ont profité de son art musical, spécialement ceux du Venezuela et de Colombie. Son répertoire est également très connu dans une grande partie de l'Afrique, en particulier dans les pays bordant l’Océan Atlantique, depuis le Congo jusqu’à la Guinée.

Selon Rafael Lay fils, directeur de l'Aragon depuis 1984, son répertoire est composé de plus de 700 pièces, ils ont accompagné environ 120 solistes cubains et étrangers et leur production discographique compte 120 albums approximativement.

À l’occasion des célébrations pour le 75e anniversaire de l'un des orchestres les plus emblématiques de la musique cubaine, il est nécessaire de se souvenir, avec admiration et respect, de Rafael Lay Apesteguía, malheureusement décédé en 1982 suite à un accident  de la route, celui qui a conduit l'Aragon aux plus sommets de la culture cubaine durant des décennies. Ses continuateurs dans l'Aragon sont les fidèles disciples de son legs musical et de ses qualités comme un être humain.