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La lumière, la couleur et la grâce de Cundo Bermúdez
Par Virginia Alberdi Benítez Traduit par Alain de Cullant
La vitalité, la grâce et la domination de la composition ont déterminé la valeur de l’œuvre du peintre Cundo Bermúdez et sa présence permanente dans la visualité cubaine contemporaine.
Illustration par : Ángel Silvestre Díaz

La vitalité, la grâce et la domination de la composition au point qu'il lui a été possible de capter la lumière de l'île avec exactitude ont déterminé la valeur de l’œuvre du peintre Cundo Bermúdez (1914-2008) et sa présence permanente dans la visualité cubaine contemporaine.

Le peintre, né à La Havane le 3 septembre 1914 et décédé le 30 octobre 2008 en Floride, nous a laissé l'empreinte de l'insularité. Une insularité qui n'était pas insensible à la double conscience de l'avant-garde de son temps quant à ce qui répondait à une identité dans la mesure où l’on assimilait le langage le plus avancé sur le plan international et, à la fois, que l'imitation de modèles étrangers, sans assises spirituelles, était vouée à l'échec.

Ceux qui l’avaient précédé, Amelia, Víctor Manuel, Fidelio, Enríquez, Lam, Pogolotti, et ses contemporains, Portocarrero, Mariano et Carreño, avec qui il faisait partie des rangs dans la renommée École de La Havane, le savaient.

Bermúdez a appris l’académisme à San Alejandro, le surmontant rapidement, attiré par les innovations et un besoin interne d’expression. Il a alors commencé à explorer une zone thématique et conceptuelle très proche de la vibration de notre musique, de l'idiosyncrasie extravertie des Cubains, du pouls de nos rues, tout cela sans débordements, plutôt attentif à une vision très équilibrée de la couleur et de la dynamique de la composition.

Le grand peintre mexicain David Alfaro Siqueiros disait déjà de lui dans les années 1940 : « Cundo Bermúdez représente l’audace dans les arts plastiques. Il sait construire d’une manière synchronisée. Avec des tons et des premiers plans situés dans la profondeur picturale, en opposition, il construit et organise, parfois presque miraculeusement. Je pense que cet artiste a eu une grande importance dans la gamme chromatique de la peinture moderne cubaine ». Il a dit ceci en 1941, après avoir admiré l’exposition collective organisée par José Gómez Sicre dans l'institution Hispano-cubaine de la Culture de La Havane.

Trois ans plus tard il participe à la célèbre Exposition de Peinture Cubaine dans le Musée d'Art Moderne de New York (MOMA), qui ouvre les portes de ce circuit à l’avant-garde insulaire. Le directeur du Musée, Alfred H. Barr, dit que l’œuvre de Bermúdez est « humoristiquement archaïque, mais vigoureuse et originale avec ses harmonies de couleur métallique ».

Les chemins de Bermúdez se sont ouverts en France, aux États-Unis, en Italie et en Allemagne, où certains collectionneurs avertis ont acheté ses œuvres exposées dans les années 1940 et 1950 dans ces pays et, surtout, quand le peintre a participé aux Biennales de Venise et de Sao Paulo lors de cette décennie.

Entre nous il a eu la décence de s'opposer à la Biennale Hispano-américaine, avec laquelle la dictature de Batista a voulu gagner les faveurs du régime franquiste. Il s’est alors uni à la « contre-biennale ».

Il a eu deux raisons de célébrer en 1956. Cette même année il remporte le premier prix dans l'Exposition de l'Art de la  Caraïbe qui a eu lieu à Houston et il expose une importante et adulée exposition personnelle dans le Lyceum de La Havane. Durant ces années il réalise aussi une autre œuvre importante : une peinture murale dans l'hôtel Habana Libre. Malheureusement, l’œuvre a été détruite.

Bien que Bermúdez ne comprenait pas, ou ne voulait pas comprendre les changements sociaux qui avaient lieu dans notre pays après la victoire de janvier 1959 - il a émigré en 1967 -, il n’a jamais pu soustraire le regard d’insularité qu’il avait dans ses pupilles. C'est peut-être la raison pour laquelle il a vécu de nombreuses années à Porto Rico, pour être près de la  Caraïbe. Les Portoricains sont orgueilleux de la peinture murale réalisée par l'artiste dans l’Edificio Caribe, dans le Vieux San Juan.

L’œuvre de Cundo Bermúdez, dont une partie est thésaurisée dans le Musée National des Beaux-arts de La Havane, a été valorisée au fil du temps. Une fois il a commenté avec ironie qu’une de ses toiles a été évaluée à un demi million de dollars dans une Sotheby’s alors qu’il l’avait vendu à peine deux cents pesos dans les années 50.

Mais plus que les valeurs de marché, nous devons prêter attention à la propre peinture de Bermúdez. La lumière, la couleur, la cubanité, l’universalité, la profondeur et le lyrisme sont des perspectives qui nous font entrer dans l'analyse et la jouissance de son œuvre, aujourd'hui et toujours.