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Les sculpteurs et les marbres italiens à Cienfuegos
Par Francisco G. Navarro Traduit par Alain de Cullant
Les sculptures taillées par des artistes italiens avec les illustres marbres de Carrare ennoblissent la ville cubaine de Cienfuegos.
Illustration par : Ángel Silvestre Díaz

Les sculptures taillées par des artistes italiens avec les illustres marbres de Carrare ennoblissent la ville cubaine de Cienfuegos, dont le centre historique a été reconnu Patrimoine de l’Humanité par l'UNESCO.

Trois de ces pièces incarnent le sceau apporté par la culture italienne à la ville, la seule en Amérique hispanique fondée par des colons d'origine française, le 22 avril 1819. Celle dédiée au Héros National de Cuba, José Martí (1853-1895), au centre du parc portant son nom, l’ancienne Plaza de Armas, impressionne pour ses dimensions. L’œuvre du sculpteur génois que Carlos Nicolini Manfredi a été mise en place 1906, seulement un an après sa similaire du Parc Central de La Havane, la première érigée à Cuba en honneur de l’Apôtre de l'Indépendance.

Quelque temps plus tard Carlos Nicolini Manfredi a complété l'ensemble sculptural avec une allégorie de la République – une femme avec un bouclier et portant un bonnet phrygien - qui semble aider l'organisateur de la dernière guerre d'indépendance (1895-1898) contre la domination coloniale espagnole.

Si cette œuvre représente la majesté de l'art statuaire dans la ville appelée La Perle du Sud, la mystiques favorise la statue connue comme La Belle au bois dormant, qui repose son rêve éternel sur la tombe d'une jeune femme dans le cimetière Municipal ou de Reina (Monument National), le seul à Cuba ayant préservé le système de sépulture au moyen de niches verticales.

La pièce montre une femme assise et appuyée à une croix chrétienne soutenant un rameau de fleurs avec la main droite alors qu’elle étrangle un serpent avec la main gauche : c’est la partie visible d'une légende populaire sur la maternité tronquée par la mort, de grand enracinement dans l'histoire locale.

Les notes de l'historiographie de Cienfuegos révèlent que dans le mausolée de la famille Erba, dans le cimetière Staglieno de la ville italienne de Gênes, il y a une sculpture presque identique. Par conséquent, elles soulignent la possibilité que la sculpture de cimetière de Cienfuegos est sortie des mains de l'artiste Saccomanno, auteur de celle érigée dans la nécropole génoise.

Contrairement aux précédentes, située à l'extérieur, la troisième de ces œuvres reçoit les visiteurs dans le vestibule du théâtre Tomás Terry, construit en 1889 avec le capital légué par le mécène d'origine vénézuélienne qui donne son nom au théâtre.

La statue de Tomás Terry, assis et grandeur nature, a été sculptée par un artiste napolitain portant le nom de Solari. Selon les anciennes chroniques, le sculpteur n'a jamais vu le propriétaire terrien en personne, mort à Paris en 1886, son unique modèle était une photo du personnage. Il semble que l’œuvre avait de la notoriété dans la production de Solari car une version circule que le gouvernement italien voulait l’acheter au début du XXe siècle.

Les marbres de Carrare magnifient aussi certaines des principales constructions de Cienfuegos, comme le Palais du Gouvernement, celui qui était la demeure du commerçant asturien Acisclo del Valle et l'ancienne Sociedad Liceo.

L’entrée du Palais d’Acisclo del Valle, une des principales constructions montrant l'éclectisme de l'architecture cubaine du XXe siècle, était gardée par deux sphinx sculptés dans la pierre de la plus célèbre carrière italienne.

Trois masques en céramique, manufacturés par la maison Salviatti de Venise, représentant la Comédie, de Tragédie et la Musique, rehaussent la façade du théâtre Tomás Terry.

Cette salle pour les arts scéniques fait partie de la trilogie des théâtres classiques du XIXe siècle cubain hors des murs de La Havane, avec celle du théâtre Sauto de Matanzas et celle de La Caridad de Santa Clara.

Les artistes italiens ou les matériaux extraits des entrailles de la péninsule transalpine font partie de la complémentation des essences artistiques de cette ville, la plus jeune de Cuba détenant la catégorie de patrimoine.