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La Casa de las Américas et les Caraïbes
Par Roberto Fernández Retamar Traduit par Alain de Cullant
J'aborderai comment la Casa de las Américas a accueillie chaque fois plus les réalisations littéraires des Caraïbes.
Illustration par : René Peña

Je sais que c’est à mes liens avec la Casa de las Américas que je dois la haute distinction qui m'a apporté ici et je le remercie de tout cœur. Comme je remercie aussi les jugements généreux qui ont été émis sur la Casa. Et en ces quelques mots j'aborderai comment elle, la Casa de las Américas, a accueillie chaque fois plus les réalisations littéraires des Caraïbes.

 

Évidemment, Cuba, où la Casa a été créée en 1959, à la suite du triomphe de la Révolution, est un pays du secteur : on parle généralement d'elle comme « la plus grande des Antilles ». La République Dominicaine, Porto Rico et des zones caribéennes de pays continentaux où, comme à Cuba, la langue officielle est l'espagnol, intègrent aussi ce secteur. Et la Casa, dont le Prix Littéraire s’est appelé initialement Concours Littéraire Hispano-américain, a seulement commencé à prendre en considération l'Amérique de cette langue, à laquelle, évidemment, je ne vais me référer à la suite. (Je ferai seulement deux exceptions pour nommer deux grands écrivains dominicains qui nous honorent de leur présence : Chiqui Vicioso et Marcio Veloz Maggiolo, qui est avec justice l’Invité d'honneur du Congrès.)

 

Il est clair que nous devions laisser en arrière cette limite linguistique. Dans le numéro 36-37 (mai/août 1966) de la revue qui est l’organe de la Casa de las Américas et porte son nom, un numéro dédié à « l’Afrique en Amérique », apparaissent des textes de Jacques Roumain, d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon ; et dans ce numéro et des prochains, des collaborations de René Depestre, qui vivait alors à Cuba, ont vu le jour. En outre, parmi les livres publiés dans notre collection classiques, appelée à l'époque Collection de Littérature Latino-américaine, on a inclus des œuvres de Jean Price-Mars, de Césaire, de Roumain, de Jacques Stephen Alexis, de George Lamming, des Contes des Caraïbes (Caribbean Stories) et, dans d'autres de nos collections, des œuvres d'auteurs variés ou des thèmes caribéens.

 

Pour voir une plus grande croissance de l'intérêt de la Casa pour l’autre Caraïbes, celle de langues différentes à l’espagnol, il a fallu espérer des changements comme l'obtention de l'indépendance, à partir de 1962, de pays caribéens ayant appartenus à l'Angleterre, et l’établissement ultérieur des relations diplomatiques avec Cuba.

 

En 1972, dans l’un de ces pays, le Guyana, a été créé le Carifesta, considéré par Edouard Glissant « Le plus grand rassemblement culturel de la Caraïbe ». Pendant la préparation de la deuxième de telles réunions, qui a eu lieu en Jamaïque en 1976, j'ai été invité dans ce pays en 1975. Ce voyage, et un autre à la Barbade, ont rendu possible la préparation d'une revue Casa de las Américas (numéro 91, juillet/août 1975) dédiée aux « Antilles de langue anglaise ».

 

Là sont apparus, dans certains cas traduits pour la première fois en espagnol, des textes d'auteurs comme Frank Collymore, V.S. Reid, Louise Bennett, Wilson Harris, John Hearne, Martin Carter, Lamming, Andrew Salkey, Derek Walcott, Kamau Brathwaite, Ian MacDonald, Rex Nettleford, Edward Baugh, Mervyn Morris ; des documents de Marcus Garvey, T. Albert Marryshow, Eric Williams, C.L.R. James. En 1968 et 1976, James et Williams, respectivement, ont offert des conférences dans la Casa.

 

À partir de la fin des années soixante-dix du siècle dernier, les rapprochements de la Casa de las Américas avec des pays caribéens de langues différentes à l’espagnol se sont précipités. Dès lors, des écrivains des Caraïbes de langues anglaise et française, avec leurs créoles correspondants, ont été convoqués à notre Prix Littéraire. Parmi les nombreux écrivains ayant reçu le Prix, Brathwaite l’a obtenu trois fois (en plus d’un Prix spécial) ; Anthony Phelps et Ernest Pepin, deux fois. D'autres lauréats sont Austin Clarke, Marlene Nourbese Philip, Velma Pollard, Marion Bethel, Mark McWatt, Paul Laraque, Roger Toumson, Vincent Placoly, Raphaël Confiant, Nicole Cage-Florentiny, Louis-Philipppe Dalembert.

 

Et parmi les jurés, en outre de plusieurs déjà mentionnés, se trouvaient George Campbell, Kenneth Ramchand, George Beckford, Joseph Pereira, Keith Ellis, Henri Bangou, Maximilien Laroche, René Ménil, Rassoul Labuchin, George Castera.

 

Le troisième Carifesta a eu lieu à Cuba en 1979 et, avec ce motif, la Casa de las Américas a accueilli un Symposium sur l'identité culturelle des Caraïbes, auquel ont pris part, entre autres, Glissant, Lamming, Depestre, Reid, Jan Carew, Joycelynn Loncke, Terry Agercop. Cette même année a été créé, au sein de la Casa, le Centre des Études des Caraïbes, comptant l'assessorat de Lamming et, depuis 1981, on dispose de sa publication périodique en plusieurs langues de la zone : Anales del Caribe. Cela a signifié la pleine insertion des Caraïbes dans l'horizon de la Casa de las Américas.

 

Le Centre a effectué de nombreux travaux. Il suffit de mentionner certaines réunions comme le Centenaire de Marcus Garvey (1987), Les Caraïbes américaines (1988), le Séminaire sur la culture afro-américaine (1995), Les mythes dans les Caraïbes (2000), le Centenaire de Jacques Roumain (2007), Les Caraïbes de George Lamming (2007), Cuba-Caricom : Dialogues culturels (2008), La diversité culturelle dans les Caraïbes (2008), Programme des Textures des Caraïbes (2009), la Rencontre internationale de revues des Caraïbes (2009), Caliban multiplié (2010), Pierre Verger. Connexions caribéennes (2011).

 

Le Centre a compilé les volumes Saint-John Perse por los caminos de la Tierra et Pierre Fatumbi Verger y el Caribe. Et notre Fonds Éditorial a publié, avec ces livres, d'autres dus à des auteurs tels que Gérard Pierre-Charles, Suzy Castor, Richard Hart, James Millete, Lloyd Best et Kari Polanyi Levitt, C.L.R. James, Glissant, Patrick Chamoiseau, Daniel Maximin. Le numéro 233 (octobre/décembre 2003) de la revue Casa de las Américas a été dédié à « Haïti : deux cent ans d'indépendance ».

 

Comme d'autres exemples de la vocation caribéenne de la Casa de las Américas, en 2007 sa collection de classiques a été appelée Collections Littérature Latino-américaine et Caribéenne, incluant Les plaisirs de l'exile, de Lamming ; et en 2010 l'écrivain de la Guadalupe Maryse Condé a été invitée à notre « Semaine de l'Auteur », dont le roman Moi, Tutuba. La sorcière noire de Salem, a été publié dans cette Collection. Ainsi, la Casa étant plus caribéenne, devient plus pleinement américaine.

 

J'ajouterai que le Prix Littéraire Casa de las Américas correspondant à 2012 recevra des écrivains caribéens de langue française ou créole, en plus de la convocation pour cette année du Prix extraordinaire d'essai sur « La présence noire en Amérique et dans les Caraïbes contemporaines » ; et, au-delà de la Casa, la Foire du Livre de Cuba 2012 sera aussi dédiée aux pays caribéens. L’irremplaçable directrice de notre Centre des Études des Caraïbes, la docteur Yolanda Wood, distribuera des matériels relatifs à ces faits aux personnes assistant au Congrès.

 

Paroles du Président de la Casa de las Américas lors du IIème Congrès des Écrivains des Caraïbes, dont il a été le Président d'Honneur, qui a eu lieu à Pointe-à-Pitre du 6 au 9 avril.