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Le drapeau indigène d’Haïti: Semences de liberté et d’indépendance
Par Jean Maxius Bernard Traduit par
La création du drapeau haïtien a marqué un tournant décisif dans l’histoire d’Haïti et de l’Amérique latine
Illustration par : Vicente Hernández

Le 18 mai 2014 ramène le 211ème anniversaire de la création du drapeau haïtien. Nous profitons de l’occasion pour débattre avec nos lecteurs quelques faits historiques que peuvent êtres utiles à leur entendement. En effet, la création de ce drapeau a marqué un tournant décisif dans l’histoire d’Haïti  et de l’Amérique latine, en répandant  dans les sociétés latino-américaines les semences de liberté et d’indépendance.

La Révolution française de 1789 a provoqué  un enthousiasme de symbolisme. Sous l’influence de cette révolution est apparu celle de Saint-Domingue qui a conduit à l’indépendance d’Haïti. En août et septembre 1793, Santhonax et Polvérel, deux émissaires français envoyés pour rétablir l’ordre dans la colonie, se sont vu forcer de proclamer la libération générale des esclaves. Cette liberté, obtenue  par la force des événements, devait être protégée par l’union des nègres créoles et des mulâtres surnommés indigènes; car les contradictions qui existaient entre eux étaient  fortes et multiples.

Tout d’abord, le système colonial se fondait sur l’esclavage, ce qui impliquait  la nécessité de son rétablissement. En second lieu, les colons préféreraient livrer la colonie à l’Angleterre que d’accepter la libération des esclaves. En troisième lieu, l’apparition de plusieurs leaders noirs et mulâtres sur la scène politique a semé  des controverses, des jalousies, voire des haines viscérales que le temps n’arrive  pas encore à détruire.

L’un de ces leaders, le général Toussaint Louverture, a démontré sa témérité en désobéissant les autorités métropolitaines. Pour le soumettre, l’empereur de France, Napoléon Bonaparte,  a dû envoyer dans la colonie «la plus formidable expédition qui », selon le point de vue d’un historien, «n’eut franchi avant  l’Atlantique».

Après la défaite et la déportation de Toussaint  produites en juin 1802, le Général Charles E.V. Leclerc, le commandant de l’expédition, ordonna le désarmement général de la milice indigène : ce qui serait le lancement du projet devant conduire au rétablissement de l’esclavage. Cet ordre a provoqué la révolte décisive des indigènes. Les anciens marrons regagnèrent les mornes d’où ils lançaient des attaqués répétées  contre les troupes expéditionnaires.

En  ce moment  crucial de la révolution, l’union des indigènes, sous le leadership d’un chef suprême, était nécessaire. Jean Jacques Dessalines et Alexandre Pétion ont pris l’initiative de s’unir: le premier fut reconnu comme le Général en chef de l’armée indigène.

En février 1803, il y eut  une bataille entre les indigènes et les troupes françaises. Ceci eut lieu dans la Plaine du Cul-de-Sac située non-loin Port-au-Prince. Sur le champ de bataille, on aurait  trouvé  un drapeau tricolore bleu blanc rouge dont l’usage fut attribué aux  indigènes. Les événements ont été rapportés par un chroniqueur qui  ferait croire que les indigènes ne voudraient pas se défaire de la France dont ils porteraient encore  l’étendard: ils combattraient seulement pour conserver leur liberté. 

Pétion aurait lu la chronique qu’il  commenterait à Dessalines. Les deux  chefs indigènes se seraient rendus compte de la nécessité de créer un drapeau indigène, «lequel serait le symbole  d’une nouvelle nationalité». Selon la tradition, Dessalines aurait créé immédiatement ce drapeau en arrachant vivement le blanc du tricolore français et en rapprochant le rouge du bleu, ce qui  daterait  de février 1803 la création du drapeau haïtien. Si cela s’est réellement produit, il s’agirait d’un geste émotionnel qui devrait être  validé par les principaux chefs indigènes. Cette validation eut lieu à l’Arcahaie  le 18 mais 1803.

Outre la création d’un drapeau, le congrès de l’Arcahaie a eu pour objectif de consolider la confiance des officiers indigènes en la personne de Dessalines. Selon les mots d’un historien, les invités arrivèrent sur les lieux le 14 mai; ils ont débattu plusieurs controverses avec Dessalines en acceptant en fin de compte son autorité.

Créé comme symbole de l’unité, le drapeau haïtien  a consolidé l’union  qui a conduit les actions militaires à la victoire de Vertières gagnée le 18 novembre 1803 et à l’indépendance nationale proclamée le 1er janvier 1804. Ces deux prouesses haïtiennes ont eu une influence surpassant le territoire national, devenant sources d’inspiration symbolique pour plusieurs pays de l’Amérique latine.

En lançant la lutte anticoloniale, Miranda  et son expédition  parcouraient  les mers sans pavillon; ils  firent escale au sud-est d’Haïti. Là, dans la ville de Jacmel, ils cousirent le 12 mars 1806  un drapeau tricolore rouge-bleu-jaune qui fut  hissé sur le bateau de l’expédition. Ce pavillon devint par la suite l’emblème de la Grande Colombie et  l’étendard de guerre conduisant à l’indépendance de plusieurs pays de l’Amérique latine. Ainsi, la Révolution haïtienne s’est propagée tant pour ses prouesses que pour son symbolisme.

Ce texte a fait l’objet d’une conférence prononcée par l’auteur le 15 mai 2014  à « Escuela Internacional de Educación Física y Deporte » (EIEFD) de Cuba, à l’occasion d’un gala culturel organisé par les étudiants haïtiens intégrant ce centre universitaire.