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Marelle
Par Julio Cortazar Traduit par Laure Guille-Bataillon
L’année 2014 marque le centenaire de l'écrivain argentin Julio Cortázar- l’auteur de Marelle-.une des plus emblématiques voix de l’appelé boom latino-américain.
Illustration par : Vicente Hernández

DE L’AUTRE CÔTÉ

Rien ne vous tue un homme comme d’être obligé de représenter un pays.

Jacques Vaché,

 « Lettre à André Breton ».

1

Allais-je rencontrer la Sibylle ? Il m’avait tant de fois suffi de déboucher sous la voûte qui donne quai Conti en venant de la rue de Seine pour voir, dès que la lumière cendre olive au-dessus du fleuve me permettait de distinguer les formes, sa mince silhouette s’inscrire sur le Pont des Arts, parfois allant et venant, parfois arrêtée contre la rampe de fer, penchée au-dessus de l’eau. Et c’était tout naturel de traverser la rue, de monter les marches du pont, d’entrer dans sa mince ceinture et de m’approcher de la Sibylle qui souriait sans surprise, persuadée comme moi qu’une rencontre fortuite était ce qu’il y avait de moins fortuit dans nos vies et que les gens qui se donnent des rendez-vous précis sont ceux qui écrivent sur du papier rayé et pressent leur tube de dentifrice par le fond.

Mais elle ne serait pas sur le pont à présent. Son fin visage à la peau transparente devait se pencher sous de vieux portails dans le ghetto du Marais, ou peut-être bavardait-elle avec une marchande de frites si elle ne mangeait pas une saucisse chaude boulevard Sébastopol. De toute façon, je montais jusqu’au pont, et la Sibylle n’y était pas. Elle ne se trouvait plus sur mon chemin à présent et bien que nous connaissions nos domiciles, chaque recoin de nos deux chambres de faux étudiants à Paris, toutes les cartes postales qui ouvraient sur les tapisseries criardes ou les moulures bon marché, une petite fenêtre Braque, Ghirlandaio ou Max Ernst, nous n’irions sûrement pas nous chercher chez nous. Nous préférions nous rencontrer sur le pont, à la terrasse d’un café, dans un ciné-club ou penchés au-dessus d’un chat, dans une cour du Quartier latin. Nous nous promenions sans nous chercher mais en sachant que nous nous promenions pour nous retrouver. O Sibylle, sur chaque femme qui te ressemblait se précipitait comme un silence assourdissant, une pause aiguisée et cristalline qui finissait par retomber tristement comme un parapluie mouillé qui se referme ! Et à propos de parapluie, Sibylle, tu te rappelles le vieux pépin que nous avons jeté dans un ravin du parc Montsouris par une soirée glaciale de mars ? Nous l’avons jeté là parce que nous l’avions trouvé place de la Concorde, déjà un peu déchiré, et tu t’en étais beaucoup servie, surtout pour l’enfoncer dans les côtes des gens dans l’autobus ou dans le métro, toujours distraite et maladroite, bayant aux corneilles ou à ce petit dessin que faisaient deux mouches au plafond de la voiture, et cet après-midi-là il y eut un orage et tu voulus ouvrir fièrement ton parapluie quand nous sommes entrés dans le parc, alors ta main a déclenché un cataclysme d’éclairs glacés et de nuages noirs, de lambeaux d’étoffes déchirées et de tiges arrachées, et nous riions comme des fous en nous faisant tremper, puis nous avons pensé qu’un parapluie trouvé sur une place devait mourir dignement dans un parc, il ne pouvait entrer dans le cycle ignoble de la poubelle ou du ruisseau ; alors je l’ai refermé de mon mieux, nous l’avons emporté jusqu’en haut du jardin près du petit pont sur le chemin de fer et je l’ai lancé de toutes mes forces au fond du ravin mouillé, tandis que tu poussais une imprécation de valkyrie. Et il s’est enfoncé dans le creux du ravin comme un bateau qui succombe à l’eau verte, à l’eau verte et orageuse, à la mer qui est plus félonesse en été qu’en hiver, à la vague perfide, selon des citations que nous poursuivîmes longuement, tous les deux amoureux de Joinville et du parc, enlacés et pareils à des arbres mouillés ou à des acteurs de cinéma d’un très mauvais film hongrois. Il reposait dans l’herbe, tout petit et noir, comme un insecte écrasé. Et il ne bougeait plus, aucun de ses ressorts ne s’étirait plus comme avant. Fichu. Fini. O Sibylle ! et nous n’étions pas contents.

Qu’allais-je faire Pont des Arts ce jour-là ? Je crois que j’avais décidé, ce jeudi de décembre, de passer sur la rive droite et d’aller boire un verre dans le petit café de la rue des Lombards où Mme Léonie regarde les lignes de ma main et me prédit des voyages et des surprises. Je ne t’ai jamais emmenée te faire lire dans les lignes de la main par Mme Léonie, car j’ai eu peur sans doute qu’elle n’y vît quelque vérité sur moi, tu as toujours été un terrible miroir, une effroyable machine à répéter les choses, et ce que nous appelons nous aimer ce fut peut-être cette image, moi debout devant toi, une fleur jaune à la main, tandis que le temps nous soufflait au visage une lente pluie de départs, d’abandons et de tickets de métro. Quoi qu’il en soit, Sibylle, je ne t’ai jamais emmenée voir Mme Léonie. Et tu n’aimais pas, je le sais parce que tu me l’as dit, que je te voie entrer dans la petite librairie de la rue de Verneuil où un vieil homme voûté faisait des milliers de fiches et savait tout ce qu’on peut savoir en historiographie. Tu allais y jouer avec un chat, et le vieux te laissait entrer sans rien te demander, s’estimant heureux si parfois tu lui descendais un livre des plus hautes étagères. Et tu te chauffais à son poêle au grand tuyau noir et tu n’aimais pas que je te sache près de ce poêle. Mais tout cela, il aurait fallu le dire au moment voulu (évidemment ce n’était pas facile de déterminer le moment d’une chose) et même alors, accoudé au parapet et regardant passer une péniche couleur lie-de-vin, belle comme un cafard luisant de propreté, avec une femme en tablier blanc qui étendait du linge sur une corde à l’avant, regardant les petites fenêtres peintes en vert avec ses rideaux Hansel et Gretel, et même alors, Sibylle, je me demandais si ce détour avait un sens car, pour aller rue des Lombards, j’aurais mieux fait de passer par le Pont Saint-Michel et le Pont au Change. Mais si tu avais été sur le Pont des Arts ce soir-là comme tant d’autres fois, j’aurais su que mon détour avait un sens, tandis que j’avilissais mon échec en l’appelant détour. Il fallait donc, après avoir remonté le col de ma canadienne, suivre les quais jusqu’à cette zone de boutiques qui se termine au Châtelet, puis passer à l’ombre violette de la Tour Saint-Jacques et remonter ma rue en pensant que je ne t’avais pas rencontrée. Ni vu Mme Léonie.

Je sais qu’un jour je suis arrivé à Paris, que j’y ai vécu d’emprunts un certain temps, faisant ce que font les autres et voyant ce qu’ils voient. Je sais que tu sortais d’un café rue du Cherche-Midi et que nous nous sommes parlé. Cet après-midi-là, tout alla mal car mes habitudes argentines m’interdisaient de passer constamment d’un trottoir à l’autre pour regarder des choses insignifiantes dans des vitrines mal éclairées. Je te suivais de mauvaise grâce, te trouvant effrontée et mal élevée, mais tu t’es enfin fatiguée de n’être pas fatiguée et nous sommes entrés dans un café du Boul’ Mich’ où, entre deux croissants, tu m’as brusquement raconté un grand morceau de ta vie.

Comment aurais-je pu deviner que ce qui avait l’air si faux était vrai, un Figari avec des violets de crépuscule, des visages blêmes et des coups dans les coins. Plus tard je t’ai crue, plus tard il y a eu les évidences, il y a eu Mme Léonie qui, regardant ma main qui avait dormi sur tes seins, répéta presque mot pour mot ce que tu m’avais dit : « Elle souffre quelque part dans la ville. Elle a toujours souffert. Elle est très gaie, elle adore le jaune, son oiseau est le merle, son heure la nuit, son pont le Pont des Arts. » (Une péniche couleur lie-de-vin, Sibylle, pourquoi ne pas être partis avec elle quand il en était encore temps ?)

Remarque, nous nous connaissions à peine et déjà la vie tissait ce qu’il fallait pour nous séparer minutieusement. Comme tu ne savais pas dissimuler, j’ai tout de suite compris que pour te voir comme je le voulais il fallait d’abord fermer les yeux et alors surgissaient des étoiles jaunes, puis les bonds rouges de ton humeur et des heures, lente approche d’un monde sibyllin qui était confusion et maladresses mais aussi fougères, signées de l’araignée Klee, cirques Miro, miroirs de cendre Vieira da Silva, un monde où tu avançais comme un cavalier d’échecs qui eût avancé comme une tour qui eût avancé comme un fou. En ces jours-là, nous allions au ciné-club voir des films du muet parce que moi, n’est-ce pas, pour ma culture, et toi, pauvre gosse, tu ne comprenais rien à cette stridence jaune et convulsée qui datait d’avant ta naissance, à cette émulsion striée où couraient des morts ; mais parfois Harold Lloyd passait par là, alors tu secouais l’eau de ton sommeil et tu te persuadais que tout était très bien et que Pabst et que Fritz Lang. Tu m’énervais un peu à la longue avec ta manie de la perfection, tes souliers percés, ton refus d’accepter l’acceptable. Nous mangions des hamburgers au carrefour de l’Odéon et nous allions à bicyclette à Montparnasse dans n’importe quel hôtel, sur n’importe quel oreiller. Mais d’autres fois nous poursuivions jusqu’à la Porte d’Orléans, nous connaissions de mieux en mieux la zone de terrains vagues qui s’étend au-delà du boulevard Jourdan, où parfois vers minuit se réunissaient les amis du Club du Serpent pour s’entretenir avec un voyant aveugle, stimulant paradoxe. Nous laissions nos bicyclettes dans la rue et nous nous avancions dans cette zone vide, nous arrêtant souvent pour regarder le ciel car c’est l’un des rares endroits de Paris où le ciel est plus beau que la terre. Assis sur un tas de gravats, nous fumions un moment tandis que tu caressais mes cheveux ou chantonnais des chansons même pas inventées, mélopées absurdes entrecoupées de soupirs ou de souvenirs. Moi, j’en profitais pour penser à des choses inutiles, méthode que j’avais inaugurée quelques années auparavant dans un hôpital et qui m’apparaissait comme de plus en plus féconde et nécessaire. Au prix d’un énorme effort, après avoir groupé des images auxiliaires, pensé à des odeurs et à des visages, je parvenais à extraire du néant une paire de souliers marron que j’avais portés à Olavarria en 1940. Ils avaient une semelle très fine et quand il pleuvait la pluie me pénétrait jusqu’à l’âme. Avec cette paire de souliers dans les mains du souvenir, le reste venait tout seul, le visage de dona Manuela par exemple, ou le poète Ernesto Morroni. Mais je les chassais car le jeu consistait à ne retrouver que l’insignifiant, le minable, le disparu. Tremblant de ne pouvoir me souvenir, miné par le ver rongeur de l’atermoiement, abruti à force de baiser le temps, je finissais par voir à côté des souliers marron une petite boîte de thé Sol que ma mère m’avait donnée à Buenos Aires. Et la cuillère à thé, la cuillère-souricière où de petites souris noires se brûlaient vives dans l’eau de la tasse en lançant des bulles stridentes. Persuadé que le souvenir conserve tout et pas seulement les Albertines ou les grands éphémérides du cœur et des reins, je m’obstinais à reconstituer le contenu de ma table de travail à Floresta, le visage d’une jeune fille peu mémorable nommée Gekrepten, le nombre de plumes de ronde qu’il y avait dans mon plumier de cinquième, et je finissais par désespérer, je me mettais à trembler (car je n’ai jamais pu me rappeler le nombre de ces plumes de ronde, je sais qu’elles étaient dans le plumier, dans un compartiment spécial, mais je ne peux plus me rappeler combien il y en avait) jusqu’au moment où la Sibylle, m’embrassant et me lançant au visage la fumée de sa cigarette et son haleine chaude, me récupérait, nous nous mettions à rire et nous reprenions notre marche entre les tas d’ordures, à la recherche de ceux du Club. Je savais déjà alors que chercher était mon signe, l’emblème de ceux qui sortent le soir sans but, la justification des tueurs de boussole. Nous parlions pataphysique avec la Sibylle jusqu’à épuisement, car il lui arrivait à elle aussi (et c’était cela notre rencontre et tant d’autres choses obscures comme le phosphore) de tomber sans cesse sur des exceptions, de se voir enfermée dans des cases qui n’étaient pas celles de tout le monde, mais nous ne nous croyions pas pour autant des Maldoror d’occasion ou des Melmoth errants. Je ne pense pas que la luciole tire une particulière suffisance du fait incontestable qu’elle est une des plus stupéfiantes merveilles du cirque de ce monde, et cependant il suffit de lui supposer une conscience pour comprendre que lorsque son petit ventre s’allume elle doit éprouver comme la chatouille d’un privilège. De même la Sibylle était enchantée des situations invraisemblables où, de par l’impuissance des lois naturelles sur sa vie, elle était toujours engagée. Elle était de ceux qui font s’écrouler un pont rien qu’en passant dessus ou qui se rappellent en pleurant à chaudes larmes avoir vu dans un kiosque le dixième de loterie qui vient de gagner les cinq millions. J’étais déjà habitué, pour ma part, à ce qu’il m’arrivât des choses modestement exceptionnelles et je ne trouvais plus trop horrible de sentir gigoter sous ma main quand j’allais prendre un album de disques dans une pièce sombre, un mille-pattes géant venu dormir là. Ça, ou bien trouver dans un paquet de cigarettes de grands duvets gris ou verts, ou alors entendre le sifflement d’une locomotive se fondre parfaitement, au moment voulu et dans le ton nécessaire, dans une symphonie de Beethoven, ou encore entrer dans une pissotière de la rue Médicis où un homme est en train d’uriner avec application, et quand il s’écarte de son box c’est pour me montrer, posé à plat sur sa main comme un objet liturgique et précieux, un membre d’une couleur et d’une dimension incroyables, et je m’aperçois dans le même instant que cet homme ressemble trait pour trait à un autre (mais il n’est pas cet autre) qui, la veille au soir, à la Salle de Géographie, nous a entretenus des totems et des tabous et nous a montré, posés délicatement sur la paume de sa main, des bâtonnets d’ivoire, des plumes d’oiseau-lyre, des monnaies rituelles, des fossiles magiques, des étoiles de mer, des poissons séchés, des photos de concubines royales, des offrandes de chasseurs et d’énormes scarabées embaumés qui faisaient trembler de délice effrayé les inévitables dames de l’assistance.

Bref, il n’est pas facile de parler de la Sibylle qui, à cet instant même, doit déambuler du côté de Belleville ou de Pantin, les yeux rivés au sol pour essayer de trouver un bout de tissu rouge. Si elle ne le trouve pas, elle continuera à chercher toute la nuit, elle fouillera même fébrilement dans les poubelles, persuadée que quelque chose de terrible va lui arriver si elle n’obtient pas ce gage de rachat, ce signe de pardon ou de peine remise. Je sais ce que c’est car j’obéis moi-même à ces sortes de signes, c’est parfois mon tour d’avoir à trouver un chiffon rouge. J’ai l’habitude, depuis l’enfance, de ramasser immédiatement tout ce que je peux laisser tomber, absolument tout, et si je ne le fais pas, un malheur arrivera, non pas à moi mais à quelqu’un que j’aime et dont le nom commence par la première lettre de l’objet tombé. L’ennui c’est que rien ne m’arrête en pareille circonstance et personne d’autre que moi ne peut ramasser l’objet car le maléfice s’accomplirait pareillement. Manie qui m’a valu plusieurs fois de passer pour un fou mais en vérité je suis fou quand cela m’arrive, quand je me précipite pour ramasser un morceau de papier ou un crayon qui m’ont échappé des mains, comme le soir du morceau de sucre dans ce restaurant de la rue Scribe, un restaurant rupin avec des tas d’hommes d’affaires et de putains à renards argentés, sans compter les couples bien établis. J’étais avec Ronald et Etienne, et j’ai laissé tomber par mégarde un morceau de sucre qui est allé atterrir sous une table assez loin de la nôtre. Ce qui m’a tout de suite frappé, c’est la façon dont s’était défilé ce morceau de sucre car les morceaux de sucre en général s’arrêtent à peine touché le sol pour des raisons parallélépipédiques évidentes. Mais celui-là se conduisait comme s’il eût été une boule de naphtaline, ce qui ne fit qu’augmenter mes craintes, et j’en vins à croire qu’on me l’avait véritablement arraché des mains. Ronald, qui me connaît, regarda le coin où il était allé échouer et éclata de rire. Ce qui me mit en colère et décupla ma peur. Un garçon s’approcha, pensant que j’avais laissé tomber un objet précieux, un Parker ou un dentier, mais comme il me gênait plus qu’autre chose, je me suis jeté à quatre pattes sans rien lui demander et je me suis lancé à la poursuite du morceau de sucre entre les pieds des gens, persuadés (non sans raison) qu’il s’agissait d’une chose importante. A cette table-là, il y avait une grosse rousse, une autre moins grosse mais tout aussi putain et deux hommes d’affaires ou quelque chose comme ça. Je constatai tout de suite que le morceau de sucre n’était pas dans les parages et pourtant je l’avais bien vu sauter en direction de ces souliers qui, à présent, s’agitaient fébrilement comme des poules. Pour comble de malheur, il y avait par terre un épais tapis, dégoûtant d’ailleurs, le morceau de sucre avait dû se cacher entre les poils, rien à faire pour le retrouver. Le garçon se mit lui aussi à quatre pattes de l’autre côté de la table et nous étions deux quadrupèdes parmi les souliers-poules qui là-haut commençaient à caqueter comme des folles. Le garçon en tenait toujours pour son Parker ou son louis d’or et quand nous avons été bien engagés sous la table, lui et moi, dans une sorte de pénombre et de grande intimité, il m’a questionné et je lui ai répondu, il a fait alors une de ces têtes, de quoi le vaporiser entièrement de gomina, mais je n’avais pas envie de rire, la peur me tenaillait l’estomac et à la fin, même, j’ai été saisi d’un véritable désespoir (le garçon s’était relevé, furieux) et j’ai empoigné les chaussures des femmes pour voir si le sucre ne se serait pas blotti sous l’arc de la semelle, les poules caquetaient éperdument, les coqs-hommes d’affaires me criblaient le dos de coups de bec, j’entendais les éclats de rire de Ronald et d’Etienne tandis que je passais d’une table à l’autre pour finalement retrouver le morceau de sucre caché derrière un pied second Empire. Tout le monde était furieux et moi aussi avec mon morceau de sucre qui se mettait à fondre dans ma main et se mêlait à ma sueur de façon répugnante en une espèce de vengeance poisseuse, phénomène banal et quotidien.

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