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À propos de l’origine de l’amitié entre les peuples de Cuba et du Japon
Par Rolando Álvarez Estévez Traduit par Alain de Cullant
Le samouraï Hasekura Rocuyemon Tsunenaga est le premier Japonais qui est arrivé en visite officielle à Cuba en 1614.
Illustration par : Vicente Hernández

Le 26 avril 2001, quand le Dr Eusebio Leal Spengler a inauguré la statue d’Hasekura Rocuyemon Tsunenaga – le premier japonais à arriver en terre cubaine, le 23 juillet 1614 - sur la Avenida del Puerto de La Havane, une œuvre donnée au Bureau de l’Historien de La Havane par l’école d’enseignement moyen et supérieur « Sendai Ikuei Gakuen » de la ville de Sendai, préfecture de Miyagi, l’important lien historique entre les peuples de Cuba et du Japon se réaffirmait.

C'est précisément par ce point maritime cubain qu’est arrivé le bateau Nueva España, provenant de l'île de San Juan de Ulúa, située au large de la côte de Veracruz, Mexique, et dans lequel voyageait une délégation japonaise conduite par Hasekura Rocuyemon Tsunenaga, un samouraï au service du seigneur d’Oshu, Date Masamune, un homme d’état de grande vision politique, un guerrier respecté lors des moments difficiles, non seulement pour sa valeur, mais en raison de son strict sens de loyauté.

La délégation, dont les membres portaient des vêtements exotiques et éblouissants, a attiré l'attention des Havanais durant son séjour de plusieurs jours. À côté d’Hasekura se trouvaient environ une vingtaine de personnes entre samouraïs, marins et serviteurs.

En août 1614, après plusieurs jours à La Havane, Hasekura et ses compagnons ont continué leur voyage à bord du galion San José vers le vieux continent, arrivant en Espagne au mois d'octobre de cette année. Les cales du San José  transportaient des porcelaines japonaises Imari, des soies brodées, des luxueux coffres en bois précieux et de nombreuses épices. Le samouraï devrait accomplir d’importantes missions devant le roi d'Espagne et le Pape au Vatican.

La signification de la mission confiée à Hasekura dans le temps, compte tenu de la position géographique de Cuba comme escale, est allé au-delà d'un simple voyage. Hasekura, apportant des lettres de créances écrites en lettres d'or, était accompagné du frère Luis de Sotelo, de l'ordre des Franciscains, à qui l’on devait l'audacieux projet de créer une route commerciale directement du Japon vers les Amériques, ce qui préoccupait fortement les commerçants de Manille, Philippines, pour la dangereuse compétition que cela signifiait pour leurs affaires. Le frère Luis de Sotelo servait également de traducteur à Hasekura Rocuyemon Tsunenaga.

Hasekura et beaucoup de ceux qui ont partagé le mandatement de la famille Dante, s'étaient convertis à la religion catholique. Par conséquent, la mission diplomatique de celui qui était reconnu comme un habile politicien et guerrier, contenait aussi l'entrée de missionnaires afin de divulguer la foi chrétienne au Japon.

Le mérite historique revient à Hasekura Rocuyemon Tsunenaga – le diplomate de son pays ayant mise en place des liens commerciaux entre le Japon et le Nouveau Monde, en commençant par Acapulco, au Mexique, où il était arrivé à bord du navire San Juan Bautista  le 25 janvier 1614, après trois mois de navigation. Un exemple de ce qui a été fait par Hasekura au Mexique sont les négociations pour l'échange de l'or de Sendai avec l’argent mexicain et l'acquisition par la partie japonaise de la technologie pour la production de l'argent.

Pour Cuba, Hasekura est non seulement le premier Japonais qui est arrivé sur notre territoire, mais l'antécédent du processus migratoire qui se produirait du Japon vers Cuba à la fin du XIXe siècle, parfois avec des séjours de courtes durée, d'autres en permanence.

Les statistiques officielles de la Cuba de cette époque réfèrent que les premiers Japonais sont arrivés dans l'archipel cubain à partir du 9 septembre 1898, quand 194 d'entre eux sont arrivés dans le port de La Havane sur le vapeur Olinda, provenant des États mexicains de Veracruz et de Progreso.

Même si l’immigration japonaise à Cuba n’a pas été aussi nombreuse que la chinoise, ses apports aux différentes branches de l'économie et de la société doivent être pris en compte. La diaspora japonaise qui s'est rendu à Cuba avait diverses origines : Okinawa, Kumamoto, Hiroshima, Niigata, Kochi ou Fukuoka, parmi d’autres. En 1909 a eu lieu le premier antécédent de caractère culturel japonais à Cuba : l'artiste de cirque Kokichi Shimizu, d’Osaka, s’est marié avec la Cubaine Concepción Valdés Pérez.

On pourrait dire de nombreuses choses sur les Japonais qui ont décidé de s’établir à Cuba jusqu'à leur mort, contribuant avec leurs expériences et leur discipline dans différents domaines du développement de la société cubaine. Ce fut le cas, parmi d’autres, de la famille Harada, le tronc fondamental du principal établissement de Japonais dans l'Ile de los Pinos (aujourd’hui Île de la Juventud), la deuxième en taille de l'archipel cubain. Il faut ajouter à cela ce grand ami de Cuba, le floriculteur et horticulteur que fut Kenji Takeuchi, ou Saburo Oye, le transformateur des marécages en terres productives. Que dire de Goro Naito, une importante personnalité de la colonie japonaise à Cuba, arrivé de la préfecture d'Hiroshima en 1928 et qui, durant 20 ans (1970-1990) a été le plus haut représentant de la colonie japonaise.

Il n’y a aucun doute que les centaines de Japonais qui se sont installés à Cuba à la recherche de la prospérité étaient des exemples de l’éducation et du travail, des dignes représentants de leur peuple, comme l’a été en son temps le samouraï Hasekura Tsunenaga, décédé le 7 août 1622, quant au lien historique des relations entre Cuba et le Japon.

En effet, qui de mieux que le Dr Eusebio Leal, directeur du Bureau de l'Historien de La Havane pouvait dévoilé la statue d’Hasekura. Il y a plusieurs années, il a eu le privilège de visiter le cimetière de Sendai afin de montrer son respect et de rendre hommage, devant leurs tombes, au frère Luis Sotelo et à Hasekura Tsunenaga.

Le symbolisme du voyage d’Hasekura et son transit à La Havane évoquent toujours le triomphe de l'amitié et de la paix, a exprimé Eusebio Leal lors de son discours d'inauguration de la statue de l’illustre fils du Japon.

Ce périple impressionnant et audacieux du samouraï et diplomate Hasekura a eu lieu il y a 400 ans et il a le mérite de représenter l'origine des liens durables entre les peuples de Cuba et le Japon.