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Le Ballet Folklorique de Oriente
Par Aime Sosa Pompa Traduit par Alain de Cullant
Entretien avec Milagros Ramírez González, directrice générale de la compagnie.

Entretien avec Milagros Ramírez González, directrice générale de la compagnie

Le Ballet Folklorique de Oriente a 55 ans. Cette institution de la danse a surgi des plus profondes racines de la culture populaire et avec des diverses sources artistiques provenant des cultures congo, yoruba, carabalí, lucuní, bantou, ainsi que des manifestations provenant du mélange avec les cultures européennes.

Le Ballet Folklorique de Oriente, la première compagnie de danse de son type après le triomphe de la Révolution (1959), est actuellement sous la direction générale de la danseuse et maître de Santiago de Cuba Milagros Ramírez González. Elle découvre ses débuts dans la danse et les rêves pour la compagnie avec la première mondiale de son œuvre Oshún, Agüé et Ará Ocó.

Elle est née dans les profondeurs mêmes de la campagne cubaine : dans la Centrale Baltony (aujourd'hui Los Reynaldo), à environ quarante kilomètres du village La Maya. C’est peut-être la proximité des communautés ayant des racines haïtiennes qui lui ont montré le chemin…

Comment vous avez découvert que vous vouliez être danseuse ?

Dès l’âge de 3 ans j'étais une petite fille animée, audacieuse… j'étais derrière les congas, les bembés, je chantais, je dansais des danses russes, latino-américaines ; j’ai fait partie de groupes de théâtre, j’étais dans une brigade artistique qui parcourrait la région. C'est pour raison, dès que j’ai eu l'usage de la raison, j'ai pensé être artiste, soit actrice, chanteuse, danseuse ; mais j'ai découvert que c'était la danse ce qui me captivait le plus.

Comment êtes-vous arrivée au Ballet Folklorique de Oriente ?

À la fin de mes études de danse de niveau moyen j'ai réalisé mon service social dans la célèbre École des Instructeurs d’Art d’El Yarey, dans la province de Granma. Là, j'ai travaillé trois ans de plus. Je suis venue à Santiago de Cuba en 1982 pour rejoindre l’Ensemble Folklorique de Oriente où j'ai commencé comme maître et professeur. Je suis devenue première danseuse en 1991. Depuis lors j’ai interprété les rôles principaux et, en 1996 j’ai été nommée directrice. Une nouvelle phase de ma vie a commencé : ou je dansais ou je m’occupais de l'organisation générale. Ensuite j'ai compris que je devais donner la priorité à la direction, me dédier un peu à la chorégraphie et faire des recherches pour le sauvetage de toute la culture.

De quels professeurs vous souvenez-vous le plus ?

Berta Armiñán. Elle a été la première personne qui m’a donné des classes de danse folklorique franco-haïtienne, ceci m’a beaucoup aidé pour ma formation professionnelle. Il a aussi eu Antonio Pérez, qui était le directeur de la compagnie, il est ma référence en chorégraphie, en direction artistique, je ne peux pas le nier. Il y eu d’autres maîtres tels que Teresa González, Graciela Chago, Roberto Chorens, car j'ai étudié la danse moderne et la folklorique à l'École Nationale d’Art (ENA) ; et d'autres qui ne sont plus à Cuba ou qui sont décédés.

Quelles sont les œuvres dont vous vous souvenez le plus avec amour et dévotion, qu’elles soient vôtres ou d'autres chorégraphes ?

Yemayá y el pescador, le premier grand ballet montrant le niveau technique de la compagnie, dont j'étais le coryphée du corps de la danse. Il y avait aussi une autre œuvre qui est passée presque inaperçue, Huellas de sangre, j’étais la soliste principale, je m'en souviens avec beaucoup d'amour. C’est dommage qu'il ne reste rien de cette œuvre car j’ai travaillé beaucoup, je me suis donnée pleinement. Comme chorégraphe, Obalú aye, qui raconte le patakin (la légende) de San Lazaro, c’est ma première grande création. J’y ai pensé durant trois ans, comment travailler la dramaturgie, comment raconter ce que j'avais à l'esprit. Et maintenant il y a Pavo real, qui me fait rêver…

À quoi rêvez-vous le plus, en relation avec le Ballet Folklorique de Oriente ?

Je crois que la reconnaissance du cinquantième anniversaire de la compagnie en tant qu’institution mère de la danse folklorique surpasse les oublis. Nous avons également eu un excellent traitement par le Conseil National de la Danse. Et je rêve aussi d'avoir notre siège, notre propre espace, pour travailler nos capacités, d'avoir une école pour former des enfants et des jeunes qui veulent apprendre la danse folklorique.

Même si la compagnie est une école dans le recrutement des diplômés de l'École Professionnelle d’Art, il est nécessaire de former des chanteurs, des percussionnistes… Les chanteurs folkloriques ne se font ils naissent. S'il y a un enfant ayant déjà cette qualité il peut se développer dans la compagnie. Et j’espère que l’on pourra récupérer notre siège dans les rues San Francisco et San Felix.

Le Ballet Folklorique de Oriente possède une équipe et une imposante distribution, comme une société. C’est peut-être la plus importante de la région : 36 danseurs, 10 musiciens, 4 voix et le personnel technique.

Quels sont les secrets pour diriger le collectif…

Tout d'abord il faut être très compréhensif, diplomate et tolérant dans de nombreuses occasions. Essayer d'aider tout le monde autant que possible et dans tous les sens, aussi bien sur le plan personnel que sur l’artistique, sans oublier la discipline. Être exigeant, noble, mais énergique à la fois. Trouver une façon ou un moyen pour que tous comprennent quel est l’objectif du travail de la compagnie, sans arriver aux extrêmes.

Pour ce cinquantenaire, que pouvez-vous dire à ceux qui lisent ces lignes ?

On ne peut pas laisser mourir les expériences et l'histoire de toutes ces années de la compagnie, ni les recherches. Il y a encore beaucoup à découvrir, car la culture des Caraïbes, tout ce qui est venu d'Afrique, est très riche en tous les sens. Cette compagnie a été ma vie et je voudrais, quand je ne serai plus là, que ceux qui me suivent, ceux qui occuperont cette place, se donnent corps et âme, qu’ils éprouvent un profond sentiment d'appartenance afin de recevoir véritablement le fruit de notre travail, le mien et celui de ceux qui ont travaillé avant.