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Le souvenir de Youri Gagarine
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
À trois mois de son légendaire voyage dans le Cosmos, La Havane l’accueillait sous des trombes d’eaux.
Illustration par : René Peña

À trois mois de son légendaire voyage dans le Cosmos, La Havane l’accueillait sous des trombes d’eaux. C'était le lundi 24 juillet 1961. Invité pour les festivités du 26 juillet et de la récente victoire de Girón, dans cette atmosphère pleine de joie, l’homme aimable et sympathique qu’était Youri Gagarine nous a paru plus réel.

 

En cette époque j'étais une adolescente et pour moi comme pour beaucoup d'autres de mon âge ou plus jeunes, le premier cosmonaute de l'histoire était un de nos héros. Je me rappelle que ce n'était pas très attrayant d'être le Cavalier solitaire et encore moins Superman pour les garçons, dans leurs jeux tous voulaient interpréter Gagarine qui était devenu l'homme le plus proche des astres le 12 avril de cette même année.

 

La capsule, de 5 tonnes et de 2,3 mètres de diamètre, est restée en orbite autour de la Terre durant 108 minutes. On dit qu'il a atterri en Sibérie et qu'une paysanne, en le voyant dans sa combinaison orange, lui a demandé, inquiète, s’il venait du cosmos. Gagarine a répondu « Oui, bien sûr, mais ne vous inquiétez pas. Je suis soviétique ».

 

Sa présence à La Havane faisait revenir l'ampleur de sa prouesse à l'esprit des enfants cubains. L'impact fut tel qui même de nombreuses années plus tard, au milieu de n’importe quelle rumba scolaire on reprenait en chœur un refrain qui annonçait : « comme Youri Gagarine… je m’en vais dans le cosmos… »

 

C’était un temps où l'imagination volait plus que ce que permet aujourd'hui un jeu vidéo et donnait davantage de fibre dans l'âme qui la merveille actuelle d'un Ipod.

 

Le jour de son arrivée, toutes les personnes présentes à l'aéroport José Martí ont reçu l'impact de la pluie dans un après-midi qui avait été ensoleillée et chaud. Personne n’avait de parapluie.

 

Alors qu'ils attendaient l'arrivée de l'avion, on se rappelle que Fidel et les autres membres du comité de réception conversaient avec animation sous le déluge comme la chose la plus naturelle du monde. Quand l’avion a enfin atterri, qu’il s’est arrêté, on a vu le visage familier de Gagarine. Il avait 27 ans. Les applaudissements ont explosé. Quelqu'un a mis un imperméable sur ses épaules car la pluie avait redoublé. Mais le jeune russe, en voyant que tous étaient complètement trempés dans l’aéroport, a enlevé l’imperméable d’un geste énergique et, quelques secondes plus tard, lui aussi était totalement trempé par l'averse.

 

Après les salutations et les accolades, sur le tarmac de l'aéroport, la pluie a cessé comme par magie mais tout le monde étaient trempés « jusqu’aux os », selon les paroles d'Alexander Alexeiev, alors ministre conseiller de l'ambassade soviétique à La Havane.

 

Le parcours de l'aéroport jusqu'à la ville a été flanqué par une gigantesque foule désireuse de voir l'homme qui avait conquis l'univers. Toujours souriant et proche, il a aussi conquis nos cœurs.

 

Avec Fidel, il a visité divers sites de La Havane. Il s'est réuni avec des étudiants de l'Université et le 26 juillet, durant un acte public sur la Place de la Révolution, on lui a remis le premier Ordre Playa Girón pour le mérite exceptionnel de sa prouesse.

 

Ce jour, le visiteur a exprimé : « L’heure arrivera où ce peuple enverra son propre cosmonaute dans l’espace. » Ses paroles se sont concrétisées quelques années plus tard avec le voyage du jeune cubain Arnaldo Tamayo Méndez dans le cosmos, qui a affirmé : « La vaillance de Gagarine, son sourire inoubliable, sa foi inébranlable dans le succès m'ont accompagnées durant tout l'entraînement et le vol ».

 

On dit que le premier dimanche cubain de Gagarine a été destiné à se reposer sur les fameuses plages de Varadero. Le jeune russe s’est promené en maillot de bain sur la plage sans être reconnu ; toutefois son idée de se lancer depuis le plus haut plongeoir d'une piscine a attiré l'attention de nombreuses personnes qui même en sachant que le cosmonaute était à Cuba, ne l'imaginaient pas sur une plage à Varadero. Mettre les deux choses en relation montre l’identité de cet intrépide plongeur et là a terminé le repos de Gagarine et la tranquillité proverbiale de la station balnéaire cubaine.

 

Le premier cosmonaute est revenu à Cuba en octobre de l'année 1963, en transit vers le Mexique où il devait assisté à un Congrès sur l'aviation. Le pays était triste à cause du récent passage du terrible ouragan Flora qui avait semé la destruction et la mort dans l’orient de l'Île.

 

Gagarine, accompagné de son épouse et de la non mois célèbre cosmonaute Valentina Terechkova, a publiquement manifesté sa solidarité avec le peuple cubain.  

 

Avec le temps, nous avons connu la légendaire anecdote que le matin du transfert de Gagarine, vêtu de sa combinaison de vol, dans rien de moins qu’un petit autobus commun et banal depuis la base d'entraînements jusqu'à la rampe de lancement de Baïkonour, le cosmonaute a demandé d’arrêter le « bus » à mi-chemin et, en ce jour ci important, il est descendu et a uriné sur une roue du véhicule comme la chose la plus naturelle du monde.

 

Si Gagarine avait été cubain, la narration de l’anecdote aurait durée deux ou trois heures, agrémentée d'histoires annexes, mais on dit qu'à partir de ce jour, aucun cosmonaute qui décolle de Baïkonour, quelque soit sa nationalité, accompli ce cérémonial en honneur à la simplicité du premier et plus célèbre de tous les hommes qui sont allés dans l'espace.

 

Dans notre monde où les vaniteux et les arrogants ne manquent pas, rappeler cet homme si spécial a la double allégation de valoriser la transcendance que possède encore la phrase de Youri Gagarine quand, en contemplant la Terre à plus de 300 kilomètres d’altitude et une vitesse de 28 mille kilomètres à l’heure, a demandé de ne pas détruire tant de beauté.