IIIIIIIIIIIIIIII
Le dernier cimarron et le patrimoine cinématographique cubain
Par Ana María Reyes Traduit par
Présentation du documentaire hispano-cubain « Cimarrón, historia de un esclavo » dirigé par Juan Carlos Tabío, Prix National de Cinéma 2014.

Le cinéma peut être témoignage, fiction, outil didactique, exercice de style, modèle de technique, il peut être conçu pour un public spécialisé ou pour le grand public, il peut faire appel à l’intellect ou aux sentiments, mais si un produit cinématographique est tout cela à la fois, alors il est certainement une œuvre d’art. C’est le cas de Cimarrón, historia de un esclavo (Cimarron, histoire d’un esclave), documentaire hispano-cubain dirigé par Juan Carlos Tabío, Prix National de Cinéma 2014.

En 1967, Sergio Giral réalise un film librement inspiré de Biographie d’un cimarron, du très jeune écrivain à l’époque Miguel Barnet. Considéré comme un bijou par une élite intellectuelle, ce court-métrage de 16 minutes, quoique légitime en tant qu’œuvre d’art indépendante de la littérature d’origine, semble ne pas avoir comblé l’auteur qui aurait avoué: “je n’ai quasiment pas pu interférer parce que le réalisateur, a exercé son droit en imprimant une esthétique un peu surréaliste de métaphores et de symboles propres…” (1). Dans le documentaire de 2011, par contre, l’essence du livre est traduite et condensée, magistralement, avec un vrai “bonus”: le témoignage du témoignage, émouvant, de Miguel Barnet, qui à l’âge de 23 ans a réussi cette merveille de “fusion insolite” avec un homme de 103 ans, si différent. L’un de bonne famille, intellectuel, blond, aux yeux clairs; l’autre, fils de père congo et mère lucumi, illettré, esclave, cimarron et vétéran de la guerre d’indépendance, les deux, le Noir et le Blanc ont fait un seul homme. C’est cela Cuba. Les oreilles  de Miguel Barnet ont donné voix à Esteban Montejo. Ce travail de Creativos Promotores S. L. en coproduction avec Télévision Espagnole et l’Institut Cubain d’Arts et Industrie Cinématographiques (ICAIC) est un exemple louable de ce que les anciennes métropoles et colonies peuvent faire ensemble. Et je m’arrête ici un instant. Une œuvre pareille n’est possible que parce qu’il existe à Cuba une richesse d’archives filmographiques sans égale au monde. J’attendais le générique de fin pour voir la succulente liste des titres que j’avais cru identifier comme Cimarrón, El Otro Francisco, Rancheador et Maluala, de Sergio Giral, le plus prolifique réalisateur de films sur ce genre de sujets, ou Lucía, de Humberto Solás, La primera carga al machete, de Manuel Octavio Gómez, et tant d’autres. Hélas!, incroyablement ils n’y figuraient pas, ou étaient plutôt ensevelis dans une fosse commune sous le rotule lapidaire “Images utilisées des archives filmographiques de l’ICAIC”. Il n’existe pas une seule cinématographie au monde capable de montrer une richesse tellement colossale. Sachant que chaque minute d’archive se vend au marché audiovisuel à prix d’or, on peut se demander ont-elles été chiffrées à juste prix, combien de minutes d’archives ont été utilisées? Je dis cela parce que de temps en temps on donne des pépites d’or en échange de morceaux de verre. Soit, mais seulement si l’intérêt culturel et historique de l’œuvre de la générosité du donneur en est digne.

Le générique du début en fait foi: réalisé avec le soutien du programme Ibermedia et recommandé par l’UNESCO, ce film prouve que les archives cinématographiques de l’ICAIC méritent d’être déclarées patrimoine culturel de la nation et proposées par la suite au rang de patrimoine de la humanité comme cela a été le cas du Noticiero ICAIC (Actualités ICAIC).

En attendant, le Musée Maison d’Afrique, qui a modestement contribué à cette œuvre, rend hommage au grand sage cubain –à moitié espagnol- Don Fernando Ortiz maître, guide et âme de la « cubanité », le blanc le plus noir que Cuba a produit, dans son 133 anniversaire. Rendez-vous au 157 rue Obrapía, vendredi 18 juillet à 14 h.

1             De cierta manera - Cubacine. El cine cubano y yo. www.cubacine.cult.cu /sitios/revistacinecubano.