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Le steel band : barils ou instruments de musique ?
Par Graciela Chailloux Traduit par Alain de Cullant
Le steel band est composé de barils mis au rebut, transformés en instruments de musique grâce à la créativité magique d'un peuple.

Les deux choses. Le steel band est composé de barils mis au rebut qui ont été transformés en instruments de musique grâce à la créativité magique d'un peuple qui a forgé des cultures venant des quatre points cardinaux du globe. Comme hommage à Ogún, le dieu yoruba de la guerre et du fer, la conversion d'un baril en métal en un instrument de musique unique et harmonieux à la force du marteau et de feu, va engendrer différentes tonalités musicales qui intègrent un orchestre de percussion dans lequel les pans (casseroles) ou steel drums (tambours en acier) acquièrent la sonorité d'un orchestre symphonique.

L'origine de cet orchestre unique est aussi divers et merveilleux que toute la culture populaire des Caraïbes. Dans l’île appelée Iere par ses originaires habitent encore des Caribes. Quand Christophe Colomb est arrivé à Iere il l’a rebaptisée Trinidad et la petite île a éveillé peu d’intérêts aux premiers colons. Des Français venant d'autres terres américaines ont été accueillis par les ibériques à partir de 1783 et là se trouvent leurs descendants dans l’actualité. Angleterre s’est appropriée l'île en 1797 et elle a apporté des maîtres britanniques pour transformer l'île en une plantation de sucre nourrie avec le sang, la sueur et les larmes des esclaves africains. Des Chinois sous la condition de semi esclaves y ont été apportés en 1802. Quand l'esclavage a été aboli en 1838 des serviteurs indiens – de l’Inde – ont été concentrés pour travailler dans la production de sucre. Ceci a eu lieu entre 1845 et 1917.

Pour tous ces peuples – venus de leur propre volonté, déplacés compulsivement ou attirés trompeusement - le tambour était indispensable aussi bien dans la musique profane que dans la religieuse. Jusqu’en 1884, les Britanniques ont interdit aux esclaves africains de parler leur langue maternelle et, encore moins, de jouer leurs tambours. Le masquage devant de telles interdictions a eu lieu à travers la création d'une nouvelle langue (le triniti, le créole de Trinité) et les bandes tamboo bamboo, qui utilisaient un instrument de musique construit avec du bambou et qui était connu des africains et des asiatiques – Chinois et Indiens -.

L'utilisation du feu pour former un tambour est une partie de l’équation indienne aux conditions de Trinité pour la construction de leur tambour principal, le tassa drum, et il peut vivre en harmonie avec le culte d'Ogún. Les musiques africaine, chinoise et indienne sont impensables sans le tambour de bois et de cuir ou de métal, comme c'est le cas avec les marches militaires européennes. La musique chinoise privilégie les gongs et les cymbales et, même au XXe siècle, les bandes ayant ces instruments perdurent. Ses réminiscences sont présentes dans la saveur du steel band.

Les instruments métalliques étaient familiers pour les Africains, les Européens et les Asiatiques, l'introduction progressive du métal dans les bandes tamboo bamboo était un processus naturel. Par conséquent, la base du steel band – la percussion – s’est consolidée à Trinité à partir de la présence de pratiques culturelles provenant d’Afrique, d’Asie et d’Europe. La structure instrumentale, le développement et l'organisation comme bande, propre de la musique classique européenne, sont présents dans le steel band.

Lors du Carnaval de 1937, on a entendu pour la première fois à Trinité des improvisations réalisées avec des boîtes de biscuits, des seaux métalliques et leurs couvercles, etc. C'était la musique de ceux qui résistaient à l'absence de ressources traditionnelles afin de libérer leur sensibilité musicale créative. L'augmentation des rejets des barils de 55 gallons, ceux qui apportaient le pétrole brut du Venezuela afin d’être raffiné à Trinité pendant la Seconde Guerre Mondiale, a fourni le support parfait pour l'expansion illimitée des instruments métalliques qui avait commencé au sein de bandes de bambou. Comme de dignes fils d’Ogún, le métal, le feu et le marteau se sont réunis pour donner vie au dernier des instruments de musique créés par l'homme.

Mais, comme cela se produit toujours avec toutes les expressions culturelles authentiquement populaires et à contre-courant de la culture hégémonique, ceux qui naissent au sein d’une société strictement hiérarchisée quant à l'économique, la politique, le social et le culturel, le steel band a été - selon l'élite de Trinité – une chose des pauvres, des marginaux, des Noirs pratiquant les atavismes culturels. La dernière chose que pouvait aimer une personne noire aspirant que ses enfants s’élèvent dans la classe moyenne était de les voir impliqués dans un steel band, chantant le calypso ou participant pleinement à la réjouissance spirituelle de la bacchanale (carnaval).

Au début des années 1940, les aïeux des steel band contemporains possédaient déjà leur instrumentation distinctive et se déplaçaient de quartier en quartier. Ils employaient des grandes boîtes de biscuits ou de soude caustique, des morceaux de zinc et de fer. Ils comprenait également d’autres instruments mineurs tels que les rayadores (ustensiles de cuisine servant à râper) métalliques. Les trompettes, popularisées par la musique militaire, ont été introduites durant la Seconde Guerre Mondiale, elles avaient la fonction de répéter les parties de la chanson pour souligner les questions et les réponses qui constituent la structure des textes de son compagnon inséparable : le calypso.

Le quartier populaire de Lavantille, à la périphérie de Port-d’Espagne, a été son berceau. La confrontation entre les bandes rivales exprimait non seulement la violence causée par la frustration et l'impuissance des dépossédés, mais alimentait aussi la profusion des bandes et des thèmes des calypsos qu’ils interprétaient. Mais comme tout véritable expression culturelle, le steel band a emprunté le chemin allant de la marginalité à la respectabilité. L'Association de Steel Band a été créée en 1948 et, en 1950, a eu lieu la première compétition nationale, qui se célèbre encore aujourd'hui. En 1951, un orchestre de steel band s’est présenté à Londres et cela a marqué son accès définitif au mérite. Eric Williams, le père de la nation de Trinité, a encouragé le steel band en 1956 afin de stimuler la participation populaire dans la course politique pour la première élection d'un chef de cabinet pour le gouvernement de la colonie.

Cependant, le steel band est bien plus qu'un symbole de l'excellence en culture métisse de toutes les Caraïbes. C'est le cadeau de Trinité au monde. Sa diffusion n’a pas de frontières. Les Cubains ont reçu le premier signe de ce cadeau par l'intermédiaire du Guyana à la fin des années 1980 et, aujourd'hui, sous le couvert de la Virgen de la Caridad, dans le village d’El Cobre, province de Santiago de Cuba, un steel band cubain remercie et glorifie ce si précieux legs de Trinité au monde.