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Le Musée des Arts Décoratifs : la magie d'un patrimoine
Par Yeneily García García Traduit par Alain de Cullant
Le musée thésaurise aujourd’hui plus de 30 000 pièces dans l’ancien palais de la comtesse de Revilla Camargo.

Imaginez-vous dans le luxe plus exquis, dans une maison qui rappelle parfois un palais en miniature et d'autres fois un labyrinthe de miroirs dans lequel - contrairement à ceux des foires -, on voit une meilleure image de soi. Une maison où vous pouvez rêver d'être une princesse de contes de fées, où vous pouvez jouer à être reine.

Imaginez-le et allez ensuite dans le petit palais du quartier havanais du Vedado où se trouve maintenant le Musée National des Arts Décoratifs et vos attentes seront comblées.

L’ancienne maison de María Luisa Gómez Mena, comtesse de Revilla Camargo, l'une des plus grandes fortunes de la Cuba prérévolutionnaires, ce manoir aristocratique fête son cinquantième anniversaire, depuis qu’il a été ouvert au public en 1964 comme une vitrine de l'une des plus belles collections de l'art européen et oriental des XVIIIe et XIXe siècles.

Le musée qui thésaurise aujourd’hui plus de 30 000 pièces, a été fondé au début avec les articles que la comtesse, une femme du monde, célèbre mécène et collectionneuse de bon goût, a accumulé dans sa résidence, pour ensuite étendre ses fonds par le biais de donations et d'acquisitions.

On a voulu faire partie des célébrations du cinquantenaire et a visité la somptueuse demeure - qui a reçu plus de 29 500 visiteurs en 2013 - et pu être témoin de la magie que l’on ressent dans ses corridors et jardins, comme si la nostalgie s’y était installée, les favorisant avec son halo.

L’ancien splendeur d'un hôtel particulier

Pour ceux qui aiment suivre les arbres généalogiques, María Luisa Gómez Mena Vila, l’ancienne propriétaire du numéro 502 de la rue 17, appartenait à l’une des plus riches familles de la haute société havanaise.

La fortune des Gómez Mena provenait essentiellement de la traite négrière et ils l’ont ensuite agrandi à travers le commerce et la banque, cette fortune leur a permis d’exercer une grande influence dans la politique de l'île, au point d'avoir des postes dans les cabinets de plusieurs présidents de la République.

Parmi leurs plus célèbres possessions – ils sont arrivés a avoir plus de 500 maisons et immeubles – se trouvait la Manzana de Gomez, une galerie de boutiques et bureaux dans lequel a trouvé la mort l'un des membres de la famille : Andrés Gómez Mena, des mains d'un horloger catalan en défense de l'honneur de son épouse.

María Luisa, la fille d’Andrés Gómez Mena et d’Eugenia Vila Pérez, mariée avec le riche industriel espagnol Agapito Cagiga, comte de Revilla Camargo, a continué à habiter la maison durant une dizaine d'années après sa construction, entre 1924 et 1927, quand l’habitant original, son frère José, est parti résider près du Miramar Country Club, alors une zone « in » pour la haute bourgeoisie havanaise.

Selon Gustavo López, sous-directeur technique du Musée, la comtesse a trouvé cette résidence adéquate pour abriter sa grande collection d'art français et oriental des XVIIIe et XIXe siècles.

« Un cabinet français a fait les plans mais ce sont des architectes cubains qui l’ont construite. Tous les matériaux ont été importés de France et d'Italie, depuis les marbres et les grilles extérieures, jusqu’aux pavés qui sont venus de Belgique. La seule chose utilisée comme matériau cubain était le bois pour la menuiserie intérieure, l’acajou, bien que  le découpage a été fait en France et ensuite assemblé ici ».

María Luisa Gómez Mena a vécu dans son hôtel particulier jusqu'en 1959, date où elle a quitté le pays, laissant son neveu en charge du patrimoine familial. Deux ans plus tard, en 1961, précise Gustavo López, il émigre également et quitte la maison, qui passe à l'Etat cubain.

En 1964, la maison devient un musée, afin de conserver, d’étudier et d’exposer les trésors accumulés par son aristocratique ex propriétaire. Ainsi, un palais de conte de fées ayant servi de scène pour des réceptions en honneur des personnalités, telles que le duc de Windsor, la duchesse d'Alba et les comtes de Barcelone, dans les années 1940 et 1950, a ouvert ses portes aux visiteurs qui ne pensaient probablement jamais mettre les pieds dans une demeure si luxueuse.

Le demi-siècle d'un joyau

Gustavo López explique : « Le musée a commencé avec les collections de la comtesse, principalement d’art français : meubles, porcelaine, bronze et certains textiles des XVIII et XIX siècles. Car elle était un fanatique de la période des « Louis », dit-il en se référant aux souverains de France, Louis XV et Louis XVI. « Elle avait également une importante collection de porcelaines chinoises de familles déterminées, comme le corail ou la turquoise, et elle collectionnait des meubles chinois comme la table se trouvant dans la salle des laques de Chine, une table japonaise du XVIIIe siècle et certains paravents. Elle avait des collections d'éventails, d’orfèvrerie, non seulement françaises, mais de différents pays européens ; tout cela avec les différentes pièces qui ont conformé l'ouverture du musée en tant que telle ».

L'institution naissante a rempli ses vides avec des éléments provenant des collections du comte de Jaruco, d’Oscar Cintas et d’Elena Fernández de Guevara, qui a donné des milliers de pièces au musée à la fin des années 1980.

« Au rez-de-chaussée, nous avons le vestibule, le salon principal, celui des laques de Chine et la salle à manger, celle-ci étant considérée comme une exposition permanente, bien que nous changeons la vaisselle une fois par an », souligne Gustavo López.

« À l’étage se trouve la galerie où sont exposées des pièces de porcelaine française et allemande ; les collections d'art nouveau et d’art déco ; le Salon de Sèvres ; le Salon Anglais ; le Boudoir, décoré dans le style du Second Empire Français ; le Salon Néoclassique, qui était l'ancienne chambre de la comtesse ; l'éclectique ; l'oriental, qui résume les pièces les plus importantes des collections de cet art, et, finalement, la salle de bain, qui rompt un peu avec le style de toute la maison, elle est de style français, allant du rococo au néoclassique, du style déco, la note contemporaine qui possède la demeure quant à l'architecture ».

Il y a deux salles d'expositions temporaires : une dans le petit salon et l'autre dans une des galeries, le musée a l'intention d'y exposer, à l’occasion du cinquantenaire, plusieurs expositions externes, aussi bien d’artistes cubains qu’étrangers.

« Nous venons de fermer une exposition d’artisanat japonais et nous en montons déjà une avec des pièces de nos fonds, dans laquelle nous montrerons des cristaux de Baccarat, l'une des plus célèbres manufactures du monde qui fonctionne encore, dont nous possédons d’importantes pièces des XIX et XX siècles », a précisé le spécialiste.

En lui demandant les services offerts par le musée, il a répondu qu'il y a plusieurs, dont la recherche d'informations dans la bibliothèque, les visites guidées demandées à l'entrée ou par téléphone et, plus ouvertes au public, les activités culturelles organisées chaque mois, ainsi que la location des salons pour les actes officiels et les événements sociaux.

« L'institution est le quartier général du groupe Habana Déco et le siège de Bonsaï Habana, qui parrainera cette année une Biennale Internationale au mois d'août, célébrant les 50 ans du musée ».

Quand nous l'interrogeons sur ce qu'il a de plus important parmi les milliers d'objets précieux thésaurisés, Gustavo López bouge la tête et dit que c’est difficile.

« On rencontre des choses importantes dans toutes les salles. Vous entrez dans le vestibule et vous voyez les deux grands tableaux du Français Hubert Robert, des pièces uniques dans le monde, achetées pour la demeure quand la Maison Jansen l’a décorée. Si nous optons pour le salon principal il y a un certain nombre de peintures du XVIIIe siècle et des meubles d'une grande valeur, ainsi qu’un tapis de 1722, que nous conservons sur le sol. Si vous allez dans la salle à manger il y a un autre niveau d'attraction quant à la structure des murs, recouverts de marbre italien, avec des bronzes apportés d’un palais français par la Maison Jansen, ainsi que les tapis et les meubles.

Dans les salons d'art oriental il y a des pièces dont les visiteurs de cette région nous disent qu’ils n’ont pas dans leur ville. Le secrétaire, fait par l'ébéniste Henri Riesener pour la reine Marie-Antoinette, est le grand joyau de notre collection de meubles et il y a seulement un peu plus de 30 pièces similaires. La salle de bain possède des lampes de Sabino, conçues spécialement pour la maison. Ce sont des pièces uniques, non seulement à Cuba mais dans le monde. C’est ce qui distingue le musée. C'est ce qui en fait un centre unique. Quand les gens viennent ils ne savent pas ce qu’ils vont rencontrer et ils voient un monde différent, des pièces qu’ils avaient peut-être vu dans un documentaire ou dans une revue, des pièces qu’ils ne pensaient pas voir à Cuba. La chose la plus importante est de les avoir maintenues, après les avoir étudiées, et les avoir exposées durant un demi-siècle », a-t-il conclu.

Le Musée National des Arts Décoratifs, inauguré le 24 juillet 1964 est situé au nº 502 de la rue 17, à l’angle de la rue D dans le quartier havanais du Vedado, il conserve plus de 33000 œuvres dans ses entrepôts et ses salles d'exposition, toutes ayant une grande valeur artistique et historique, provenant des règnes de Louis XV, de Louis XVI et de Napoléon III, ainsi que des pièces orientales du XVIe au XXe siècles.