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Dobru, mon Suriname, notre Caraïbe
Par Madeleine Sautié Traduit par Alain de Cullant
Robin « Dobru » Raveles, le Poète National du Suriname, fut un fervent combattant pour l'identité culturelle et politique de son pays et de la Caraïbe.

Seul un profond amour pour la patrie et un orgueil irrévérencieux que certains ont prétendu en vain outrager ont pu donner à l'enfant que fut l'intellectuel et homme politique surinamien Robin « Dobru » Raveles (1935-1983), une attitude telle que celle qui l’a révélé au monde comme poète.

Un professeur de hollandais, la langue officielle du Suriname, n’arrêtait pas de faire dans une des classes des remarques sarcastiques au détriment de la langue populaire de ses habitants, le sranang togo, assurant qu'elle était trop pauvre pour pouvoir écrire de la poésie.

L'alors étudiant de secondaire, outragé par les injustes censures qui le blessaient profondément, lui a apporté le lendemain un poème qu’il a écrit avec ces codes linguistiques, démentant les absurdes affirmations du censeur. La grand-mère du jeune barde s'est mise en colère lorsqu'il a appris que les vers se référaient à sa mort supposée mais elle finit par se divertir beaucoup faisant valoir que son petit-fils l'avait tué en vie.

On sait que les traits du caractère apparaissent dès l'enfance et Robin « Dobru » Raveles, qui se convertira ensuite en un fervent combattant pour l'identité culturelle et politique du Suriname et plus tard en Poète National de ce pays des Caraïbes, annonçait avec ses actes, dès son enfance, qu'il serait un homme singulier.

La vie de cet écrivain, qui, trois mois après l'obtention de son diplôme universitaire en Droit, a été expulsé du centre des hautes études pour critiquer le gouvernement colonialiste qui domina son pays et emprisonné pour ce fait, a été recueillie par la Dr Cynthia Abrahams dans le titre Robin « Dobru » Raveles qui, lors de la Foire Internationale du Livre 2012, a eu son espace dans la salle Nuestra América pour être présenté, ce livre étant alors la première participation de ce pays dans l'événement.

Pour la professeur Cynthia Abrahams, ayant un doctorat de l'Université d'Amsterdam, la poésie de cet homme qu’elle a trouvé par hasard dans une anthologie de la Caraïbe anglophone alors qu’elle préparait une de ses classes il y a plus de trois décennies, a été une révélation.

Fascinée par la découverte, elle a fait des recherches sur les Caraïbes, au Suriname, dans la Casa de las Américas et dans l'Institut Cubain d'Amitié avec les Peuples et elle a découvert que l’œuvre était étroitement liée à sa vie lors de laquelle il avait développé une fervente carrière politique basée sur la recherche de l'identité nationale et pour l'intégration de son pays au reste des Caraïbes.

Les moments les plus cruciaux de la vie de ce pionnier du mouvement nationaliste qui s’est dédié au travail pour son pays et pour son peuple, promouvant la culture nationale et caribéenne et invitant les jeunes à défendre l'idéal en faveur de la libération et à lutter contre le colonialisme et l'impérialisme, apparaissent bien explicites dans l’œuvre.

Son admiration pour le Che et Fidel ; son rôle dans la fondation du Parti Nationaliste Républicain en 1961, dont les prétentions étaient de obtenir l'indépendance du Suriname dès que possible et de créer une nation entièrement unifiée et son activisme politique présent avec véhémence dans son œuvre littéraire, mise en fonction de son peuple pour l’éduquer et diffuser le message de nationalisme, sont des coordonnées précises dans l’ouvrage.

Le livre recrée aussi, pour ne citer que seulement certains de ses engagements, le rôle principal de ce passionné dont le verbe infatigable a eu l'effet désiré quand non seulement le Suriname et les Antilles Hollandaises ont été invités à Carifesta 72, mais aussi les pays caribéens de langues française et hispanique.

La relation spéciale avec Cuba, avec Nicolás Guillén et avec le Commandant de la Révolution Juan Almeida Bosque, est également traitée dans ces pages qui englobent la courte mais fructueuse existence de ce poète qui a offert à sa terre les vers du plus célèbre des poèmes qu’il a écrit pour son pays : Un Suriname / combien de cheveux différents / de peau de toutes les couleurs / combien de langues dans un seul peuple.