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Paramaribo : le charme inconnu
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
Paramaribo, la capitale du Suriname, devient la capitale de la joie dans le continent chaque fin d’année.

Paramaribo, la capitale du Suriname, devient la capitale de la joie dans le continent chaque fin d’année.

Dans les endroits les plus reculés de ce petit pays ayant peu plus de cinq cents mille habitants se répètent des feux d’artifice sophistiqué dans de véritables duels de quartiers. Les voitures sont décorées et les camions transportent la musique dans les quartiers, bien au-delà des places où des centaines de personnes appréciant des genres tels que le caseco et la kawina, dont les origines sont la fusion des instruments et des rythmes de la région. Une culture créole dans laquelle les danses, la musique, l'artisanat, la cuisine et l'oralité authentique de ce pays multiculturel s’intègrent.

La population du Suriname est composée d'hindoustanis, de créoles, de cimarrones descendants des anciens esclaves Africains, d’Amérindiens, d’Indonésiens, de Chinois et d’Européens. Entre décembre et le début janvier, on peut également déguster avec plaisir et en famille divers plats de chaque ethnie.

« Un arbre aux branches nombreuses, mais un arbre comme tel », comme l’a souligné dans ses vers Robin Raveles, « Dobru », déclaré populairement Poète National, un ami de Cuba, décédé en 1983, à qui un hommage sera rendu à Santiago de Cuba avec le dévoilement d'un buste.

Le pays étant multiethnique, plusieurs religions coexistent au Suriname, c'est le seul endroit au monde où l’on peut voir une mosquée à côté d’une synagogue.

Le Suriname, de 163,270 kilomètres carrés, est l’ancienne Guyane Hollandaise, il se trouve sur la côte Nord-est de l’Amérique du Sud, au Nord du Brésil, entre la Guyane Française et le Guyana. La langue officielle est le néerlandais, mais il y a environ 18 langues et la plupart des habitants parlent le srnantongo, un mélange de néerlandais, d’anglais, d’espagnol, de portugais et de dialectes apportés par les esclaves africains, les restes des différentes étapes du colonialisme depuis sa découverte par Christophe Colomb en 1498. En 1975, les mouvements indépendantistes du pays ont obtenu sa proclamation comme État souverain. On peut profiter d'un agréable climat chaud toute l'année, grâce aux forêts et aux nombreux fleuves, tels que le Maroni et le Suriname.

Dans la jungle d’Asidonhopo, le territoire des marrones, descendants d'esclaves, ses habitants vivent dans des maisons rustiques, décorées avec du bois sculpté. Il y a des villages ayant des bungalows de ce même style sur les rives des grandes rivières pour les touristes qui peuvent aussi faire des parcours en pirogues dirigées par les natifs formés par la vie pour défier les rapides et les écueils parfois à peine visibles.

Les Amérindiens, les premiers habitants de l’Amérique, vivent à Kwamalasemuto, près de la frontière brésilienne. Ces sont les plus démunis. La population de plus de 50 ans ne sait ni lire ni écrire. Des découvertes récentes témoignent de l'existence de colonies aborigènes dans la jungle. Ces études indiquent que les premiers habitants étaient des cannibales qui ont été tués ensuite par des tribus rivales.

L'explosion de couleurs et la sensualité caribéenne des femmes sont les thèmes récurrents de l’œuvre du peintre et sculpteur Erwin de Vries, qui a récemment fait don de son œuvre « Ode au corps féminin », au Musée National des Beaux-arts de Cuba. Lors d’une entrevue dans sa confortable maison/atelier, à l’occasion de la remise de l’œuvre, Erwin de Vries a commenté : « J'ai toujours voulu me rendre à Cuba, mais j'ai déjà ai quelques années (il est né 21 décembre 1929) et maintenant ce sera cette œuvre dédiée aux femmes, la plus belle chose qu’a donné la Nature, qui ira ».

Le Suriname est considéré comme l'un des dix pays les plus riches du monde pour ses réserves d'or, de bois, de bauxite, de pétrole, de fer, de cuivre et de nickel. Les plus urgents plans étatiques visent à la formation professionnelle et technique de ceux qui doivent entreprendre l’immédiat et nécessaire développement industriel et agricole du pays, ainsi que l'extension de l’attention sanitaire jusqu’aux zones les plus reculées. C'est pour cette raison qu’un important groupe de professionnels étudient à Cuba depuis plusieurs années. Actuellement il y a 61 jeunes surinamiens qui se forment dans différentes universités de Cuba.

Parmi les cultures nous soulignerons le riz, les bananes et les agrumes. Auparavant il y avait aussi les plantations de café, de cacao et de canne à sucre comme on peut le voir dans le Commewijne, l’ancienne zone de production du café et du cacao, habitée en majorité par les descendants des Indonésiens, les premiers travailleurs de l’endroit. Maintenant il y a les restes d'un centre de traitement du café, désactivé depuis 1998, d’un grand intérêt pour les visiteurs, ainsi que le parc naturel « Peperpot », dans ses environs, où se trouvent les plus diverses essences de plantes et d’espèces d'animaux, comme le grietjebie, un oiseau très commun dans tout le pays.

Mais revenons dans la capitale.

En parcourrant Paramaribo, appelée aussi « la ville des fleurs », on découvre ses bels édifices, la plupart en bois comme, par exemple, la cathédrale de Saint Pierre et de Saint Paul, ou le Palais Présidentiel.

La cathédrale a été construite dans son intégralité avec des bois précieux en 1885 et elle est considérée comme la seule de son type dans les Caraïbes. Le Palais Présidentiel date du XVIIe siècle et, depuis cette époque, les différents gouverneurs qui y ont vécu ont interdit le passage des citoyens, même aux alentours. Aujourd'hui, comme œuvre du patrimoine du Suriname, elle ouvre ses portes au public quelques jours par semaine.

Mais avant tout, en se promenant dans le centre commercial, on voit un fleuve humain, sa population multiethnique. Une importante délégation représentant les différentes communautés sera présente à Santiago de Cuba à l’occasion du Festival des Caraïbes 2014. Là seront la religiosité et la domination du feu dans les danses de cimarrones, la cadence et la gestualité des Hindoustanis, la majesté des Chinois, la singularité des ancestraux instruments javanais et la complainte des Amérindiens.

Comme confirmation de l'héritage de son poète national Dobru : « Un arbre, beaucoup de feuilles, beaucoup de branches, un arbre … ». Et on pourrait ajouter puissant et fort.