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Le 55 anniversaire  de la Casa de las Américas
Par Roberto Fernández Retamar Traduit par Alain de Cullant
« Une contribution modeste mais constante à l'intégration culturelle de notre Amérique ».
Illustration par : Agustín Cárdenas

Afin d’articuler culturellement le pays avec le reste du continent et de proposer à leurs peuples un espace d'échange qui n'existe pas, la Casa de las Américas, une institution fondée le 28 avril 1959 par l'héroïne révolutionnaire Haydée Santamaría, est née il y a 55 ans à l'instance  du Gouvernement Révolutionnaire cubain.

Pour le bien des intellectuels latino-américains, la Casa a ouvert ses portes dès le premier jour pour recevoir dans ses murs l’œuvre culturelle de Notre Amérique de la main de ses créateurs. Diffuser l’œuvre de la Révolution, publier et primer des écrivains, des plasticiens, des musiciens, des gens du théâtre et des spécialistes de ces thèmes et, à son tour, créer des espaces pour la recherche, ont été les priorités du centre depuis sa création.

Le poète et essayiste Roberto Fernández Retamar, président de la Casa de las Américas depuis 1986 et directeur de la revue Casa depuis 1965, a accepté de répondre, via courrier électronique, aux question du journal Granma sur la prestigieuse institution.

La Casa a été fondée avec l'objectif principal de contribuer à l'intégration culturelle de l'Amérique Latine. Pouvez vous esquissez les principales réalisations sur ce but au cours des 55 dernières années ?

Je pense qu’au cours des 55 dernières années, la Casa a offert une contribution modeste, mais constante, à l'intégration culturelle de Notre Amérique. Au cours de ses années d'existence, la littérature de la région a atteint une reconnaissance internationale. Cela est dû à deux éléments essentiels : l'attraction qu’a eu la Révolution Cubaine triomphante en 1959 et le haut niveau que notre littérature avait déjà atteint. Je pense que l’on puisse dire que la Casa a également contribué à ce fait en quelque sorte.

Avec sa sensibilité particulière, Haydée Santamaría a été la colonne spirituelle de cette institution dès sa fondation. Comment vous en souvenez-vous et comment voyez-vous son legs à travers le temps ?

La Casa a eu l’extraordinaire privilège d'avoir été fondée et dirigée, jusqu'à sa mort, par l'être humain exceptionnel que fut Haydée Santamaría. Elle était déjà une légende vivante quand elle a assumé la nouvelle tâche qu’on lui a confiée. Elle a apporté son intense personnalité, sa fidélité de toujours envers Fidel et la Révolution. Je suis sûr que les orientations et le style de travail qu’elle a apporté à la Casa sont toujours aussi valides qu’au premier jour. Je pense toujours à elle avec admiration, gratitude et douleur.

L'institution a réussi à s’imbriquer dans les nouveaux mécanismes culturels dans la région nés à la lumière de l'avalanche intégrationniste dirigée par Fidel, Chavez et d'autres leaders de notre Amérique actuelle. Pouvez-vous nous parler de ceci ?

L'institution a vu avec une grande satisfaction le processus intégrationniste dirigé par Fidel, Chavez et d’autres grands de Amérique actuelle. Un tel processus est la raison d'être de la Casa, concrètement dans le domaine culturel. Nous avons été accompagnés par les grands créateurs de notre Amérique durant de nombreuses années et, maintenant, nous le sommes aussi par les gouvernements progressistes de la région.

Le centre a accueilli des hôtes indispensables, qui lui ont laissé une empreinte essentielle et vice versa. Je pense à Roque, Benedetti, Cortázar… Comment valorisez-vous cette influence mutuelle ?

La première grande personnalité culturelle de notre Amérique qui s’est liée à la Casa fut Ezequiel Martínez Estrada. Ensuite il y a eu Manuel Galich et, presque immédiatement, parmi beaucoup d'autres, les compañeros que vous mentionnez. Ils ont eu une contribution vitale pour donner son visage actuel à la Casa, alors que la Casa, pour sa part, contribuait à diffuser leurs œuvres. Comme vous le dites, il s’agit d’influences mutuelles.

Le Prix Casa a-t-il toujours son pouvoir de convocation pour attirer une grande partie des plus importants écrivains du continent ?

À en juger par les centaines de livres qui sont envoyés tous les ans pour opter à son Prix Littéraire, cela ne fait aucun doute que la Casa possède toujours un vaste pouvoir de convocation. À plus d'un demi-siècle du début, cela implique, par nécessité, que les importants écrivains du continent ne sont plus les mêmes et que ceux-ci continuent à nourrir l'institution.

À partir de son accueil décisif au Mouvement de la Nueva Trova cubaine, la Casa a été ouverte à la promotion et l'enrichissement des autres expressions artistiques. Êtes-vous satisfait de ce qui a été réalisé ?

On peut toujours faire plus, il est donc nécessaire d'être insatisfait, ce qui nous garantit un avenir fertile. En plus de ses directions, qui regardent la littérature, la musique, les arts plastiques, le théâtre, la Casa a créé des programmes pour y inclure de nouveaux domaines de travail : tels sont les cas des programmes d'études de la femme, des Latinos aux États-Unis ou des cultures originaires d’Amérique. Et nous envisageons de nouveaux programmes. Il ne s’agit pas seulement d’aborder des manifestations artistiques, mais aussi des manifestations culturelles en général.

Comment voyez-vous l'avenir de la Casa ?

Borges a écrit que nous ne savons rien du futur, sauf qu'il sera différent du présent. Dans le cas particulier de la Casa, je suis convaincu qu'elle conservera le meilleur de ce qui a été obtenu jusqu'à présent et, à la fois, qu’elle s’enrichira avec les apports des nouvelles promotions.

Qu’est-ce que la Casa pour Roberto Fernández Retamar ?

J'ai établi des liens avec la Casa dès 1959, mais, à partir de 1960, j’ai accompli une mission diplomatique en France. En 1965, nommé pour la compañera Haydee, j’ai commencé à diriger la revue qui est l’organe de l'institution. Et je la préside depuis 1986. J’ai donc été associé à la Casa durant la majeure partie de ma vie. Haydee disait souvent que la Casa était sa maison. Je pense que je peux dire la même chose. Je le considère ainsi et je pense que d’autres peuvent le ratifier ainsi.