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Sancti Spiritus : Une ancienne et digne église montre ses médailles
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
La paroisse de Sancti Spíritus est caractéristique de l’étape la plus évoluée de la constructions des églises au XVIIe siècle.
Illustration par : Agustín Cárdenas

La nouvelle de la découverte de squelettes humains lors des fouilles dans le parc Serafín Sánchez de la ville de Sancti Spiritus a sans aucun doute été un événement, non seulement pour la ville, mais aussi pour tout Cuba. La raison est compréhensible compte tenu de l'importance que devraient avoir tous les éléments patrimoniaux qui composent l'histoire de la nation.

Ce site archéologique a été découvert dans le coin nord-ouest du parc, où l'histoire locale reflète l’existence du couvent de San Francisco de Asís - construit en 1716 - et son temple correspondant.

Cependant, certaines personnes n’étant pas de Sancti Spiritus se demandent si ce complexe religieux démoli pour faire place au parc Serafín Sánchez est le plus ancien d’un tel caractère dans la ville du Yayabo.

La vérité est que non.

Bien que la valeur patrimoniale religieuse de plus grand âge et de plus grande importance à Cuba se trouve à La Havane, des églises ayant une grande valeurs constructive, d’une égale valeur patrimoniale et aussi anciennes que les autres, ont été construites dans certaines villes de provinces. Tel est le cas de la Parroquial Mayor de Sancti Spiritus, un édifice qui conserve, malgré le passage du temps et les circonstances, une grande partie de sa valeur patrimoniale.

Joaquín E. Weiss, dans son ouvrage La Arquitectura Colonial Cubana. Siglos XVI-XVII, la décrit avec les yeux de l'architecte et aussi du passionné pour de tels héritages historiques.

Weiss écrit (1) : « Les murs de cet édifice sont construits en grande partie en briques ; toutefois, certaines parties sont faites d'un béton d’argile avec des pierres et des morceaux de brique, pouvant provenir de l'édifice érigé en 1620. Les moulures ont été formées en coupant la brique et en la lissant avec des moules. D’autre part, la brique a été utilisée avec une très grande habileté constructive dans les voûtes de la tour et de la chapelle. Celles-ci incluent une voûte du coin du cloître, couvrant un local bas compris dans l'étage inférieur, et une coupole en huit parties sur des trompes d’angle qui ferme le dernier étage ; le plafond de la chapelle est une coupole hémisphérique sur une surface octogonale.

Contrairement à ces plafonds de maçonnerie, ceux couvrant l’église sont en bois : celui de la nef a trois pans, lequel avait à l'origine cinq tirants jumelés, remplacés plus tard par des tirants de fer ; celui de la chapelle principale a huit pans, offrant la particularité d'avoir des double cuadrales ou tirants d'angles unis. L'arc séparant la nef du chœur porte l’inscription « fue hecho este arco por disposición del Ilmo. Pedro Agustín Morell de Santa Cruz, digno señor Obispo de esta Isla de Cuba por S.M.C.D., año 1739 » (cet arc a été fait par ordonnance de l'honorable Pedro Agustín Morell de Santa Cruz, le digne Évêque de cette Île de Cuba pour S.M.C.D, année 1739). L’arc apparaît sur le plafond sans que nous sachions comment les deux endroits étaient séparés antérieurement ».

La réalité est que l’édifice que l'on peut voir aujourd'hui dans la ville de Sancti Spiritus et passé par divers événements, certains malheureux, nous empêchant de le voir tel qu’il était au XVIIe siècle, même s’il est resté relativement fidèle à l'original.

On conte que depuis l’époque de la première fondation de la ville, sur les rives du Tuinicú – dans un endroit appelé « pueblo viejo » et sur une petite colline connue comme « cayos de la iglesia » -, se trouvait un premier bâtiment pour les services religieux, qui devait être rustique.

Quand la décision a été prise de transférer ce qui serait finalement Sancti Spíritus sur les rives du Yayabo, une nouvelle église a été construite nécessairement. En 1536 celle-ci a reçu 100 ducats de la Marie pour les travaux, ce qui était à peine suffisant pour sa restauration. En cette époque la ville était pauvre et la population, en 1544, atteignait seulement 141 habitants.

L’Évêque Armendáriz visita la ville en 1612, se disposant à la construction d’une église comme « Dieu le veut », l’œuvre a été terminée vers 1620, mais selon Weiss, « on ne connaît pas les détails de celle-ci ».

La ville a été mise à sac par une formation anglaise - vers 1660, au milieu de la floraison de la piraterie dans les Caraïbes -, la population a été anéantie par la destruction des archives ecclésiastiques et le vol de ses ornements sacrés.

On prétend que les pirates sont même repartis avec le célèbre Gallo de Oro (Coq d’Or) offert par un riche paroissien de la ville, appelé Don Pedro Pérez de Corcha.

Les habitants de Sancti Spiritus d'alors ont considéré que la ville avait besoin d'un temple « d’une solidité et des conditions appropriées pour leur croissance et leur prospérité » et ils se sont donnés pleinement à la tâche. Weiss explique : « Pour une telle occasion, le Sergent Major don Ignacio de Valdivia, un homme riche et ayant de grandes initiatives, maire de Sancti Spíritus vers 1671, a payé presque entièrement l’édifice, l’actuelle église, construite à partir de 1680 sur le même site que la précédente ».

La tour – de 30 mètres de hauteur - n'a été terminée qu'en 1764, ce qui donne une période de 84 ans de construction, s’il est vrai qu’elle a commencé en 1680.

À l'occasion d'une visite de l'Évêque de Espada - au début du XIXe siècle -, il a été décidé de la couronner avec une coupole. Celle-ci, maltraitée par des tempêtes postérieurs, a éte démolie et l’actuelle, plus basse, a été construite au milieu dudit siècle.

La description architecturale offerte par Weiss, une autorité en la matière, est toujours intéressante, même quand la terminologie technologique devient très compliquée :

« La paroisse de Sancti Spíritus est caractéristique de l’étape la plus évoluée des églises commencées et en grande partie construites au XVIIe siècle. Sa façade en pignon, une imitation d’un fronton, est plus haute que large et améliore les proportions par rapport à d’autres, comme celle de l’église havanaise de l’Espíritu Santo. Il y a une certaine élaboration architecturale : la porte en anse de panier, les trois fenêtres du corps moyen et la niche supérieure, sont encadrées avec des pilastres et des corniches, ayant une évidente influence baroque. Mais il y a des libertés et des formes inacceptables, bien qu'il ne fasse pas oublier que la fabrication des moulures était très sensible à la dégradation par l'action du temps. L’unique tour, sur un côté de la façade, était la pratique prédominante dans les églises de cette période. Ses trois corps cubiques diminuent légèrement la largeur et ostensiblement la hauteur ; la grande différence entre le corps inférieur et le reste est due à l'unification de ce qui étaient deux organes indépendants dans le temps. Cette unification fait que cet étage s'élève bien au-dessus du pignon, avec une amélioration notable quant à ses proportions relatives et les autres corps de la tour ».

On dit que ladite tour était la plus haute de la ville lors de l'époque coloniale et, aujourd'hui, elle est encore l'un des points culminants, seulement dépassés par le non moins célèbre édifice connu comme « Doce Plantas », construit durant la seconde moitié du XXe siècle et depuis lequel, aujourd'hui, on peut avoir une vue panoramique de la cinquième  ville fondée par les colonisateurs espagnols, dont la tour de la Parroquial Mayor se souligne dans le paysage.

Note :

1 - Construcciones del siglo XVII en las poblaciones del Interior, chapitre 13, Maison d’édition Letras Cubanas, La Havane, Cuba, 1979.