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Adriano Rodríguez : Prix National de Musique
Par Lino Betancourt Molina Traduit par Alain de Cullant
Le nom d'Adriano Rodríguez devrait apparaître à côté d’Ernesto Lecuona, de Rita Montaner et de Bola de Nieve. Les fils illustres de la ville de Guanabacoa.
Illustration par : Samuel Feijóo

Nous sommes extrêmement heureux d'apprendre qu’Adriano Rodríguez est le lauréat du Prix National de Musique de l'année 2013.

Le jury qui a considéré le prix mérité a été présidé par Juan Formell et composé par Alfredo Diez Nieto, Digna Guerra, Frank Fernández et Adalberto Álvarez. La distinction décernée à Adriano a été partagée avec César « Pupy » Pedroso, pianiste, compositeur et chef de l'orchestre Los que son son.

On mentionne toujours les apports de Guanabacoa à la musique cubaine, on signale invariablement trois noms : Ernesto Lecuona, Rita Montaner et Ignacio Villa « Bola de Nieve ». Cette référence honorable est juste pour ce qu’ils ont apporté à la diffusion et à la valeur de notre musique.

Le 27 septembre, le Musée National de la Musique a organisé une cérémonie pour honorer et, à la fois, fêter le 90e anniversaire d’Adriano Rodríguez Bolaños, un illustre natif de Guanabacoa, qui est arrivé débordant de joie et d'optimisme. L’activité, modeste comme l’honoré, a été agrémentée par la projection d'un excellent documentaire réalisé par le compositeur Edesio Alejandro, un voisin d'Adriano, et par un récital, toujours merveilleux, de Pancho Amat et son groupe Cabildo del Son. Le Musée a offert un admirable diplôme à Adriano et celui-ci, au milieu du petit groupe d'amis présents, s’est senti si reconnaissant qu’il a uni sa voix à celle du chanteur William Borrego. Il n'y a eu rien de plus. La presse nationale n'était pas au courant de l'événement. Une petite note rappelait que l'un des plus grands chanteurs cubains fêtait son quatre-vingt-dixième anniversaire de gloire artistique, ayant commencé son art dès son enfance. Dans d’anciennes chroniques il a été appelé « Le Paul Robeson cubain », un épithète qu’il a toujours rejeté, par modestie et aussi parce que les comparaisons dans le domaine culturel ne sont pas toujours valides ni justes.

Selon moi, en valorisant la réelle dimension artistique d'Adriano Rodríguez, son nom devrait apparaître à côté d’Ernesto Lecuona, de Rita Montaner et de Bola de Nieve pour ses grands mérites atteints à Cuba et dans d'autres pays.

Adriano n'est pas un chanteur autodidacte. Dans sa jeunesse il a étudie dans l'Académie de Musique de Guanabacoa, au Conservatoire de Musique Populaire, amplifiant ses connaissances avec Iris Burguet.

À l’âge de 16 ans il a rejoint l'ensemble Rapsodia Negra  dirigé par Alberto Zayas et, en même temps, il a travaillé avec Trinidad Torregosa, Marcelino Valdés et Jesús Pérez, des personnalités reconnues du folklore cubain avec qui il a partagé les scènes pendant vingt ans. Dans les conférences offertes par Don Fernando Ortíz, Argeliers León, Gonzalo Roig et Gilberto Valdés - avec lequel il était lié d’une amitié inséparable comme avec le musicologue Odilio Urfé, avec qui il s’est présenté dans le légendaire Carnegie Hall de New York en 1979 et ensuite à Paramaribo (Suriname) en 1982, au cours du Festival Diaspora - Adriano était présent pour agrémenter ces présentations avec sa voix.

Adriano a partagé les applaudissements dans un spectacle organisé par le maestro Gonzalo Roig avec son amie et compatriote Rita Montaner et, aussi avec « La Única », il s’est présenté dans la CMQ sous la direction du maestro Enrique González Mántici.

Il a été l’un des fondateurs du Chœur Nationale, alors appelé Chœur Polyphonique.

Comme chanteur, Adriano nous laisse un agréable souvenir quand il a uni sa voix à celle de Dominica Verges et Guarione Garay dans le Groupe des Troubadours Cubains qui ont eu la chance d'enregistrer un disque avec des œuvres de Sindo Garay, où se trouve l'excellente chanson Germania et la rhapsodie El huracán y la palma, où sa voix se joint à celle de Guarione Garay. Les guitares d’Octavio Sánchez « Cotán » et d’Ismael Sánchez « Mayito » les accompagnaient. Le disque, produit par le label Areito de l’EGREM, compte l’assessorat du propre auteur des œuvres, Sindo Garay.

Le mince et élégant Adriano a brillé dans de fabuleuses revues musicales des cabarets Tropicana, Sans Souci, Copa Room et d’autres non moins prestigieux. Au Mexique, il s’est présenté dans les théâtres Lyrique National, Nuevo Ideal, celui des Beaux Arts et dans le cabaret Los Globos.

Sa filmographie compte les films Yamba O (Mexique et Cuba), Árbol de fiebre (États-Unis) et les films cubains Cuba canta y baila et Las doce sillas.

Il a réalisé des duos occasionnels avec Paulina Alvárez, Rita Montaner et Celia Cruz. Il a réalisé des tournées avec le pianiste Odilio Urfé en République Populaire de Chine, en Tchécoslovaquie et en Bulgarie.

L'un de ses derniers enregistrements est l’album Dos trovadores, avec Danny Rivera et le maestro Frank Fernández, chantant un duo avec Danny Rivera la célèbre Longina, de Manuel Corona et Obsesión, du Portoricain Don Pedro Flores.

Il a voyagé en Allemagne avec son ami et voisin Edesio Alejandro et il s’est présenté plusieurs fois à la télévision, chantant avec le groupe de ce grand compositeur et promoteur culturel.

Quelque chose de plus ? … Ne pensez-vous pas qu’Adriano Rodríguez est également un des bastions de la musique cubaine qui honore Guananbacoa avec sa présence ? Si, évidement, et finalement il a reçu ce qu’il méritait depuis de nombreuses années : le Prix National de Musique.

Source consultée :

- Diccionario Enciclopédico de la Música Cubana, Tome 4

- Notes de l'auteur