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X Alfonso : La « Fábrica de Arte Cubano » est comme faire vingt disques
Par Maylin Guerrero Traduit par Alain de Cullant
La « Fábrica de Arte Cubano » est une fabrique d'idées, un centre de confluence de toutes les variantes de l'art.
Illustration par : Samuel Feijóo

La rivière Almendares et le Pont de Fer ont été les témoins de la transformation, des efforts. La mythique usine El Cocinero, dans le quartier havanais du Vedado, a cessé de l’être pour devenir un projet plus ambitieux. Difficile à atteindre, mais ces artistes ont érigé leur rêve parmi les décombres : une « Fábrica de Arte Cubano » (FAC) (Fabrique d’Art Cubain), une fabrique d'idées, un centre de confluence de toutes les variantes de l'art. Avec un groupe de collaborateurs, le musicien et compositeur X Alfonso a rendu possible la matérialisation de cet espace qui minimise la distance entre les différentes manifestations de l'art  avec le public. Inaugurée il y a quelques mois, X Alfonso parle de la FAC avec la revue La Jiribilla, un dialogue sincère et divertissant qui invite à de futures entrevues.

La première question peut être évidente, mais elle est nécessaire : En quoi consiste ce projet qui permettra de matérialiser les rêves de nombreux artistes et du public ?

La « Fábrica de Arte Cubano » (FAC) est un projet très risqué. Chaque jour propose quelque chose de nouveau et compte la participation de nombreuses personnes. C'est un endroit où auront lieu des expositions collectives avec les œuvres d'artistes reconnus et de jeunes créateurs, ils partageront le même espace, et auxquels on offrira un soutien total. Motiver les jeunes était un objectif de la FAC, et on pourra exposer les œuvres d'un grand nombre d'artistes qui pourront laisser leurs travaux ici en format numérique et, ensuite, une équipe de spécialistes décidera si les œuvres ont la qualité nécessaire pour être exposés. Toutes les œuvres reçues ne seront pas forcement d’artistes appartenant à une institution. Si l’œuvre est bonne, elle est exposée.

Les artistes sont bienvenus dans notre projet. Ici nous avons créé des nouvelles dynamiques et des nouvelles relations entre eux, même s’ils appartiennent à différentes manifestations de l'art. Ils se connaissent, créent ensemble et ils vont éliminer les individualités, pariant plus pour l'idée de groupe.

Quand nous ouvrons à partir de vingt heures, de jeudi à dimanche, la FAC propose également un programme conformé par la projection de courts-métrages et de premières, de concerts en direct, de performances, d’œuvres théâtrales… Toutes les spécialités sont apportées par les artistes. C'est une installation interactive qui fonctionne bien jusqu'à présent et qui a eu un grand succès auprès du public, qui est appelé à prendre soin des œuvres d'art du local. La FAC invite tous à profiter de l'art. Ainsi, les personnes n’ayant jamais été au théâtre ont vu des pièces. Ou elles viennent à un concert et, en plus, elles voient une exposition.

Le locale disposera aussi d’une zone wifi  locale, où les personnes auront accès à un intranet ayant une base de données recueillant toutes les informations sur l’œuvre des artistes cubains et qui permettrait la vente de musique numérique cubaine dans un proche avenir.

Quelles ont été les difficultés pour convertir cette ancienne usine de fabrication d’huile en fabrique d'art cubain ?

Nous sommes entrés en septembre de l'année dernière, et elle était remplie de décombres, d’ordures. L'Institut Cubain de la Musique nous a donné un petit budget sous le concept de maintenance, non pas d'investissement, sinon la mise en œuvre du projet aurait été beaucoup retardée. Avec cet argent nous avons fait l'impossible, ce qui montre combien peut être réalisé avec peu de ressources, en profitant de tout ce que l’on a. Le dessin de la FAC a été en fonction de faire plus avec moins : les sièges, les éclairages. De nombreuses personnes ne pouvaient pas croire ce que nous faisions. Nous avons surmonté tous types d’obstacles de toutes sortes, nous avons réussi à apporter une vie culturelle à une communauté où rien ne se passait et, maintenant, lors de chaque concert, il y a des gens même sur les toits.

Il s'agit d'un projet en croissance constante. Nous préparons la quatrième salle pour les concerts en direct, car c’est plus confortable. Maintenant, nous les faisons dans la salle Santiago Feliú, qui est petite. Nous voulons également destiner un mur de la salle deux avec des caisses encastrées pour stocker des livres et des catalogues, et créer un espace littéraire qui fonctionnera bientôt. Des nouvelles idées surgissent toujours avec l'équipe.

Nous n'avons pas construit un local quelconque, c'est un centre culturel où la première chose que nous priorisons est l’art. C'est notre concept. Non pas comme les autres endroits où les gens vont surtout boire et danser et non pas écouter les artistes qui s’y présentent. Cette situation est déprimante pour de nombreux artistes qui jouent dans de tels endroits. C’est pour cette raison que la FAC est aussi une alternative pour les musiciens.

La FAC est une nouveauté dans le paysage culturel cubain, étant une galerie où tous les arts confluent, mais aussi pour être une nouvelle forme de gestion économique. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

J'ai été dans de nombreux pays, et je n'ai pas vu quelque chose comme la FAC. J'ai visité des usines converties en salles de théâtre ou pour la danse, d’autres où l’on joue et, à la fois, sont une résidence pour les artistes. Les gens exigent beaucoup et c'est bon, mais nous n'avons pas de références. Si nous avions un cinéma tout serait plus facile, car nous savons déjà comment fonctionnent les cinémas.

Cet endroit est une expérience culturelle, y compris la façon économique, qui est nouvelle. La FAC est un projet qui a l'intention de s’autofinancer. Nous ne voulons pas être une charge pour les institutions : « il faut de l'argent pour ceci, pour cela », et il faut toujours frapper aux portes. L’argent récupéré avec les entrées revient à l’entreprise à laquelle j'appartiens, elle déduit ce qui doit être décompter et il revient ensuite ici pour la maintenance et la conservation du lieu.

Ce n'est pas un projet personnel, nous sommes une institution appartenant au Ministère de la Culture et à l'Institut Cubain de la Musique. Une institution dirigée par des artistes, ce qui est différent. C'est un autre concept. Ici, presque toutes les personnes appartiennent aux Arts Scénique, aux Arts Plastiques, à l’Institut de la Musique, et nous réalisons ce projet ensemble, ce qui est très difficile à maintenir. C’est pour ceci que nous avons fixé le prix pour l'entrée à 50 pesos ou 2 CUC, pour pouvoir le conserver comme il se doit, ainsi que ses travailleurs, toujours sous le concept d'autofinancement. J'aime que les critiques que nous recevons soient pour améliorer de façon positive. Quelqu'un qui me dit quelque chose et me résout rien, pourquoi le dit-il, le mieux est de me donner une solution, pas simplement dire « c'est cher ».

En comparaison aux autres espaces proposant seulement les présentations de groupes musicaux et où les prix d'entrée sont similaires ou très supérieur, dont on ne parle jamais, nous, nous offrons beaucoup plus en huit heures, les gens peuvent être ici, entourés d'art, de personnes aimant l'art et d’artistes.

Il n'est pas un endroit devant toujours être comble. Nous le pensons comme une alternative de plus. Ici il n'y a pas de place pour toute la jeunesse cubaine. C’est pourquoi nous ouvrons du jeudi au dimanche, pour que certains puissent entrer un jour et d’autres le lendemain.

Que te vient-il à l’esprit quand tu penses à ce projet d'art intégrateur que tu as créé avec tes collaborateurs ?

C'est quelque chose que, ni même moi, pensait réalisable. Chez moi, j’ai de nombreux projets en attente, mais pour moi, la FAC est comme faire vingt disques. Je suis heureux, mais ce n’a pas été facile qu’elle fonctionne. Parfois, je me suis demandé : « pourquoi me suis-je lancé en ceci ? ». Je l'ai dit. Mais c'est réellement très réconfortant de voir que les gens passent du bon temps ici, et que les opinions soient favorables. En outre, la douleur de tête est collective. Ici, les gens travaillent beaucoup, c'est une équipe stellaire : je ne veux que personne parte dans un autre endroit, il faut les maintenir et en prendre soin. Faire les choses pour la culture de notre pays est la base pour tout cela.

Quels sont les prochains événements que la FAC accueillera ?

Il y a beaucoup, mais je ne peux pas te dire les dates. Nous avons récemment accueilli le Festival Peace and Love. Nous voulons faire la semaine de la mode ici, Arte Moda. En mai, nous appuierons la Journée contre l'Homophobie, nous sommes plongés dans le Festival Jean-Sébastien Bach, un événement de musique classique qui va essayer de mélanger les genres et les formes musicales. La Fábrica collaborera avec tous les festivals et les événements ayant lieu dans le pays. Nous allons aussi proposer des activités pour les enfants, le matin du premier dimanche de chaque mois, où il y aura des groupes de théâtre pour eux et des projections de films infantiles dans la quatrième salle que nous sommes en train de terminer.