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Descente des croix
Par Fina García Marruz Traduit par Modesta Suarez et Florence Olivier
On propose la lecture du poème Descente des croix de la poétise cubaine Fina García Marruz.
Illustration par : Ernesto Estévez

Descente des croix

 

Non pas enlevé sur un char

de feu, comme Élie,

mais en difficile descente

le corps qui pèse maintenant,

sans que l’humanité lumière ne le soutienne ,

descend et pèse maintenant du poids de l’homme,

la charpente du non-miracle quotidien,

la pitié vaine des femmes,

l’extatique indifférence de l’enfant  

distrait par les broderies du linge funéraire,

il descend à tous les degrés

de la curiosité, de l’étonnement, du difforme

soupçon, de la peine momentanée ou du soin

telle l’éponge de vinaigre qui ne sécha pas la sueur,

il descend vers l’autre mère obscure,

un bras levé comme une aile blessée,

l’autre déjà abattu, déjà descendant  

vers cette brume de leur être si lourd maintenant,

jusqu’au vert orphelin, jusqu’à la lumière aimée

seule sur la chemise du seul homme,

vers la pâmoison de la mère,

les boucles dorées d’un enfant,

le linge jaillissant et la fine toile

célébrant ses noces avec la terre,

vers la lumière, qui tente encore de le ravir, aidée

du tournoiement aimanté de tous les astres,

pour cette seule fois vaincue,

par l’acquiescement de cette tête à la douleur

qui sans degré aucun commence en une descente

interminable.

Poésie Cubaine 1980-2000

Bacchanales No 24