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Pour toujours, Héctor Quintero
Par Ignacio Cruz Ortega et Ingrid Báez Traduit par Alain de Cullant
Héctor Quintero est le plus profond créateur du vernaculaire dans la comédie dramatique de mœurs du XXème siècle cubain.
Illustration par : Flavio Garciandía

Héctor Quintero est décédé alors qu’il allait vers l'année de ses sept décennies, un mercredi d'avril, après une vie accompagnée d’un prolifique savoir-faire sur la scène.

 

Considéré comme le plus profond créateur du vernaculaire dans la comédie dramatique de mœurs du XXème siècle cubain, il a légué deux véritables classiques aux planches du pays. Contigo pan y cebolla, (une pièce dont il a dit quelque fois qu'il a raconté l'histoire de sa famille en faisant naître le personnage de Lala Fundora, considérée une des plus émouvantes créatures scéniques de la dramaturgie cubaine), et El premio flaco ; auxquels se somme Mambrú se fue a la guerra, Te sigo esperando, El lugar ideal, Sábado corto et Aquello está buenísimo, ainsi que les adaptations des contes La obra de arte et El abrigo, d'Anton Tchekhov et Nicolaï Gogol, respectivement.

 

Mais Héctor Quintero est aussi l'auteur de spectacles musicaux applaudis, depuis les comédies jusqu'aux revues dont nous avons tant joui dans les années 80. Esto no tiene nombre et sa version de My fair lady, dans lequel il a interprété Henry Higgins, confirmant son histrionisme comme comédien musical, un genre qu’il avait abordé dès 1968 quand il a écrit, dirigé et étrenné la comédie musicale Los siete pecados capitales pour le Théâtre Musical de La Havane, qu’il a dirigé pendant douze ans.

 

Ayant de nombreuses facettes dans ses réalisations, nous nous le rappelons en offrant sa voix aux narrations de Pierre et le loup, de Serguei Prokofiev, et Guía orquestal para jóvenes, de Benjamin Britten, qui interpréterait l'Orchestre Symphonique National de Cuba, dirigé – indistinctement – par les Maestros Leo Brouwer, Iván del Prado, Enrique Pérez Mesa et Guido López-Gavilán.

 

Cet indiscutable homme de la scène a affirmé en une certaine occasion se sentir satisfait d’avoir pu se réaliser au moyen de la magie du théâtre et de ce qu’elle t'apporte dans chaque représentation.

 

Acteur depuis l’enfance, directeur insistant, exigeant et conséquent, tel qu’on l’a rappelé le jour de la remise du Prix National de Théâtre en 2004, Héctor Quintero a protégé le rire et la pensée, l'espérance ou les contradictions vitales qui nous accompagnent dans un théâtre qui n'a jamais été étranger à la chronique de son temps.

 

Regarder autour de lui et obtenir des événements de grande convocation a résulté une constante pour laquelle il a toujours eu un grand public, qui attendra toujours une nouvelle représentation… La prochaine, qui soulignera sa permanence, que nous applaudirons une nouvelle fois ; pour toujours, à la mémoire d’Héctor Quintero.

 

Ses amis le rappellent

 

La mort du dramaturge Héctor Quintero a eu une grande répercussion dans les milieux artistiques et intellectuels de Cuba. Ses amis le rappellent.

 

Je crois qu’Héctor Quintero n'est pas seulement indispensable pour les lettres et le théâtre cubain, mais il est fondamental pour comprendre l'identité des Cubains, a exprimé le cinéaste Juan Carlos Cremata Malberti quand il a été interrogé par CMBF Radio Musical Nacional lors des funérailles de l’illustre dramaturge, Prix National de Théâtre 2004.

 

Pour moi c’est une perte irréparable, mais je veux rester avec la joie qu’Héctor Quintero a léguée, il a manié l'ironie, la bonne plaisanterie, comme personne, aussi bien au cinéma qu’à la radio, à la télévision et au théâtre, qui était son milieu naturel.

 

Il a aussi ajouté : Quand j'ai commencé à connaître son œuvre, j’ai été étonné par son maniement de la façon de parler des Cubains, par les situations, par cette forme de réagir que nous avons. Je me suis toujours demandé si les personnages d’Héctor Quintero étaient très cubains ou que nous, les Cubains, nous sommes très quinterianos », a souligné le cinéaste, qui n’a pas été le seul a porter une œuvre d’Héctor Quintero au celluloïd.

 

Juan Carlos Cremata Malberti a souligné la grande joie qui lui reste d’avoir donné la satisfaction à l'auteur d’El premio flaco d’avoir portée son œuvre au grand écran. Héctor me disait toujours : C’est très bon pour moi que quelqu'un porte certaines de mes œuvres au cinéma alors que je suis encore vivant.

 

Je veux m’en souvenir comme une personne vivante. Pour moi Héctor sera toujours vivant dans tout ce que je fais, et maintenant je vais me battre pour faire Contigo pan y cebolla afin de léguer aux nouvelles générations cette façon si nôtre, si quintero, si cubaine d'être comme l'a été Héctor.

 

L'artiste reconnu s'est aussi référé à la forte personnalité du dramaturge, qu’il a qualifié de grognon, mais avec une énorme maestria dans l'utilisation du verbe et du mot, très difficile à réfuter : Il fallait faire attention même dans ses trivialités, car il y avait beaucoup de génie, et aussi beaucoup de talent.

 

Un des acteurs qui a accédé, au milieu de la douleur, à converser avec la station de radio était Beny Seijo, qui a eu la chance de travailler dans quasi toutes les œuvres d’Héctor Quintero : La mort d’Héctor est une immense perte pour le théâtre cubain, il faut espérer qu’apparaisse quelqu'un qui lui ressemble pour son talent, a commenté l'acteur, un proche ami du dramaturge.

 

Ana Molinet, actrice, directrice et assistante de direction d’Héctor dans presque la totalité de ses œuvres, fait que le dialogue devienne un peu moins douloureux : Je crois qu'il est mort à un moment de plein bonheur, cela faisait quatre ans qu'il ne faisait pas de théâtre, et en voyant le théâtre Hubert de Blanck comble pour les représentation de Monseñor Bola a permis qu’il ressente un état de bonheur total. L'accueil de Monseñor Bola a été le Prix à la vie d’Héctor Quintero.

 

C'était une personne très gentille, avec un fort caractère, mais qu’il a appris à doser à la fin de sa vie, très exigeant, mais avec un sens de l'humour, avec une grande poétique, avec un maniement du théâtral comme très peu de metteurs en scène, car en plus d'être acteur, et directeur, il était l'auteur de ses œuvres, il était un des artistes les plus complets des planches cubaines.

 

Le directeur de spectacles musicaux Raúl de la Rosa a rappelé Héctor comme un fouet plein d'amour. J’ai vu de nombreuses répétitions de ses œuvres, j'ai vu comme il parvenait à obtenir la psychologie de chaque personnage, le moindre détail, et tant qu'il n'obtenait pas ce qu'il voulait, il faisait répéter.

 

Le principal apport d’Héctor au théâtre cubain a été dramaturgique, car il a maintenu une tradition de personnages typiquement cubains, de mœurs, mais avec le langage de cette époque, il a apporté les personnages du théâtre bouffe à l'actualité, comme le sont la mulâtresse, le petit nègre, le galicien, mais avec un langage actuel. Le succès des œuvres d’Héctor Quintero est dû au fait qu’il ne recherchait pas minutieusement, qu’il n'allait pas chercher plus loin, mais qu’il reflétait ce qui se passe à Cuba avec un langage fin, sans vulgarités, car il n'a jamais fait de concessions à ce sujet, et c’était précisément ce qui attirait tant le public cubain.