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Le 30e anniversaire des Biennales de La Havane
Par Clotilde Serrano Traduit par Alain de Cullant
La Biennale est une importante référence de la région et du monde dans le domaine des arts visuels, avec l'intention de donner un espace aux créateurs et aux œuvres du Tiers-monde.
Illustration par : Ernesto Estévez

Quatre grandes expositions marqueront la célébration de la prochaine Biennale de La Havane, l'événement le plus important des arts visuels à Cuba qui fête son 30e anniversaire et qui va plus loin de son objectif d'apporter de la culture des arts plastiques à tous les Havanais.

Les expositions seront placées dans le Centre Wifredo Lam, la Photothèque de Cuba, le hall de l'Édifice d’Art Cubain du Musée National des Beaux-arts et le Centre de Développement des Arts Visuels, à partir du 22 mai, le mois durant lequel ces rendez-vous commencent leur chemin.

Le but est de montrer les pièces de la collection du Centre Wifredo Lam, une institution leader de ces événements, ainsi que des enregistrements de performances et de nombreuses documentations des biennales antérieures.

Apprécier le support historique et matériel dérivé de ces rendez-vous facilitera la compréhension de la signification d'un événement allant au-delà des art plastiques, au-delà des frontières traditionnelles des galeries et des musées et qui s’est convertie en une importante référence de la région et du monde dans le domaine des arts visuels, avec l'intention de donner un espace aux créateurs et aux œuvres du Tiers-monde.

La première Biennale a eu lieu en 1984 dans le but de promouvoir l'art de l'Amérique Latine et les Caraïbes et, depuis sa naissance, elle a eu le but d’être un espace de confrontation et de dialogue et de surpasser son essence primaire : l'exposition des œuvres d'artistes peu connus pour un public affrontant pour la première fois un événement si complet. Cette biennale a accueilli près de 800 artistes, montrant environ deux mille œuvres et un colloque international sur l’œuvre de Lam a été significatif.

Encore marquée par le principe de chercher les détours d'un événement qui ne se définissait pas encore dans sa totalité, la deuxième Biennale, en 1986, a conceptualisé les bases et a mis face à face l'interaction des artistes dans les espaces publics, une caractéristique qui s’est maintenue lors d’autres éditions ultérieures.

La reconnaissance de la visualité caribéenne, ayant une certaine notoriété dans le monde, a été une particularité qui s’est concrétisée dans un Colloque International.

En 1989, pour sa troisième édition, la Biennale met l'accent sur la définition d'un thème de réflexion qui constituait également une référence sur la conservation, dans la mesure où c'est à partir de cette version que prévaut le concept guidant les espaces de débat et la sélection des œuvres et des créateurs vers des thèses qui étaient compatibles avec les préoccupations artistiques du moment et qui respectent l'idée principale de privilégier le multiculturalisme et la diversité des disciplines.

Dans la quatrième Biennale (1992), coïncidant avec le 500e anniversaire de la « Rencontre de Deux Culture », le thème central était les significations de la colonisation et de la décolonisation et leur influence dans la création plastique.

L’architecture joue un rôle important dans cette édition et d’autres espaces d'exposition apparaissent tels que la Forteresse de San Carlos de la Cabaña. Le thème de la cinquième Biennale (1994) est défini ici : « Art, société et réflexion ».

Cette rencontre reflétait, d’une part les liens entre la production artistique et, de l’autre, les contextes sociaux dans lesquels elle se matérialisait. Un thème aussi vaste réclamait plus d’espaces, d’où sa présence sur les places et dans les parcs du Centre Historique de La Havane.

Trois ans ont marqué une nouvelle fois la convocation de la sixième Biennale (1997). Comme lors de la précédente, elle a été réalisée sous les rigueurs d'une crise économique suite à la perte de 85% du marché cubain à l'étranger, ce fut de nouveau un grand défi pour faire face à un événement d'une telle ampleur.

La thèse s’est orientée vers l'être humain depuis son intimité : « L'individu et sa mémoire ». Cette rencontre a donné une tournure importante en hiérarchisant l’exposition collective par rapport à l’individuelle.

Le dialogue entre les êtres humains marquera la septième qui arrivera avec le début du XXIe siècle.

L'axe central : « L'un plus près de l'autre », avait l’intention de faire réfléchir sur les différences ethniques, culturelles et religieuses des hommes sous le manteau des projets globaux que signaient l'économie et la communication au niveau mondial.

Son ouverture sur la ville et l’espace en franche recherche du spectateur est devenue plus évidente et le nombre d'installations publiques ayant accueilli les œuvres des artistes de plusieurs continents a augmenté.

« L’art avec la vie » a été le thème de la huitième (2003), des plasticiens et des architectes sont intervenus dans des zones urbaines telles qu’Alamar et le quartier La California, avec la participation des habitants comme êtres actifs, alors que les étudiants de l'Institut Supérieur de l’Art, déjà intégrés dans les éditions précédentes, avaient une plus grande présence.

Cet interaction du public et des espaces non conventionnels a été approfondie dans la neuvième convocation qui, sous le thème de « La dynamique de la culture urbaine » (2006), a continué à s’étendre dans des quartiers de la périphérie et dans des centres ayant une grande affluence, comme les terminaux d'autobus et de trains, les écoles et les hôpitaux, comme une forme de faire venir l’art dans les dynamiques quotidiennes de l'individu.

Le dixième rendez-vous a eu comme une idée maîtresse « L’intégration et la résistance dans l'ère de la globalisation » et l'un des aspects dominants dans le critère de la conservation a été l'impact du développement technologique dans la communication et dans les dynamiques de la culture urbaine.

Les espaces publics ont été repris une nouvelle fois et le nombre des expositions collatérales dans les galeries et les musées comme complément de l’événement ont aussi augmenté.

Des artistes de différentes latitudes se sont donnés rendez-vous dans la onzième (2012) sous la devise « Les pratiques artistiques et les imaginaires sociaux », dont l’intention était d’apporter l’art dans la rue pour la jouissance de tous.

Les interventions dans les grandes avenues, sur les places et même à l’extérieur des édifices publics ont attiré les passants habituels qui ont profité de cette fête des images et des couleurs ayant inondée la ville durant plusieurs jours.

Le Projet LASA de la municipalité havanaise La Lisa s’est consolidé quant à ses propositions de compter les habitants comme personnes génératrices de l’œuvre, alors que « Derrière le Mur », situé sur une large portion du Malecón, a compté le concours de divers artistes, sous la conservation de Juan Delgado, a donné la possibilité d'intégrer les morceaux dans cette zone si fréquentée de la capitale.

Cette rencontre, où l’on pourrait citer la liste d'innombrables personnalités des arts visuels qui ont visité le pays, a offert la mesure de la façon dont ces événements ont rendu possible non seulement que les artistes se reconnaissaient et échangent leurs critères, mais qu’ils ont incité le simple spectateur à obtenir d'autres lectures de l'environnement, plusieurs interprétations de l’œuvre que, malheureusement, le créateur ne reçoit pas dans son intégralité, mais convertissant tout le monde, les artistes et le public, en protagonistes.

Les onze biennales ont placé Cuba à l’avant-garde mondiale pour le sérieux et la multiplicité de ses propositions et pour les solutions que l’on rencontrait car on ne renonçait pas à les maintenir, malgré les difficultés matérielles.

Au cours de ces 30 ans on peut apprécier l'effort pour promouvoir les objectifs qui leur ont donné l’origine et de les élargir en établissant des nouveaux ponts de communication. Dans la mesure où les réalités sont devenues plus complexes, l'artiste a incorporé diverses techniques et des expressions alternatives en harmonie avec ses scénarios. Il n’y a aucun doute que chaque édition signifiera un nouveau défi et un but plus élevé car il y a déjà un public qui l’assume comme une partie de sa trame culturelle.