IIIIIIIIIIIIIIII
Les vingt ans de Fústerlandia, ou le Studio/Atelier de Jaimanitas
Par Paula Companioni Traduit par Alain de Cullant
« Fústerlandia » selon son créateur « grandira au fil des années car c'est un appel permanent, une perpétuelle invitation pour que les artistes cubains et d’autres latitudes laissent leurs œuvres et leurs signatures ».
Illustration par : Osvaldo Salas

Il se peut que pour Gardel et beaucoup d'autres « vingt ans ne sont rien », mais quand on réalise une œuvre qui non seulement crée des bénéfices personnels, mais ayant l’intention de transformer artistiquement le monde qui nous entoure, vingt ans de vie sont de nombreuses raisons pour la célébration.

Le 4 février, le Studio/Atelier du sculpteur et céramiste José Fúster, connu également sous le nom de « Fústerlandia », a fêté son vingtième anniversaire. Cette intervention urbaine est classée aujourd'hui comme un ensemble sculptural monumental pouvant être visité tous les jours et à toute heure par ceux ayant de la curiosité de voir les coqs, les chiens, les chevaux, les sirènes, les astres et les fleurs qui se trouvent à Jaimanitas (un quartier de la capitale cubaine situé à 15 kilomètres de son centre).

À l'époque, José Fúster revenait d'un voyage en Europe, où il avait vu l’œuvre d'Antoni Gaudí à Barcelone et celle de Constantin Brancusi en Roumanie et, plein d'inspiration, il a commencé son histoire.

« Quand je suis arrivé ici, ma maison était petite et en bois. J'ai décidé de faire quelque chose : j'ai commencé à construire mon rêve », a rappelé le sculpteur lors d’une entrevue.

Il a placé un échantillon de l’œuvre considérée aujourd'hui comme patrimoniale sous le portail d’entrée, car, alors « rares étaient les pièces qui ornaient la maison de l'artiste », ont commenté les résidents de la zone. Ces œuvres se sont maintenues intactes car la communauté en a pris soin, les a respectées et les a conservées. Parce que l’Atelier de José Fúster a commencé à avoir un impact sur son environnement : il a changé les façades de plusieurs maisons, il est intervenu dans certaines institutions sociales du quartier, il a typifié des coins de rues et il a construit des sites pour partager collectivement.

Par exemple, à Jaimanitas on peut rencontrer un parc en hommage à Gaudí ; l'Olympe des Cinq ; un autre parc appelé Unicornio (une révérence à l’œuvre de Silvio Rodríguez) ; les toits, les murs, les entrées et les bancs ornés avec ses sculptures et des citations d’Alejo Carpentier, d’Onelio Jorge Cardoso et d’Ernest Hemingway sur plus de cent cinquante logements que Fúster a utilisé comme toile (couvrant environ quatre mille mètres).

À l'âge de 14 ans, José Fúster (Caibarien, 1946) est allé dans la Sierra Maestra comme brigadiste lors de la Campagne d’Alphabétisation  pour enseigner à lire et à écrire. Ensuite il a étudié l’art à La Havane. Il travaille en tant qu'artiste depuis 1966 et il est considéré - avec Alfredo Sosabravo, Julia González et Reinaldo Calvo – comme un des fondateurs du Mouvement de la Nouvelle Céramique à Cuba. Possesseur d’un langage visuel s’inspirant de Pablo Picasso et de Jean Dubuffet, il a fait des innovations dans de nombreux espaces et, aujourd'hui, ses expositions personnelles sont estimées à plus de cent dans le monde entier.

Sur le plan économique le Studio/Atelier de Jaimanitas est soutenu par les gains provenant de la vente des tableaux et des sculptures de José Fúster. Il a commenté qu'une grande partie de ce qu’il gagne est investi ici « c’est un plaisir pour moi. Je me sens comme un de plus dans la communauté qui essaye d'apporter un peu d'amour. Ceux qui vivent dans ces foyers sont des médecins, des architectes, des ingénieurs, des constructeurs… des gens comme moi : j’investi sans qu’ils s’en rendent compte, ni moi d’ailleurs. Ce projet n'est pas seulement celui de ma maison. C’est celui des maisons de mes voisins. Mes voisins sont des gens merveilleux ».

Mais ce n’est pas tout. À côté de ces œuvres se trouvent des pièces réalisées par les artistes nationaux Nelson Domínguez, Roberto Fabelo, Eduardo Roca (Choco), Alexis Leiva (Kcho), Oscar Rodríguez de la Serie, Zaida del Río et Flora Fong, et par des artistes étrangers du Chili, des États-Unis, d’Espagne, du Canada, d’Italie, de Belgique et du Japon.

« Fústerlandia », ou le Studio/Atelier de Jaimanitas, selon son créateur « grandira au fil des années car c'est un appel permanent, une perpétuelle invitation pour que les artistes cubains et d’autres latitudes laissent leurs oeuvres et leurs signatures ».