IIIIIIIIIIIIIIII
Osvaldo Salas et ses photos : L’âme de notre culture
Par Lohania Aruca Alonso Traduit par Alain de Cullant
Le photographe Osvaldo Salas est une personnalité historique de la culture cubaine, son œuvre possède un extraordinaire relief patrimonial.
Illustration par : Osvaldo Salas

Osvaldo Salas (La Havane, 29/03/1914 – 05/05/1992) est une personnalité historique de la culture cubaine, son œuvre possède un extraordinaire relief patrimonial. J'ai eu l'honneur et le plaisir de le connaître personnellement depuis l’époque où nous étions tout les deux étroitement liés à la Direction de la Presse du Ministère des Affaires Etrangers de Cuba, dans les années 1960. Son travail était très apprécié, spécialement par le Dr Raúl Roa García, notre Chancelier de la Dignité.

Osvaldo Salas était rentré à Cuba après son exil causé par la dictature de Fulgencio Batista Zaldivar peu de temps après le triomphe de la Révolution cubaine en 1959. Son militantisme révolutionnaire actif dans une cellule du Mouvement 26 Juillet, à New York, lui a permis de connaître le Dr. Fidel Castro Ruz ; ses photos de 1955 en témoignent.

Aux États-Unis, Osvaldo Salas était un photographe professionnel, commercial ou publicitaire, mais avant, il avait été un ouvrier de la construction dans les grands gratte-ciels s'élevant dans la capitale culturelle de ce pays, se dédiant au métier de soudeur. C’est ainsi qu’il a pu s’acheter un équipement photographique de bonne qualité. Il m’a expliqué que la jeune artiste espagnole Sara Montiel, parmi d’autres, était passée par son studio de New York, de qui il conserve une superbe photo.

Osvaldo Salas est devenu l'un des dix meilleurs photographes du monde dans les années 1980. Un grand artiste ! Rappelle-t-il quand il ouvre en souriant la revue d’art photographique qui avait publié son « rating » parmi d'autres de grands photographes, avec le sain orgueil de l’infatigable travailleur et chercheur.

Il avait des milliers de négatifs dans ses archives personnelles, dans sa maison/studio située dans le célèbre édifice dessiné par l'architecte Mario Romañach, à l'angle de la 7e Avenue et de la rue 60, dans la municipalité havanaise de Playa. Là, il a reçu conjointement avec son épouse  et ses enfants, des visites d'innombrables compatriotes et admirateurs étrangers. J'étais parmi ces derniers.

Professionnel d’une générosité illimitée, il a eu la gentillesse de m'accompagner et de photographier une partie des bâtiments ayant des portails publics de Centro Habana, en vue de documenter le thème que j’étudiais alors avec attention, comme professeur et investigatrice de la Faculté d'Architecture de l'ISPJAE.

Nous avons marché à l'ombre des péristyles havanais durant des heures, cherchant leurs moindres détails et commentant leurs similitudes et leurs différences, ou nous montions sur les toits des immeubles de grande hauteur afin de prendre des plans inédits du paysage urbain de La Havane. Je conserve encore certaines de ces photos imprimées sur carton, en noir et blanc, qu’il m’avait donné.

L'un d'elles est ma préférée : le profil de Centro Habana, au crépuscule, pris depuis le toit de la Grand Loge de Cuba, située dans l'avenue Salvador Allende (anciennement Carlos III), à l’angle de la rue Belascoain, dans le prolongement de l’ancienne rue Reina (aujourd’hui avenue Simon Bolivar). L'un des centres urbains les plus traditionnels de La Havane, dans le quartier populaire et colonial du XXe siècle, Pueblo Nuevo, mon quartier, celui de mon enfance et de mon adolescence.

D’autres caractéristiques de son caractère et de sa cubanité étaient son extrême sympathie et sa grande modestie. En dépit d’être reconnu à Cuba et internationalement comme le grand maître qui était devenu, il était notre voisin et un ami du quartier, ou, le client de la cafeteria de l'hôtel Habana Riviera, où il a dit qu’il déjeunait « tous les jour » (lors des dures années 1990, en pleine période spéciale !), pour la qualité du service gastronomique et parce que tous les employés le connaissaient comme le « vieux » Salas. Car son fils, Roberto Salas, le « jeune Salas », était non seulement devenu un bon disciple, mais aussi le merveilleux photographe qui nous admirons aujourd'hui. Ces jugements n’invalident pas mon image du Salas ayant de profondes idées quant à ses analyses sur le monde qui l'entoure, notamment sur la question de l'Art et de Cuba.

Il y a une histoire de la vie et de l’art à faire sur l’œuvre d'Osvaldo Salas. Son apport inestimable à l’Histoire et à la Culture cubaine, à travers la photographie, et la projection de celui-là sur la culture universelle est extraordinaire et inoubliable pour beaucoup et doit continuer à l’être - bien que les jeunes cubains et cubaines ne le connaissent pas et ne le valorisent pas comme il se doit -.

Une des raisons pour l’estimer comme il le mérite : Si La Havane du XIXe siècle avait une renommée mondiale grâce au travail des lithographes qui illustraient les boîtes des meilleurs cigares du monde, le havane, au XXe siècle, la ville et tout Cuba ont récupéré une image et un dignité, transcendantale, grâce à la Révolution cubaine, à ces acteurs sociaux dont, parmi eux fondamentalement, Fidel et le peuple cubain. Et ce furent des photographes, tels qu’Osvaldo Salas, qui, avec un art inégalable, une intelligence politique et un dévouement total à leur travail, ont réussi à émouvoir l'Humanité avec les images d'une transformation qui a changé l'expression du paysage, de la société et même de l'âme de notre culture.