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L'ancienne Gare de Villanueva
Par Yamira Rodriguez Marcano Traduit par Alain de Cullant
La Gare de Villanueva a été la première construite à La Havane après l'inauguration du chemin de fer en 1837.
Illustration par : Osvaldo Salas

La Gare de Villanueva a été la première construite à La Havane après l'inauguration du chemin de fer en 1837. Elle a été bâtie sur les terrains du Jardin Botanique, promue par Ramón de la Sagra, avec le soutien d’autres illustres cubains de l'époque.

Avant le Jardin Botanique, ce terrain vague était la décharge municipale et, avant, c’était un vaste marécage. Donc, la destruction du Jardin Botanique pour convertir la grande parcelle en gare ferroviaire a provoqué une protestation unanime de toutes les riverains, car ces terrains avaient été cédés à la Société Économique des Amis du Pays, en 1817, par l'Intendant Ramírez et ladite société c’en était occupée avec ses propres ressources.

Le nom de Villanueva était dû au Comte de ce titre, l’Intendant Général des Finances Don Claudio Martínez de Pinillo, premier président de la Junta de Fomento, Agricultura y Comercio et, à la fois, président du Conseil Exécutif du Chemin de Fer. Le Comte de Villanueva a été le Cubain à qui l’Espagne a accordé les plus hautes distinctions. En 1834 il a reçu une Ordonnance Royale l’autorisant à construire un chemin de fer qui unirait La Havane avec la ville de Güines et lui permettant de contracter un emprunt de deux millions de pesos forts en Angleterre, ainsi que de percevoir les bénéfices de ce parcours ferroviaire.

Le contrat du chemin de fer a été signé à Madrid le 18 octobre 1834 avec Don Alejandro Robertson et avec un capital de 450 450 livres sterling, amortissable le 1er janvier 1860.

Les travaux ont commencé en 1835 avec la construction destinée à recevoir la gare et d'autres fonctions, entre ce que l’on connaissait alors comme la Puerta de Tierra, le Campo de Marte et l’Alameda de Isabel II.

Pour ce qui est de son aspect, Felicia Chateloin la décrit dans son ouvrage La Habana de Tacón « la Gare de Villanueva était formée de deux corps de bâtiments séparés par la voie ferrée et elle possédait les mêmes caractéristiques que les gares construites à cet effet aux États-Unis ». L'un des bâtiments était un quadrilatère de 33,4 mètres de long et de large 6,7, dont la façade donnait sur le Campo de Marte, aujourd'hui Parc de la Fraternité Américaine, où se trouvait la direction, les bureaux du parc, le guichet de vente des tickets, la caisse, les balances et le dépôt des bagages des voyageurs. L'autre bâtiment, parallèlement au côté nord du premier, était d’un seul niveau et il était occupé par les logements de fonction et les entrepôts.

La façade se soulignait par sa symétrie, comptant deux architraves soutenues par six colonnes doriques, dans le centre se trouvait une porte ogivale. Dans cet immeuble se mêlaient des éléments classiques et gothiques, suivant les modèles très utilisés en Amérique du Nord.

Les trains ont commencé à sortir de la Gare de Villanueva le premier avril 1840. Cette œuvre symbolisait l'affrontement entre les deux plus forts intérêts de la période coloniale à Cuba : l'aristocratie créole dirigée par le Comte de Villanueva, qui a défendu la construction du chemin de fer au moyen de l’inversion de capitaux anglais pour accroître ses richesses, et le pouvoir gouvernemental représenté par le Général Miguel Tacón, hésitant devant la montée en puissance de la saccharocratie.

De même, dans toutes les périodes des luttes cubaines pour l'indépendance, la Gare de Villanueva a été un foyer de conspiration, parmi les principaux auxiliaires des insurgés se trouvaient les ouvriers cubains servant dans les trains : les machinistes, les chauffeurs, les conducteurs.

Le dernier train est sorti de Villanueva le 30 novembre 1912 à 14 heures 25 heures, desservant les gares Ciénaga, Palatino, Jesús del Monte, Hacendados, los Elevados et la nouvelle Gare Centrale, inaugurée ce même jour, car le 20 juillet 1910, le Congrès avait autorisé le Président José Miguel Gómez à échanger les terrains particuliers de Villanueva pour ceux de l'Arsenal, appartenant au trésor public, afin de construire la nouvelle gare sur ces derniers. Cette transaction a provoqué des débats houleux au sein de la communauté politique et, en général, dans l'ensemble de la population de la ville. L’initiative a trouvé une grande résistance dans le propre Congrès, de la part des conservateurs et également de certains libéraux. C’est précisément l'un d'entre eux, le Général Silverio Sánchez Figueras, qui a qualifié l'échange comme « une sale affaire », car les terrains de Villanueva « n’avaient été acquis proprement », valant la moitié ou moins de la moitié de ceux de l'Arsenal. Cela a été contesté aussi par le colonel Severon Moleón Guerra, lui aussi député, dont le conflit a pris fin, quelque temps plus tard, lors d’un duel et la mort de ce dernier. L'échange des terrains de l'Arsenal contre ceux de Villanueva a été qualifié en son temps comme l’échange d’une vache pour une chèvre, étant donné la grande inégalité de valeur entre les deux. Les terrains de l'Arsenal, pour certains, dépassaient de plus d’un million de dollars ceux de Villanueva, sans connaître le destin final de cette différence.

La transaction entre l'Etat Cubain et les Chemins de Fer Unis de La Havane est entrée définitivement en vigueur le 16 août 1910. Le Major Général José Miguel Gómez y Gomez et M. Francisco de Paula Machado y Alfonso, Secrétaire des Finances de la République de Cuba, en représentation de l’État et du Gouvernement de la République de Cuba, et M. Roberto McLean Orr, Administrateur Général des Chemins de Fer Unis de La Havane et des Entrepôts de Regla Limitade, Compagnie Internationale, représentant cette société, étaient présent à la signature. Ainsi, après un échange bénéfique pour le gouvernement, les Chemins de Fer Unis ont construits la Gare Centrale de La Havane sur les terrains de l'Arsenal de la Havane, ainsi que les ponts pour que les trains ne nuisent pas à la circulation du trafic automobile, et l’État a construit le Capitole National où se trouvait l'ancienne gare.