IIIIIIIIIIIIIIII
Le Musée Napoléonien rouvre ses portes
Par Eusebio Leal Spengler Traduit par Alain de Cullant
La réouverture du Musée Napoléonien a été une occasion exceptionnelle pour prouver la nécessité de former et de préparer ceux qui doivent travailler sur la restauration du patrimoine matériel.
Illustration par : Flavio Garciandía

La réouverture du Musée Napoléonien a été une occasion exceptionnelle pour prouver la nécessité de former et de préparer, jusqu'à l'excellence, ceux qui doivent travailler sur la restauration du patrimoine matériel. Cela a été démontré par les travailleurs du mobilier, par exemple, qui sont principalement formés dans l'école/atelier et qui ont encore le privilège de compter quelques maîtres offrant leur legs. Aujourd'hui, ces hommes qui se sont donnés corps et âme pour former les plus jeunes, voient leur résultat.

 

Ce n'est pas seulement le fait de restaurer des pièces très endommagées, parfois endommagées par l'incurie, par le manque de prudence, par le manque de connaissance, de prévoir que sous un climat aussi complexe que le tropical se présente une série de complexités dans les bois européens, les tissus, les dorures ; que seul la connaissance peut résoudre au-delà de l’empirique, et ils l'ont démontré. Les meubles des différentes périodes de l'Empire, du Consulat, du Directoire, sont chacun dans leur salle. Il y a eu aussi un très notable travail de restauration des tissus. Cela a été difficile de trouver des jeunes vocations pour un travail demandant une telle patiente, un travail dont je ne dirais pas qu’il est ingrat, mais qui nécessite un niveau de concentration et de séparation de tout ce qui se passe dans l'environnement, un travail qui ne connaît pas de limites. Il ne s'agit pas de raccommoder des chaussettes et des vêtements – c’est peut-être par là que l’on commence – il s’agit que ces points invisibles restituent la trame des tissus de ces magnifiques uniformes, de ces chapeaux, de ces vêtements qui sont exposés aujourd'hui pour la première fois, par manque des conditions muséographiques, comme le sont, par exemple, les vitrines spéciales qui permettent la dissipation de la chaleur. Maintenant l'utilisation d'une nouvelle technologie d'illumination à base de fibre optique permettra que ces tissus ne perdent pas leur couleur, une des plus importantes préoccupations.

 

Pour la première fois le musée expose une quantité d'uniformes militaires et aussi, en complément de ceux-ci, le luxe des armes, la beauté de composants tels que les boutons, les boucles, qui soulignent le doré et l’argenté. Nous parlons d'une somme de techniques et de métiers, véritablement transcendantale. En plus de cette collection, je dois mentionner la fidèle et précise reproduction faite dans l’Usine Royale des Tissus de Madrid, des tapisseries des meubles qui avaient été perdus.

 

En voyant ceci il est normal que l’on se pose une question, la même que l’on m’a posée : Combien a coûté cela ? Nous, comme groupe de travail, nous ne sommes pas intéressés à tenir ce compte en pesos et en centavos, mais de penser à ce que signifierait la perte d'un legs patrimonial de caractère universel pour Cuba, dont elle est propriétaire et, à l'échelle humaine, dépositaire. Il s’agit de ce que coûte le Patrimoine, et il faut faire de grands sacrifices pour l'obtenir. Cela coûte car derrière ces restaurateurs il y a des laboratoires, des matériaux très onéreux, par exemple, des travaux aussi délicats que la dorure, requérant de l’or véritable, à un moment où il atteint un prix astronomique sur le marché international. Tout cela, en plus du nettoyage des porcelaines, des soins de l’édifice, une œuvre d'art des architectes cubains Félix Cabarrocas et Evelio Govantes, lesquels ont dans leur domaine des constructions aussi importantes que la Bibliothèque Nationale, leur participation dans le Capitole National, la Maison Maternelle et Infantile de la Vieille Havane – un joyau de l'architecture –, le Palais de la Société Économique sur le Paseo de Carlos III.

 

Nous devons aussi mentionner le toit de tuiles vertes – que nous avons dû utiliser en trois occasions – et maintenant pour le Musée Napoléonien, des tuiles émaillées qui sont précisément employées comme isolant sous un climat comme celui de Cuba. En outre, le thème de la reproduction qu'il a été nécessaire de réaliser en raison des dommages causés par les tuyauteries de fer qui ont endommagé le carrelage de la loggia supérieure du Palais quand elles ont éclatées. La reproduction a été fidèle et précise à partir des originaux. Finalement, je dirais que le travail qui termine tout ceci est l'exposition de la collection de peinture du musée.

 

C’est pour cette grande occasion que des personnalités sont venues de différents endroit du monde à La Havane, la Princesse Impériale, Chef de la Maison Napoléonienne est arrivée spécialement d'Ajaccio – la Capitale de la Corse –, où se trouve le musée Napoléon Bonaparte. Elle-même a décidé de venir et d'apporter comme cadeau au Musée une petite collection d'objets de porcelaine ayant appartenu au plus jeune des frères de l'Empereur, le Roi Jérôme.

 

La réouverture a aussi coïncidé avec l'arrivée du navire de guerre français Ventôse, et avec le détachement naval français dans les Caraïbes. Cela a été un moment très important pour relancer des relations culturelles qui sont capitales dans l'histoire de Cuba, pour l'influence que la France a exercée sur la pensée cubaine, antiesclavagiste et philosophique, sur les courants artistiques jusqu'à nos jours.

 

C’est pourquoi l'Inauguration du Musée, sa réouverture comme œuvre de la Révolution, a été un événement digne d'être célébré et j'invite le public à solliciter les visites guidées, qu’il vienne au musée, qu’il jouisse des collections qui lui appartiennent, en signalant que celles-ci sont le fruit de deux importantes convergences : premièrement, une collection essentielle qui a été fomentée par le riche magnat sucrier ayant reçu la nationalité cubaine à l’âge d’un an, Julio Lobo Olavarría, qui a été un dévot de la personnalité de Napoléon, connu internationalement comme le Tsar du sucre cubain. Quand Julio Lobo est décédé, loin de Cuba, et même avant son départ, il a souvent exprimé sa volonté que tous les Cubains jouissent de sa collection, laquelle a été réitérée par sa fille unique María Luisa, en de nombreuses occasions.

 

La seconde coïncidence est la beauté d'un édifice qui en lui-même est Monument National : je me réfère au dessin de « La Dolce Dimora », une demeure conçue par le Colonel de l'Armée Libératrice Orestes Ferrara Merino, illustre avocat, politicien d’une trajectoire très discutée quant à sa gestion administrative, Sénateur et Ambassadeur de Cuba devant l'UNESCO. Ferrara,  né à Naples au XIXème, est l’auteur de nombreuses œuvres, comme Mis relaciones con Máximo Gómez.

 

Comme la culture est ce qui reste, ce qui est au-dessus et comme j'ai pu le dire, nous pouvons tout changer : mettre un lac au cœur de la Place de la Cathédrale, nous pouvons le faire ; mais ce que nous ne pouvons pas faire est de changer l'histoire. Nous pouvons l'expliquer, mettre les personnages dans le temps et l'espace où ils ont vécu et ensuite analyser ce qui reste.

 

Tout cela est déjà analysé ; tout est mis à sa place. La Révolution elle-même a été l'auteur maximal et la créatrice de ce Musée et elle a réuni ces collections. Il faut conserver ce musée, l'expliquer, et le convertir en un instrument utile pour l'éducation des actuelles et futures générations, pour le plaisir et l’usufruit de notre peuple et du tourisme de toutes les latitudes venant à Cuba, et qui trouve une nation civilisée, dépositaire d'un patrimoine qu'elle sait conserver, qu’elle aime et qu’elle estime.