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Exposition « Una raza » : Échange culturel cubano-étasunien entre deux musées
Par Hortensia Montero Traduit par Alain de Cullant
Exposition « Una raza » de l'artiste autodidacte, Mario Sánchez au Musée des Beaux-Arts de la Havane. Le premier échange culturel cubano-étasunien entre deux musées.
Illustration par : Julio Trujillo

Artiste autodidacte, Mario Sánchez (Cayo Hueso, 7 octobre 1908 - 28 avril 2005) a été un homme engagé avec ses racines identitaires. Petit-fils d'émigrés cubains, son père et son grand-père, lecteurs dans une fabrique de cigares financée par les cigariers, ont été inspirés par les idéaux d'indépendance et le sentiment patriotique de José Martí qui fréquentait ce territoire où il diffusait ses idées libératrices pour Cuba, soutenues par les émigrants cubains résidant à Cayo Hueso et à Tampa.

Étasunien de deuxième génération, ses grands-parents ont fui de Cuba lors de la Guerre des Dix Ans, Mario est né seulement six ans après que Cuba ait obtenu son indépendance de l'Espagne. Cayo Hueso était alors la ville la plus riche par habitant des États-Unis et la majorité de la population était cubaine depuis 1860. Ses thèmes se réfèrent à l'égalité, au grand rêve américain, qui comprend toutes les Amériques, et la politique a signé sa vie et sa trajectoire de vocation sociale. Interprète spontané, il affiche son caractère de spectateur avide, il explore l'individu et ses coutumes dans une peinture d'engagement sociale et de témoignage. Sa longue existence (96 ans) est parallèle à un travail prolifique de projection humaniste dont le legs transcende comme mémoire de Cayo Hueso. Sur sa tombe on lit : « Que mon travail parle pour moi. »

Après avoir obtenu son diplôme de l’Institut du Commerce en 1925, Mario réalise divers travaux, jusqu'à ce qu'il commence un processus d'expérimentation dans les arts visuels. Comme artiste autodidacte, il a commencé à sculpter et à peindre. Il a canalisé son obsession créative avec une façon esthétique innovatrice. Il a commencé à dessiner sur papier kraft ; ensuite il transfert le dessin, au papier carbone, sur le bois et il développe l'intaglio : une technique du bas-relief sculpté et de peinture sur bois. L’œuvre picturale de sa carrière témoigne de son attachement à la tradition culturelle en assumant les représentations de l'histoire de Cayo Hueso avec les individus utopiques qui la peuplaient.

Cette exposition anthologique révèle les clés de sa façon de procéder dans une ample collection, monumentale et historique, dont le thème principal est la relation entre Martí et Cuba à Cayo Hueso et l'influence de la Guerre de Dix Ans. En 1860, avant la Guerre de Sécession aux États-Unis, sur cette terre tous étaient égaux, hommes et femmes, blancs et noirs, catholiques et juifs. Cette intention inclusive se manifeste dans le dicton populaire : « aveugle, boiteux ou fou, riche ou pauvre, noir ou blanc, peu importe s’il est intéressant ». Là se trouve la volonté intégrative et altruiste d’une communauté cherchant à obtenir une société avec une race : la race humaine.

Ancré dans ce courant de pensée et  fidèle spectateur du quartier Gato, où il n'y a aucune différence de classe sociale, de race, de religion ou de sexe, Mario a raconté avec passion et avec une mémoire photographique, de nombreuses estampes quotidiennes dans lesquelles il représente des scènes d'usines, d’écoles, d’activités sociales, de faits quotidiens, la connexion avec Ernest Hemingway, les danses traditionnelles cubaines et le lien avec Tampa ; ainsi que le travail des migrants et les scènes populaires. Chroniqueur par excellence, il réalise un portrait historique de cet environnement entre 1920 et 1950, concentré sur les archétypes et les traditions des émigrants multinationaux de cette collectivité multiethnique : Cubains, Afro-cubains, Bahamiens, Afro-bahamiens, Juifs, Européens et Asiatiques, les composants de la pluralité sociale dans la nationalité nord-américaine.

Créateur infatigable, son dessein artistique va au-delà du purement anecdotique pour formuler sa thèse créative depuis un exercice d'acuité esthétique et d'expérience de la vie. Son œuvre autonome propose, depuis la primauté du contingent, une première exploration de sa ville natale et son plus grand charme réside dans sa jouissance esthétique à partir de la dimension légitime des scènes panoramiques quant à l'esprit et la participation collective de ce contexte socioculturel.

Cette exposition rétrospective est composée de trente intaglios appartenant à des collections privées et à la Old Island Restoration Foundation. L'exposition comprend des pièces catégoriques, dont certaines ont été présentées dans son exposition personnelle en janvier 2013. Un grand nombre de pièces prêtées appartiennent aux familles originales, acquises au cours des sept décennies de la carrière de l'artiste.

L'artiste aborde les questions liées avec le genre, la liberté raciale et religieuse, basée sur la philosophie des utopiques créoles cubains au cours de leur lutte pour l'indépendance de l'Espagne et transporté à Cayo Hueso. Dans chacune de ses œuvres, finement détaillées, se trouve un peu d'humour. Faiseur d'un art social, avec le style descriptif et une figuration réaliste, il capte les traits physiques et l’expression psychologique des personnages, s'accrochant à sa fascination pour révéler la nature humaine. Ses images de racines vitales - scènes de coutumes dont le thème principal est l'homme et son contexte, avec une description détaillée et une admirable facture -, constituent une des plus importantes contributions à l'étude des faits quotidiens, aux coutumes et à l'aspect architecturel de la région au XXe siècle. En novembre 1996, la revue Folk Art a valorisé sa contribution au patrimoine culturel et historique et reconnaît l'importance de son langage visuel en le nommant comme le plus important artiste folkloriste du XXe siècle en Amérique.

Son exposition dans le South Street Seaport Museum en 2013 – parrainée par l'American Folk Art Museum, le Museum of the City of New York et le Key West Art & Historical Society – situe Mario comme le premier artiste de Floride ayant une exposition personnelle dans un musée de New York, l’emblématique axe culturelle de l’autre Amérique, qui, avec cette exposition dans le Musée National des Beaux-arts de La Havane, le symbole du siège culturel de l’Amérique Latine et la patrie de ses aïeux, forme un binôme important et révélateur de sa projection artistique. Les deux, par hasard, ouvertes en janvier, anniversaire de la naissance de José Martí, ratifient la fierté d'un habitant de Cayo Hueso débiteur de la philosophie martiana, qui a vécu avec l'illusion que ses idées survivront pour changer la mentalité de l'humanité. Son imaginaire rend tribut à la mémoire et au legs de la philosophie du Maître et révèle, depuis ses propositions conceptuelles, que Mario Sánchez et les nobles idées de Cuba ont enfin leur heure. Observateur aiguisé, il s'est efforcé de donner une image aux concepts fondamentaux de la pensée, aux espoirs et aux utopies de son temps historique et culturel, qui prennent une dimension universelle.

Le projet « Una raza, la raza humana » (Une race, la race humaine) comprendra aussi des séjours et des expositions d'un important groupe d'artistes cubains à Cayo Hueso durant le mois de février de 2014, entérinée par le légendaire talent de Cuba. Les participants sont : Manuel Mendive (La Havane, 1944), Roberto Fabelo (Guáimaro, Camagüey, 1950), Rocio García (Santa Clara, Las Villas, 1955), Sandra Ramos (La Havane, 1969), The-Merger - Mario Miguel González, Mayito (Holguín, 1969), Niels Moleiro Luis (La Havane, 1970) et Alain Pino, (Camaguey, 1974) -, Reynerio Tamayo (Niquero, 1968), Rubén Alpízar (Santiago de Cuba, 1965), Stainless  - Alejandro Bello Piñeiro (La Havane, 1990), José Gabriel Capaz (La Havane, 1988) et Roberto Fabelo Hung (La Havane, 1991) -.

Les Studios de Cayo Hueso, le Musée Mel Fischer, la Maison/Musée d’Ernest Hemingway, La Casa Antigua et l’Édifice Historique Gato accueilleront leurs expositions à Key West. Sur cette île où l’on défend l'égalité et liberté comme dans aucun autre endroit dans le monde, la devise de la ville est : « Une seule famille humaine, qui représente une histoire de 150 ans pour obtenir l'acceptation de la diversité avec plaisir », ce qui caractérise son esprit inclusif, où tous les personnes sont les bienvenues et considérées comme importants. Cet échange culturel entre La Havane et Cayo Hueso s'inspire de ce concept.

Exposition Una raza. Mario Sánchez

Commissaires  Nance Frank / Hortensia Montero

Second niveau, Collection Art Ccubain

Du 17 janvier au 23 mars 2014

Source : Musée National des Beaux-Arts