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Entrevue avec Edesio Alejandro
Par Maya Quiroga Traduit par Alain de Cullant
Le cinéma est un travail de groupe où chacun dépend des différentes spécialités.
Illustration par : Flavio Garciandía

Je n'ai jamais rêvé de faire un film

 

Le dialogue avec Edesio Alejandro, auteur des bandes sonores de longs-métrages aussi reconnus que Clandestinos ou Suite Habana, a lieu dans son studio d'enregistrement, situé dans les alentours de la ville, à l'Est de La Havane.

 

Edesio revient des Etats-Unis où il a pris part à la 53ème édition des Prix Grammy 2011, nominé dans la catégorie Tropicale pour sa production musicale 100 sones cubanos, dans laquelle il réunit des chanteurs vétérans. Actuellement il travaille avec l'éditeur sur le montage de son premier long-métrage, Buscándote.

 

« L'idée de faire ce long-métrage est apparue il y a quatre ans quand nous avons commencé à réaliser un premier projet : le documentaire Los 100 sones de Cuba, en coproduction avec la République Dominicaine.

 

Buscándote a été le troisième de mes projets. Il s’agit d’un artiste qui perd l'amour de sa vie au moment où il arrive au sommet de sa carrière et de la façon dont il récupère cet amour dans son imagination ou sa pensée», explique le musicien devenu réalisateur. 

 

- Quelle importance accordes-tu à la musique dans le cinéma ?

 

Le cinéma est une somme d'arts où tout a une très grande importance. La musique conduit presque toujours l'histoire vers l’endroit où tu veux la porter. Elle a une fonction dramatique dans l'œuvre, elle te transporte par les différents états d’âmes.

 

Dans mon film elle est très importante car Buscándote est une production musicale où l’on ne parle pas. C’est la musique qui raconte l'histoire, mais pas à la façon d’un opéra. Le film se déroule parallèlement à un concert d'une heure, durant lequel tout le conflit se résout.

 

- Quelle a été l’influence de Fernando Pérez dans ta formation comme cinéaste ?

 

J’ai fait la musique de Clandestinos, mon premier film, avec Fernando. Je crois que dans Buscándote se trouve un petit morceau de chacun des réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé. Il m'a aidé à comprendre la difficulté de faire un film.

 

C’est un long-métrage que nous avons fait avec un effort énorme. Nous avons passé de nombreuses nuits blanches. C’était un travail totalement draconien, très dur, je l'ai terminé exténué. Les heures de travail m'ont paru interminables. Cela n'aurait pas été possible sans le travail de mon équipe.

 

Je dois aussi remercier de nombreuses institutions comme le Ministère de la Culture, l’Institut Cubain de l'Art et de l’Industrie Cinématographique, l'Institut Cubain de la Musique, l'Agence Cubaine de Droit d'Auteur Musical, le Commissaire National de Football, qui a collaboré à une scène du film où le personnage présente son nouveau disque d'une façon très sui generis, avec un équipe de football dans le Stade Pedro Marrero.

 

- Comment valorises-tu la spécialisation dans le septième art ?

 

Le cinéma est un travail de groupe où chacun dépend des différentes spécialités. C'est pour cette raison que la sélection de l'équipe avec lequel tu vas travailler est si importante. Il faut que ce soit une équipe rassemblée autour d'une idée.

 

Aujourd'hui il faut remercier les nouvelles technologies de la communication et de l'informatique on a raccourci les distances au moment de faire un long-métrage, et il faut dire aussi que les frontières entre le cinéma et l’audio-visuel se trouvent chaque fois plus diffuses.

 

- Quelle est ton opinion sur ce sujet ?

 

Les possibilités que les technologies t'offrent aujourd'hui sont incroyables. Avant, un studio d'enregistrement te coûtait un demi million de dollars. Maintenant c’est beaucoup plus facile de faire le travail avec une petite console.

 

La même chose arrive dans le cas de l’audio-visuel. Tu as la possibilité d'acquérir une caméra vidéo et l'équipement minimal requis pour tourner un audio-visuel.

 

Je n'ai jamais rêvé de me lever et d’enregistrer ma propre musique. Encore moins de faire un film. Ce sont réellement des choses incroyables. Toutes les barrières se brisent. Les technologies ont révolutionné la vie, la musique, le cinéma. Je crois encore rêver devant ce que nous sommes parvenus à faire. Ce sont des possibilités auxquelles nous ne pensions pas avant.

 

Les interprètes de Buscándote sont le musicien Cristian Alejandro et la chanteuse sino-canadienne Cynthia Tsang. Le film marque le début de Cristian Alejandro, le fils d'Edesio, dans le septième art. Sur ce sujet le réalisateur a commenté :

 

« Cristian est très talentueux ; c’est un excellent musicien possédant de grandes conditions. La décision d’écrire une histoire pour lui est venue du fait qu’il y a pas mal de temps qu’il a cessé d'être mon fils, qu’il s’est fait un nom.

 

Ceci m'enorgueillit. C'est pour cette raison que j’ai tant soigné la réalisation du long-métrage. Il s’agissait de l'image de mon fils, j'ai essayé de me tromper le moins possible. »

 

Maintenant le film transite par le long processus de postproduction, qui inclut, en plus du montage, le travail avec les effets spéciaux et les animations. Edesio Alejandro pense que l'œuvre sera prête pour la fin de l’année, pour le Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain.