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Livre de l’exil
Par Jorge Carrera Andrade Traduit par René L . F. Durand
Des vers indépendants du Livre de l’exil et Message à l’Afrique.
Illustration par : Julio Trujillo

Message à l’Afrique

Sœur immense, j’écoute la palpitation terrestre

De ton grand cœur caché dans les tam-tams

Parlant un langage appris dans les rochers.

Soleil, baobab, lion: signes protecteurs

De ton peuple de poussière et de racines

Ton peuple fait de fleurs.

Continent de musique dictée par les oiseaux

Par les fleuves qui coulent répandant leur fraîcheur.

Afrique lumineuse où chaque étoile

Est une brûlure

Sur la poitrine de l’homme qui danse et qui travaille

Recouvert seulement de sa peau obscure.

Homme d’Afrique, frère, tu marquas de ton sang

La plantation, la jungle et le marais

Et apportas ton ardeur au Nouveau Monde

En un passé proche et lointain.

Notre chant unanime de liberté s’élève

Au son de tes tam-tams. L’aube est dans tes mains

 

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Chaque jour je m’éloigne de moi-même.

Du fond de mon être un homme muet

me regarde vivre. Il a mon visage.

Il a perdu les arbres et les oiseaux

de son royaume terrestre.

Il a perdu le trésor des mots.

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Des vers indépendants du Livre de l’exil

 

Je t’ai aimée femme aux mains laborieuses

Créatrices du monde de mes rêves.

Tu m’apportas le sel, la lumière et les oranges

Un temps plus doré qu’un dimanche sans nuages.

Tes mains construisirent des palais dans la brume

De terrestres paradis meublés

De miroirs de ciel, d’armoires emplies de trésors.

Tes mains m’offrirent les mets et les fruits

Du pays du bonheur.

Ton amour fut plus ailé que la rosée

Sur un jardin des tropiques.

Je t’ai aimée, je t’ai aimée femme, mon dieu domestique

Et je t’aimerai jusqu’au jour

Où s’éteindra le feu

Et les derniers oiseaux émigreront à jamais.

 

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Les trésors solaires s’accumulent

Non pour toi seulement.

Les céréales,

Les fruits, les oiseaux, les poissons

Appartiennent à tout le monde. Parle...

 

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Quand en Asie, en Amérique et en Afrique

Tes frères succombent dans les sillons

Semence de l’avenir – brûlés par les flammes

Anéantis par les machines qui volent

Mais chantant au milieu des ruines

La victoire des peuples

Qui achètent de leur vie la liberté du monde

 

Extraits du Livre de l’exil, Traduit par René L . F. Durand, Éditions villa-cisneros

4, rue Vincent Allègre à Toulon