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Sab
Par Gertrudis Gómez de Avellaneda Traduit par Elisabeth Pluton
« L'âme est parfois libre et noble, même si le corps est enchaîné »
Illustration par : Julio Trujillo

« L'âme est parfois libre et noble, même si le corps est enchaîné » 

« J'osai croire que cette femme si pure, si passionnée, ne trouverai chez aucun homme une âme digne de la sienne : je me persuadai qu'un instinct secret, lui révélant qu'il n'existait dans tout l'univers qu'une seule âme capable de l'aimer et de la comprendre, cet instinct l'avait aussi instruite que cette âme se cachait dans le corps d'un être indigne, proscrit par la société, avili par les hommes... » 

« Il est notoire que les richesses de Cuba attirent de tout temps d'innombrables étrangers, qui grâce à quelque industrie et activité ne tardent pas à s'enrichir d'une manière ahurissante pour les indolents insulaires qui, se satisfaisant de la fertilité du sol et de la facilité avec laquelle on vit dans un pays d'abondance, s'endorment sous un soleil de feu et abandonnent à l'ambition et à l'activité des Européens toutes les branches de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, grâce auxquelles ceux-ci fondent en quelques années d'innombrables familles. »

« Il se déclara alors prétendant de la demoiselle de B... et ne tarda pas à en être aimé. Carlota se trouvait à cet âge dangereux où le coeur ressent avec une grande vivacité le besoin d'aimer, et elle était de plus naturellement tendre et impressionnable. Une grande sensibilité, une imagination très riche et un esprit tout à fait vif sont des qualités qui, ajoutées à un caractère plus enthousiaste que prudent, devaient nous faire craindre pour elle les effets d'une première passion. Il était facile de prévoir que cette âme poète ne pourrait aimer longtemps un homme vulgaire, mais on devinait également qu'elle possédait des trésors d'imagination capables d'enrichir n'importe quel objet à partir du moment où elle voudrait les lui prodiguer. »

« Celui qui voudrait faire l'expérience, dans toute sa plénitude, de ces émotions indescriptibles, qu'il voyage parmi les champs de Cuba avec la personne aimée. Qu'il traverse avec elle ses monts gigantesques, ses immenses savanes, ses prairies pittoresques ; qu'il monte ses collines vallonnées couvertes d'une verdure luxuriante et qui ne flétrit jamais ; qu'il écoute dans la solitude de ses forêts le bruit de ses ruisseaux et le chant de ses oiseaux-moqueurs. Il sentira alors cette vie puissante, immense que n'ont jamais connue ceux qui habitent sous le ciel nébuleux du Nord; alors il faudra jouir pendant quelques heures d'une symphonie d'émotions... Mais qu'il n'essaie pas de les retrouver plus tard dans le ciel et dans la terre d'autres pays. Ils ne seront plus pour lui ni le ciel ni la terre. »

Extraits du roman Sab publié par Editions L'Harmattan ISBN : 978-2-296-12066-2 • septembre 2010 • 196 pages Traduction d'Elisabeth Pluton.  Présentation de Frank Estelmann

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