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Le dixième anniversaire de Lettres de Cuba
Par Susana Méndez Muñoz Traduit par Alain de Cullant
La revue culturelle Lettres de Cuba est née en janvier 2004 afin de promouvoir notre culture et nos contacts interculturels avec le monde francophone.
Illustration par : Adigio Benítez Jimeno

Interview avec Carmen Suárez León, Directrice de la revue Lettres de Cuba

Pourquoi et avec quels objectifs essentiels la revue Lettres de Cuba est née?

La revue culturelle www.lettresdecuba.cult.cu est née en janvier 2004, elle répondait à la nécessité de promouvoir notre culture et nos contacts interculturels avec le monde francophone. Ces deux axes sont les fondements de son programme éditorial. Je ne peux pas citer tous les fondateurs, car ce type de revue nécessite une grande équipe de rédaction et technique, mais je peux citer les noms des trois personnes qui ont mis tous leurs moyens et un enthousiasme consciencieux qui m’ont poursuivi dans toute la ville avec les appels insistants, afin que je sois celle qui la dirige, c’étaient Abel Prieto, Ismael González et Carlos Mas Zabala qui, depuis le Ministère de la Culture, ont conçu ce projet. Ils ont dû insister un peu car je n'ai aucune vocation de directrice. Finalement j’ai accepté, poursuivie par tant d’empressements et intéressée de collaborer dans une publication de vocation interculturelle.

Trois personnes sont présentes depuis dix ans, je suis l’une d’elles et je suis arrivée ici grâce au travail de l'équipe ; Jorge Luis Rodríguez Aguilar, comme dessinateur artistique, car la visualité a l’énorme poids dans la revue avec ses galeries d'art, ses œuvres de la plastique cubaine qui sont exposées dans chaque numéro, ainsi que sa même image graphique, et Alain de Cullant, un autre des piliers du groupe, qui traduit les textes sélectionnés en français. Une autre personne qui n’est pas arrivée le premier jour, mais qui a passé la plupart du temps comme chef de rédaction, est Martha Sarabia, et à côté de son mari, Alain, ils sont les personnes qui s’occupent de plus près du texte, le traduisant et l’éditant. Sur elle repose la laborieuse tâche de recherche et de sélection des matériels pour armer le numéro et l'apporter aux délicieuses réunions, qui sont à la fois une session technique et une tertulia (cercle). Cette tradition tertuliana a commencé avec Mas Zabala et a continué avec l'arrivée d'un nouveau directeur à Cubarte, Rafael de la Osa, qui se joint à notre réunion d'édition, très content, comme si c'était une récréation scolaire.

Avez-vous un souvenir spécial de l'époque fondatrice ?

Je me souviens de nos premières réunions qui étaient nerveuses et de recherche, cherchant une structure, un visage graphique et mes visites à la bibliothèque à la recherche des auteurs cubains traduits en français, dans le but d’accumuler des travaux que nous pourrions publier, depuis ces premiers jours nous bataillons avec les problèmes fondamentaux qu’affronte la revue, comment obtenir la poésie déjà traduite en français ou des ouvrages abordant des points d'interrelation entre les cultures francophones, car on obtient avec une relative facilité des thèmes d’échange culturel avec la France, mais ce n’est pas aussi facile avec les pays des autres régions qui composent la Francophonie.

La présence permanente de l'idéologie de José Martí est-elle due au fait que vous êtes une spécialiste de son œuvre ?

En partie oui, car j’ai une meilleure capacité qu’une autre personne n’étant pas spécialisée dans Martí et sa bibliographie, plus encore en prenant en compte que l'un de mes thèmes d’étude a été sa relation avec les écrivains et les poètes français. Mais n’importe quelle personne étant à la tête d’une revue interculturelle cubaine sait que la première chose sur laquelle on doit compter est l’œuvre de José Martí, le plus universel des Cubains et il fallait trouver la collaboration nécessaire pour le faire comme je le fais.

Pouvez-vous nous parler du programme éditorial de la revue ?

Le programme éditorial, comme je le disais au début, est de promouvoir notre culture dans toutes ses manifestations dans tout l'univers possible de la francophonie et de diffuser les œuvres des auteurs cubains ou étrangers qui s'intéressent aux thèmes des contacts et des influences entre l’une et l’autre culture sous tous ses aspects. Nous nous appuyons également sur un conseil éditorial qui nous propose des suggestions ou collaborer avec nous, si cela est nécessaire. Ce conseil éditorial est composé de Graziella Pogolotti, Yolanda Wood, Lourdes Arencibia, Carlos Mas Zabala et Pedro Pablo Rodríguez. Jusqu'à sa mort récente, se trouvait aussi Jaime Sarusky.

À quoi répond cette intentionnalité marquée d'importantes œuvres d'art dans la revue ? Comment obtenez-vous cette sorte de galerie des arts plastiques virtuels ?

Depuis que la politique éditoriale de www.lettresdecuba.cult.cu a été tracée et spécialement Abel Prieto, on a convoqué les peintres cubains à participer à la revue avec leurs œuvres. Lors d'une première réunion de discussion sur la revue, au Ministère de la Culture, nous avons eu la visite de Manuel Mendive, qui a donné certaines de ses œuvres pour son premier numéro. Toutes ces années nous avons eu une collaboration gratuite de ces créateurs, près de soixante d'entre eux y ont déjà participé. Les galeries sont composées selon le contenu. Une chose que nous regrettons est de ne pas avoir des conditions techniques suffisantes pour l'insertion de musique ou de vidéos. Il y a eu quelques tentatives, mais nous n’avons pas pu surmonté les difficultés. Peut-être dans l'avenir, peut-être bientôt.

Quelle balance faites-vous après ces 10 ans ?

Je pense que nous avons fait un beau travail, que nous l’avons aimé à fond, mais toute l'équipe sait que nous devons encore beaucoup l’améliorer, aussi quant aux problèmes techniques que dans le contenu, élargir le spectre des thèmes, toucher des zones que nous n’avons pas encore atteintes, etc.. Mais nous sommes tous orgueilleux de nos 120 numéros.

Pourrions-nous connaître les perspectives futures de la publication ? La version sur papier continuera-t-elle ?

Comme vous l'avez vu, on a  présenté récemment le premier numéro de la revue sur papier, avec la même importance du dessin et de la plastique cubaine, en elle apparaît, dans les deux langues, une sorte de bouquet composé de certains articles parus lors de ces dix dernières années. Cela nous semble une belle façon de célébrer cet anniversaire, nous donnant plus de visibilité au niveau national avec la publication bilingue. En termes de continuité, c’est un défi de taille, pour la complexité et le coût, et parce que ceux qui conforment cette équipe ont d’autres emplois, ce qui amincit beaucoup de temps dont nous disposons, mais nous avons l'aspiration de faire au moins un numéro par an dans cette modalité. En ce qui concerne www.lettresdecuba.cult.cu, elle sera dans le cyberespace le premier de chaque mois avec une ponctualité exceptionnelle que toute l’équipe, éditoriale et technique, remercie infiniment, surtout grâce à Martha Sarabia Romero et Jorge Luis Rodriguez Aguilar. Et que Rafael de la Osa continue à nous donner tout son appui et ces après-midi de tertulia à Cubarte.