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Comme le Maître
Par Ángel Augier Traduit par Alain de Cullant
L'empreinte de Rubén Martinez Villena dans l'histoire de sa patrie et dans la conscience de ses compatriotes.
Illustration par : Adigio Benítez Jimeno

Poète, comme Martí, Rubén Martínez Villena a uni à son tempérament artistique, à sa soif de beauté, à son vol lyrique, un sens plein de la réalité et une capacité suprême de guider et d'agir devant elle avec la froideur, la sagacité et l’habile  pénétration du plus raffiné esprit analytique, mais toujours poussé par son amour passionné pour son peuple, pour l'être humain et pour les causes justes et nobles qui les rendent heureux.

En commémorant le quatre-vingtième anniversaire de la mort de Rubén Martínez Villena, il faut reconnaître une admirable réalité : l'empreinte qu’a laissée sa brève mais puissante et généreuse existence dans l'histoire de sa patrie et dans la conscience de ses compatriotes, elle a été suffisamment ample et profonde pour que l’exemple de sa précise et généreuse action révolutionnaire se maintienne permanente dans la pensée et l'action des nouvelles générations cubaines.

Je n'ai pas eu la chance de connaître Villena personnellement car  j’ai vécu, jusqu’à ma jeunesse, dans la sucrerie où je suis né, mais très tôt, ma vocation journalistique et littéraire m’a maintenu au courant des évolutions politiques et culturelles dans la capitale. Cette curiosité prématurée m'a permis de connaître tout le transcendantal processus historique lors duquel Mella, Ruben, Juan Marinello et tant d'autres précurseurs de la Révolution cubaine des années 1930, auquel j'ai ensuite et toujours participé, furent les protagonistes et les héros.

Je dois admettre que, dès le début, ce qui m’a toujours le plus impressionné de la forte personnalité de Rubén Martínez Villena a été sa poésie. Elle marque un haut moment lyrique dans l'anthologie La Poesía Moderna en Cuba, publiée en 1926. C'est sans aucun doute la voix poétique la plus pure et véritable de la nouvelle poésie. En cette époque, cette génération a commencé à assimiler José Martí, en tant que Rubén, exprimait sa passion pour la justice, pour la dignité humaine, pour l'indépendance de la patrie, face au vol de l’intrusion et de la voracité étasunienne. En 1923, il avait écrit son vibrant Message Lyrique Civil, et il est resté fidèle à son serment :

 « Je jure par le sang qui jaillit de la blessure / envier la salvation de la terre bien-aimée / (...) » « Je tire de mon âme, comme s'il s'agissait d'une épée, / et je jure, à genoux, devant la Mère Amérique. »

La dure réalité de la lutte révolutionnaire, depuis les tranchées des syndicats ouvriers contre une tyrannie appuyée par l'empire yankee, a épuisé la santé du combattant mais il a eu le courage de brûler ses dernières forces dans la direction de la grève générale révolutionnaire d'août 1933, qui a mis fin à la sanglante dictature de Machado.

Malheureusement, je n’ai seulement pu m’approcher de sa personne, voir brièvement son visage fin et suggestif, dans son cercueil lors de la triste nuit du 16 janvier 1934 quand, profondément bouleversée, une foule silencieuse entourait son cercueil dans le salon de la Sociedad de Torcedores de la rue San Miguel. Le lendemain ce fut une goutte de plus de l’impressionnant océan qui l’a conduit en vagues d'amour et de rébellion au repos éternel, une foule consciente, plus que jamais, que l'exemple et les idées de Rubén Martínez Villena continuaient à forger, à lutter, à impulser l'esprit révolutionnaire de son peuple, par la conquête d'un monde meilleur pour l'humanité.

Poète, comme Martí, également comme le Maître, Rubén Martínez Villena a uni à son tempérament artistique, à sa soif de beauté, à son vol lyrique, un sens plein de la réalité et une capacité suprême de guider et d'agir devant elle avec la froideur, la sagacité et l’habile  pénétration du plus raffiné esprit analytique, mais toujours poussé par son amour passionné pour son peuple, pour l'être humain et pour les causes justes et nobles qui les rendent heureux.