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Prokofiev à Cuba
Par Blas Nabel Pérez Traduit par Alain de Cullant
Le compositeur russe Sergueï Prokofiev, accompagné de son épouse, la chanteuse espagnole Lina Llubera est arrivé à La Havane au mois de mars 1930, en provenance de New York.
Illustration par : Flavio Garciandía

Le compositeur russe Sergueï Prokofiev, accompagné de son épouse, la chanteuse espagnole Lina Llubera (Prokofieva), est arrivé à La Havane au mois de mars 1930, en provenance de New York.

 

Auteur de nombreux opéras, de ballets, d’œuvres instrumentales et vocales, de suites, de concertos et de sonates, cet important musicien russe est connu par des œuvres telles que le ballet Roméo et Juliette, les opéras L’amour des trois oranges et Guerre et paix, la composition infantile Pierre et le loup et les bandes sonores pour des films de Sergei Eisenstein.

 

Prokofiev a offert deux concerts à La Havane dans le Théâtre Auditorium, les 10 et 13 mars. Lors du deuxième concert son épouse l’a accompagné, interprétant des chansons russes et des arias.

 

La revue Pro-Arte Musical signalait : « De toutes les personnalités que notre Société de Musique Contemporaine a présenté jusqu'à ce jour, la plus illustre a été sans aucun doute Sergueï Prokofiev ».

 

Dans un des fragments de ses mémoires, l’épouse du compositeur écrit : « Les personnes qui allaient pour la première fois à un concert de Prokofiev n’aimaient pas toutes sa musique, car elle était innovatrice en cette époque. Durant ces années l'auditoire cubain était libre de l'influence de la musique traditionnelle, de quelque chose de sentimentale, et de l'hégémonie des opéras italiens. C'est pour cette raison que les auditeurs n'ont pas pu trouver la mélodie dans la musique de Prokofiev ».

 

Cependant, les véritables connaisseurs de la musique et les publications musicales cubaines ont su comprendre et hautement valorisé l'art de Prokofiev.

Dans son article Sergueï Prokofiev, la revue Musicalia signale : « Il n'est pas fréquent de trouver des exemples de personnalités aussi bien définies que celle de Prokofiev dans la musique contemporaine. Son art, que l’on aime ou pas, a des caractères spécifiques et bien tracés qui impriment un sceau plein d'originalité à son œuvre ».

 

L’article mentionné a souligné des caractéristiques de l’œuvre de Prokofiev : la profondeur et la concentration ; les rythmes violents, l’abondances de force et d’expression (Visions fugitives) ; la franchise, le lyrisme et la fantaisie (Visions fugitives, Contes de la vieille grand-mère, Prélude) ; l’humour avec des tendances satiriques, parfois grotesques (L'amour des trois oranges, Quatre danses) ; la sécheresse et la dureté des harmonies (Sarcasmes).

 

La revue a souligné : « La musique de Prokofiev est pleine de franchise ». Elle signale aussi la haute technique d'exécution pianistique liée à ses œuvres.

 

Le numéro 10 de la revue Musicalia, dans laquelle l'article est publié, a été envoyé au compositeur par son auteur, Antonio Quevedo, directeur et éditeur de la publication. Dans sa réponse, après l’avoir remercié pour cette attention, le compositeur écrit : « Mes amis sont agréablement surpris qu’il existe une revue musicale aussi magnifique dans une petite île comme Cuba… »

 

L’année suivante la Société de Musique Contemporaine a élu Prokofiev comme membre honoraire. La revue Pro Arte Musical signalait que les concerts du génie russe du piano qui les ont captivé resteraient pour toujours dans la mémoire de la société musicale cubaine.

 

L’auditoire cubain a aimé la musique de Prokofiev. Un grand nombre de connaisseurs ont su comprendre et hautement valoriser l'art du compositeur.