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 Lettre de José Martí à Manuel Mercado
Par José Martí Traduit par Jacques-François Bonaldi
Toute vérité commune est une audace; toute institution démocratique élémentaire, de la propagande démagogique.
Illustration par : Adigio Benítez Jimeno

Guatemala, le [samedi] 6 juillet 1878

 

                Mon frère,

 

                Je porte au cœur votre dernière lettre : elle était comme j'en avais besoin en ces jours amers que je suis en train de passer. Des problèmes de conscience, d'espérance, d'avenir : tout contribuait à faire de ma situation l'une des plus difficiles de ma vie. Ici, ce que je croyais mes meilleurs droits ont été mes graves sentences. J'ai dû laisser ce qu'on m'avait donné, car le pain ne mérite pas qu'on le pétrisse de sa propre indignité. Il y a eu en ma faveur un vrai parti, et je suis satisfait de constater qu'on a fait pour moi, spontanément, bien plus que ce qu'on est accoutumé de faire sur cette terre-ci, en hâte et pour un esprit pur incompréhensible, envers qui que ce soit. Imaginez ce que les Français appellent égout, et vous aurez une idée des hommes et des choses en place. Ceux qui croient comme le gouvernement, encore qu'il ne s'agisse pas d'une question de croyance, sont des laquais; ceux qui voudraient mordre la main qui les fouette font plus que la baiser : ils la lèchent. Toute vérité commune est une audace; toute institution démocratique élémentaire, de la propagande démagogique. Et ce n'est pas que je l'aie tenté, encore qu'on ait peut-être prévu, me connaissant mal, que je la tenterais. Mais, parmi ces hommes d'une petitesse extraordinaire, tout ce qui révèle de la vigueur, de la personnalité, de l'austérité, de l'énergie, semble un crime. J'ai éveillé des craintes injustifiables, des oppositions extrêmement tenaces, des persécutions incroyables. Je n'ai eu l'an dernier, plein de Carmen et de foi en moi et en autrui, et d'amour à la solution de tant de problèmes essentiels qui se présentent sur ces malheureuses terres, je n'ai eu, donc, le temps que de connaître ceux qui me caressaient et me mentaient. En rentrant, j'ai trouvé en général la tyrannie déchaînée; et, en ce qui me concerne, la colère visible. Provoquée par quoi ? Par mes discours généraux; par ma chaire d'histoire de la philo-sophie; par le livre que vous connaissez et qui ne vaut pas, non, vraiment pas, le soin amoureux avec lequel vous avez veillé sur lui. Ceci ayant été converti – et plus vite encore depuis les événements de novembre[1] – en une grande hacienda où tout obéit au fouet d'un contremaître capricieux, j'ai décidé de partir. Où ? A Cuba, me disaient mes devoirs de famille, mon fils qui va naître, les larmes de Carmen et la perspicacité de son noble père. Partout ailleurs qu'à Cuba, me disaient la logique historique des évé-nements, mes goûts on ne peut plus libres, le plaisir douloureux avec le-quel je me suis accoutumé à savourer mes amertumes, ma croyance absolue – fondée sur la nature des hommes – qu'il était impossible que la guerre s'éteigne à Cuba. Et pourtant, la guerre s'est éteinte; la nature a été mensongère, et une trahison incompréhensible a pu plus que tant de vexations terribles, que tant d'injures inoubliables[2] ! Transi de douleur, je sais à peine ce que je dis. Est-ce à vous que j'ai à dire combien de propos superbes, combien de sursauts puissants bouillonnent en mon âme ? Que je porte mon malheureux peuple dans ma tête et qu'il me semble que c'est d'un souffle mien que dépendra un jour sa liberté ?  Ne viendra-t-il donc jamais pour moi, le moment où je me produirais dans les circonstances favorables – arbitres capricieux de la renommée et du destin des hommes ? Ce n'est pas pour être un martyr puéril, mais pour travailler en faveur des miens et me fortifier en vue de la lutte que je vais à Cuba. Le plus impatient me gagnera, pas le plus ardent. Et il me gagnera en temps, pas en force et en hardiesse.

                Hier encore, malgré les prières de Carmen qui pleurait, malgré ce que ma mère pleure sans me le dire, malgré ma parole donnée au généreux Zayas[3], je résistais à toute tentative d'aller à Cuba et j'avais fermement décidé d'aller au Pérou. On m'y attendait déjà et on m'y préparait un accueil. Aujourd'hui, mon ami, les fondations de mon espoir se sont effondrées. J'étouffe ma véhémence; j'écoute ma prudence et je me plie de nouveau aux besoins des autres. Les lettres que vous m'écrirez désormais, adressez-les à Fermín[4] : j'irai les lire là-bas.

                On croit que je rentre dans ma patrie ! Ma patrie est dans tant de tombes ouvertes, dans tant de gloire achevée, dans tant d'honneur perdu et vendu ! Je n'ai plus de patrie, tant que je ne l'aurais pas conquise. Je me rends sur une terre étrangère où l'on ne me connaît pas et où, dès qu'on me soupçonnera, on me craindra. Briller là-bas me ferait honte. Mais pourrai-je vivre de la façon obscure à laquelle j'aspire pour si longtemps ? Je devrai étouffer en moi, pour vivre dans un calme apparent et dans une tranquillité meurtrière, toute grande inspiration, toute amoureuse exaltation, tout noble instinct. Vous connaissez ma passion de la justice, mon ar-deur contre l'infamie et le déni le plus infime du droit, mon amour d'amoureux de la gloire et de l'éclat de l'Amérique : comment pourrai-je lâcher les rênes de tous ces sentiments naturels, si dominants en moi et si vifs ? Comment pourrai-je vivre avec tous ces aigles enfermés dans le cœur ? Je crains, mon ami, que les battements de leurs ailes ne me tuent. Je crains perdre mes forces dans ce terrible combat silencieux. Qui est né à un moment plus difficile, entouré de circonstances plus amères ?

                Quand j'étais tout petit, j'avais commencé d'écrire un poème dans l'introduction duquel le Bien et le Mal se disputaient un homme qui venait de naître. Après, j'ai pleuré comme un enfant en constatant que c'était en gros la pensée qui est à la genèse du Faust. Le Bien, sûr de son règne dans la conscience, abandonnait le nouveau-né au Mal. Ne vous semble-t-il pas, mon noble frère, que le Mal a misé sur moi et s'attache à gagner la partie contre le Bien ? Par bonheur, au cas où il ferait la sourde oreille à mon âme, qui parle haut, j'ai à Mexico un exemple vivant d'honnêteté affinée et un modèle d'homme. Ma douleur consiste à devoir entrer dans le chemin réel de la vie, à devoir sacrifier à ses besoins à elle des besoins impérieux à moi, d'un genre plus élevé; à devoir suffoquer tant de pensées audacieuses qui, maintenant – car elles causeraient de l'étonnement au milieu de cette faiblesse générale – devraient éclater mieux que jamais. J'imagine déjà quelles erreurs on a commises, quelles forces on pourrait exploiter, de quelle manière simultanée il faudrait les faire agir, combien de cœurs américains on pourrait exalter et compromettre dans notre lutte. Et ce n'est pas de la folie, non. Libre et sans fils, j'aurais déjà fait parler de moi. Et d'une façon qui m'aurait contenté. Et vous aussi, qui m'aimez tant. Or, au lieu de cela, je rentrerai à présent comme une tendre brebis au bercail ! Maintenant que j'avais presque conclu, avec l'amour et l'ardeur que vous me connaissez, l'histoire des premières années de notre Révolution[5] ! J'avais révélé nos héros, écrit leurs campagnes avec du feu, tenté de pérenniser nos martyrs. Je m'étais efforcé, avec un attachement minutieux, d'exalter les morts et d'apprendre quelque chose aux vivants. Aucun détail ne m'avait paru anodin. Je faisais tout resplendir d'éclairs de grandeur : de leur éternelle grandeur. Et cette oeuvre noble et filiale d'un esprit libre partira maintenant clouée comme un crime au fond d'une malle ! J'aurai beaucoup à souffrir sur une terre où un tel livre ne peut entrer[6].

                J'aurai beaucoup à souffrir, et j'y vais, ce qui veut dire que je comprends mon devoir et que je l'accomplis sans d'autres plaintes que celles-ci, de l'âme, que je vous envoie.  Seuls ceux qui sont capables de les pousser peuvent les comprendre. Je vais être avocat, cultivateur, instituteur : un ravaudeur de formules, un semeur de légumes, un inspirateur d'idées confuses, perdu dans l'écume de la mer. Et pourtant j'y vais.

                Agité de la sorte, je n'ai pas copié cette semaine le prologue du livre de Manuel, si longtemps annoncé qu'il vaudrait mieux que je ne l'envoie pas. Mais il partira la semaine prochaine[7], en même temps qu'un thème de tableau. Je crois toujours qu'il doit avoir le coeur au Mexique, mais les yeux ailleurs. Le thème que j'ai découvert en lisant un livre curieux est un petit thème mexicain[8].

                J'ai rarement senti aussi vive la bonté d'autrui que dans votre der-nière lettre à laquelle je réponds. Ce n'est pas mon ami qui compatit de moi, c'est mon frère qui s'alarme et qui m'appelle. Ce souvenir, toujours vivant en moi, suffit à mitiger en mon esprit les agitations qui l'atterrent à présent. J'ai compris toutes vos craintes et je vous ai étreint à chaque phrase. Je m'enorgueillis d'être aimé ainsi. Je désire qu'il vous arrive du mal à un moment où je puisse le réparer.  Peut-être mourrai-je comme j'ai vécu, obscurément et inutilement, mais vous avez sans compter dans mon âme ce que la vôtre me donne sans compter.

                Je ne retourne pas à Mexico maintenant, quoique je connaisse bien l'asile aimant qui m'y accueillerait. Mais si je n'aimais pas le Mexique comme une patrie mienne, je l'aimerais comme ma patrie parce que vous en êtes le fils et que vous y vivez. J'irai bientôt vous voir.

                L'histoire de Sarre n'avait qu'une solution, qui m'attriste et que je permets, parce que je n'ai absolument aucun moyen de l'éviter. Mais j'ima-gine que mon sacrifice devra me produire quelque chose, et je me vengerai comme il se doit. Comme il se doit.

                Ma délicate et amoureuse Carmen, lisant votre lettre, a rendu une fois de plus justice à celui qu'elle croit mon meilleur ami. Les semailles sont stériles, mais en semant bien on récolte du moins des cœurs.

                Je vous dis maintenant, sans paix à l'âme, adieu. Il reste en moi un homme double : le prudent qui fait ce qu'il doit, le penseur rebelle qui s'irrite. Satisfait de cette victoire que je remporte sur moi-même, je la pleure avec une amertume indicible. Souhaitez-moi des temps meilleurs, car ils peuvent venir, eux, mais ne souhaitez pas de meilleur ami que vous, car il ne pourrait plus venir.

                Caressez Manuel, envers qui je suis en dette; vos créatures exemplaires. Encouragez Ocaranza. Et dites à Lola toutes ces choses que mérite son âme généreuse.

                Pour moi, souffrez et estimez-moi.

 

                Votre frère

 

J. Martí[9]

 

Extrait de : Martí, José.  Il est des affections d’une pudeur si délicate…Lettres de José Martí à Manuel Mercado. Traduites et annotées par Jacques-François Bonaldi. Paris, Mondadori, 2005. pp.140-146

 



[1] La conspiration contre Barrios de 4 et 5 novembre 1877, dite de José Kopesky, chef de la caserne d'artillerie, ou du Rosaire noir, que Martí a déjà évoquée dans sa lettre du 10 novembre 1877.

[2] C'est le 10 février 1878 qu'un certain nombre de chefs militaires et civils cubains signent avec les autorités espagnoles le Pacte de Zanjón, qui ne reconnaît aucune des revendications essentielles pour lesquelles les insurgés avaient pris les armes dix ans plus tôt.  D'autres chefs militaires refusent le Pacte et décident de poursuivre la guerre, mais les événements sont contre eux.  Le plus glorieux d'entre eux, Antonio Maceo, après avoir revendiqué l'honneur de Cuba dans la Protestation de Baraguá (15 mars), doit finalement abandonner l'île à la mi-mai.  C'est fin mai que ce qui restait de gouvernement cubain signa l'armistice.  Le 7 juin 1878, tous les combats avaient cessé dans l'île.

[3] Francisco Zayas Bazán, son beau-père. Malgré cette épithète, les choses continuaient de ne pas aller pour le mieux entre les deux hommes. Et toujours pour les mêmes raisons. Une semaine plus tard, le 13 juillet, Martí écrit à Zayas Bazán  «J'ai vraiment du mal à vous écrire cette lettre, en réponse à la vôtre du 14 juin. Est-ce un étranger qui me l'écrit ? Alors, je sais bien quoi lui dire. Est-ce le père de Carmen ? Alors, plût au Ciel que je n'eusse pas à l'écrire ! // J'ai ressenti, en lisant votre lettre, de la colère et de l'étonnement. Maintenant, je ne ressens plus ni étonnement ni colère. Tout ceci est dans la nature humaine; c'est moi qui fais mal en en sortant. Vous m'avez pris pour un nouveau danger qui menace votre fortune : vous portez trop loin votre pessimisme, trop loin votre prudence. Peut-être vous méfiez-vous tant des hommes parce que vous avez  reçu, à l'âge que j'ai aujourd'hui, un coup semblable à celui que je souffre maintenant. Manque d'argent ? Non, je saurai en trouver. Coup au cœur. Je souffre, oui, que vous tentiez de vous moquer de mes phrases qui révèlent de très vives douleurs, qui n'en sont peut-être plus pour vous parce que l'âge de les comprendre est passé pour vous. Vous savez bien que ce ne sont pas les aptitudes littéraires qui me font défaut, et que si je sais faire des moqueries, je n'ai pas encore appris à les souffrir. Mais c'est au père de Carmen que j'écris, à celui qui me l'a donnée si noblement que je n'ai pas encore pu l'oublier. // Votre lettre est un étrange prix à l'affection filiale – parce que je l'avais – avec laquelle je vous ai écrit la mienne du 1er juin, et au sacrifice que, de mon point de vue, je faisais au bonheur de Carmen en rentrant à Cuba dans les circonstances où celle-ci se trouvait encore quand je me suis décidé à y aller. Aujourd'hui, la guerre finie, le sacrifice n'est pas aussi grand. Les choses se sont passées ainsi : vous vous efforciez tenacement pour que nous rentrions à Cuba et, comme pour couper court à toute décision de ma part qui ne soit pas celle de rentrer, vous m'avez écrit une lettre vraiment noble à laquelle j'estime avoir répondu avec autant de noblesse. Ce qui semblait dépourvu de noblesse, c'était de vous demander la quantité nécessaire à notre voyage que – pour ne pas me causer de peine – vous m'offriez sur je ne sais quel héritage de Carmen.  Quand je vois  qu'on n'est noble que jusqu'au moment où l'on demande – pour faire ce que souhaitent sa femme et le père de sa femme – ce que celui-ci offre de ce dont il dit que c'est à elle, je fais bien de faire consister la noblesse en d'autres choses. Comme votre lettre était pleine d'exhortations véhémentes et que vous m'y accusiez de fou, et que vous la surchargiez de raisonnements écrasants pour ma conscience, j'ai cru y voir un gémissement de l'âme et, l'âme gémissante – même si cette phrase et ce sentiment sont peut-être un motif de nouvelles moqueries – j'ai accédé à ce que Carmen, ici, et vous, de là-bas, me demandiez avec tant d'insistance. C'est pour faire ce que vous souhaitiez tous les deux que j'ai cru avoir le droit d'accepter ce que, puisque vous me disiez que c'était à elle, vous m'offriez. Je vous ai donc demandé 800 pesos.  En quoi ai-je fauté?  En acceptant ? Vous n'auriez pas dû alors me l'offrir. En demandant tant ? Vous nous disiez de demander le nécessaire pour notre voyage. Voyons donc si nous avions besoin de moins. Vous vous mettez à examiner les sommes : je... (le manuscrit est incomplet. Cette lettre était jusque-là inédite, sauf quelques lignes.).» (Epistolario, op. cit., t. I, pp. 126-127; OCEC, t. 5, pp.315-316.)

[4] Fermín Valdés Domínguez qui vit à La Havane.

[5] Du Guatemala, vraisemblablement en 1877, Martí écrit à un général non identifié (la lettre est un brouillon rédigé à la suite de commentaires sur Carlos Manuel de Céspedes), mais que Gonzalo de Quesada, l'architecte des Oeuvres complètes, estime d'autorité destinée à Máximo Gómez : «Général, j'ai ému bien des fois en racontant la manière dont vous vous vous battez : je l'ai écrit, j'en ai parlé, et je ne trouve rien de semblable dans les temps modernes, pas plus que dans les temps antiques.  Que ceci soit une raison pour que vous m'excusiez de cette lettre. // J'écris un livre, et j'ai besoin de savoir quelles accusations principales on peut faire à Céspedes, quelles raisons on peut avancer pour le défendre, car, puisque j'écris, c'est pour défendre.  On ne doit pas enterrer les gloires, mais les sortir à la lumière. J'ai surtout besoin de savoir ce que contenait la lettre qu'Ignacio Agramonte a adressée à Céspedes au sujet de son renoncement au commandement et au maintien d'une pension. // Je pourrais m'adresser à d'autres, mais j'ai confiance en vous.  Comme je devrais un jour écrire votre histoire, je souhaite commencer d'ores et déjà en collectionnant vos autographes. // Personne peut-être ne vous parlera  de moi.  Mon père a été Rafael Mendive : de l'école, je suis allé à la  prison et à un bagne, et à un exil et à un autre.  Je vis ici, mort de honte, parce que je ne me bats pas.  Sérieusement malade et fortement entravé, je pense, je vois et j'écris.  Je vois les pauvretés de ces terres-ci, et je pense avec fierté que nous ne les aurons pas.  Tandis que j'admire en silence ceux qui le méritent, et envie ceux qui luttent, veuillez me donner les nouvelles historiques que je vous demande, car j'ai hâte de les étudier et de publier les exploits cachés de nos grands hommes.  Je serai chroniqueur, puisque je ne peux être soldat...» (O. C., t. 20, p. 263.)

On ne sait rien de ce texte quasiment achevé de Martí sur la guerre de Dix Ans. OCEC (t. 5, p. 312, note 14) suppose que différents fragments apparaissant dans ses cahiers de note (regroupés t. 5, 322-328), ainsi que le fragment 349 sur Carlos Manuel de Céspedes font partie de ce livre en projet mais presque conclu selon cette lettre-ci.

[6] Cette terre est bien entendu Cuba où la guerre a pris officiellement fin le 10 février 1878 sur la signature du Pacte du Zanjón (non reconnu par un certain nombre de chefs militaires) qui n'accorde pas l'indépendance à l'île et ignore les revendications essentielles des insurgés, dont l'abolition de l'esclavage.

[7] Il en a déjà parlé le 8 mars et le 20 avril 1878.

[8] Il précisera de quel thème il s'agit dans sa lettre datée d'octobre 1878 de La Havane, puis dans celle du 6 mai 1880, de New York. 

[9] A la fin de cette lettre, Carmen Zayas-Bazán rajoute un petit mot pour la femme de Mercado : «Chère Lola, vous devez savoir par Mercado que nous allons à Cuba, car Pepe [diminutif de José] le lui a déjà écrit dans deux lettres de suite. Pepe souffre beaucoup à présent, je crois qu'il vivra mieux plus tard et plus content : en aidant ses parents et aidé par mon affection, il oubliera un peu cette douleur de patrie qui est si grave dans les âmes comme la sienne. Moi, franchement, je me réjouis de la paix de Cuba qui apporte la paix à beaucoup de gens et qui est aussi un grand bien pour nous, car elle nous évite d'autres voyages dans des pays étrangers où mon Pepe était craint et non aidé, et où il se consumerait dans une vraie solitude. Ses parents en profiteront et verront combien ils sont aimés, et moi je serai tranquille auprès du mien. // Commencez déjà à penser, ma chère amie, à venir nous voir quand notre cher ami Mercado ira. Vous êtes pour nous très chers et vous nous donneriez une grande fête si nous vous voyions chez nous. // Je suppose que vos enfants vont bien maintenant; nous avons beaucoup souffert en apprenant votre dernier chagrin qui, heureusement, est passé : embrassez-les de ma part et saluez très affectueusement Ocaranza. Pour vous et pour Mercado, un baiser de votre ami sincère. Carmen.»

Et Martí de rajouter à son tour : «J'écris à maman par l'intermédiaire de Zayas.»  Ces deux lettres en parallèle offrent le meilleur exemple qui soit des années-lumière séparant ces deux êtres pourtant follement amoureux : tandis que Martí s'offre à vif, se dissèque, Carmen nous ramène sur la terre prosaïque de tous les jours! Et ceci explique cela... Signalons en passant que, selon Carmen, Martí aurait censément écrit deux lettres à Mercado où il l'avertit de son retour à Cuba : comme on a pu le constater, ces deux lettres n'existent pas.  Se sont-elles égarées ?