IIIIIIIIIIIIIIII
Repenser le cinéma
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
Iván Giroud, directeur du Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain, expose les défis de la trente-cinquième édition.
Illustration par : Eduardo Ponjuán

Iván Giroud, directeur du Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain, expose les défis de la trente-cinquième édition.

« Nous sommes à la croisée des chemins. Nous avons besoin de réponses aux nouveaux non reportables problèmes auxquels nous sommes confrontés, nous devons repenser le cinéma, notre cinéma, depuis la production jusqu’à l’exhibition et ceci sera au cœur des réflexions du Festival de La Havane ».

Depuis le milieu de l'année Iván Giroud a assumé la direction du Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane, un rendez-vous qui arrivera, à partir du cinq décembre, à sa trente-cinquième édition, un numéro en rien méprisable et révélateur de la persistance du rêve des initiateurs afin de systématiser un espace pour promouvoir les cinématographies du continent et de la politique de l'Etat cubain pour continuer à soutenir cet effort.

Iván voulait que les circonstances de son nouveau mandat soient autres et non pas la nécessité de remplacer le fondateur Alfredo Guevara, dont le décès a été et est profondément ressentie par la famille latino-américaine des cinéastes.

Iván explique « Alfredo est irremplaçable. Son œuvre perdure et le Festival donnera continuité à plusieurs de ses idées germinales. Dans cette édition nous l’évoquerons non seulement lors de la cérémonie d'ouverture, le cinq, dans le théâtre Karl Marx, mais aussi dans le Pavillon Cuba, où nous projetterons une sorte d'anthologie personnelle des productions qui l’ont marqué le plus. Toutefois, la meilleure façon d'être en accord avec sa pensée sera de garder vivant l'esprit de questionnement de l'événement.

De toute évidence, le Festival est l'opportunité pour en savoir plus sur l'état de la création régionale et sur l'actualité des cinématographies dans diverses parties du monde. Il continuera à être une fête pour les spectateurs qui, en quinze jours, devront se multiplier pour voir le plus grand nombre de matériels possibles. Mais c'est aussi un point de rencontre pour l'analyse et la réflexion et cela implique un engagement, un exercice intellectuel et politique essentiel et incontournable ».

Iván Giroud consent à cet entretien dans son bureau de la Maison du Festival, dans le quartier havanais du Vedado, au milieu des agitations de l’organisation et des travaux de réparation de l’immeuble. Nous sommes devant un  jeune mais expérimenté promoteur du cinéma, un homme qui combine la culture, la capacité de leadership et l'action.

Quand vous parlez de tout repenser, qu’est-ce qu’inclut ce tout ?

Il y aura un point de départ en tenant compte la propre dénomination du Festival. Nouveau ? Cinéma ? Latino-américain ? Le principal séminaire portera sur ces questions. Nous ne pouvons pas nous arrêter uniquement sur des problèmes liés aux langages, le lien avec la tradition ou les formes de production, mais aussi avec la circulation, l'exhibition et même la façon comment est consommé et sera consommé le cinéma dans les prochaines années.

Devant l'avalanche des nouvelles technologies, il y a ceux qui décrètent de la mort du cinéma. Sont-ils dans le vrai ?

Le cinéma ne mourra pas mais quelque chose disparaîtra dans la façon de l'apprécier et l'atteindre. Il y a de moins en moins d'espaces pour les projections classiques et les salles sont en crise. Le cinéma répond de plus en plus à une option individualisée et domestique et les seules salles qui survivront seront celles liées aux projections en 3D et associées à d'autres spectacles. Dès maintenant, parmi les envois pour le concours, on présentera un film que l'on peut seulement voir avec un système de lecture appelé DCP. Les grandes maisons de productions et de distribution se sont mises d’accord pour le développer et à atténuer, le plus possible, les effets des copies illégales. Le DCP lit un code crypté qui détermine quand vous pouvez visionner la copie que vous avez achetée. Je parle d'un sujet qui dépasse même de notre pays, car il a une portée globale. Pour nous, c'est très difficile d’accéder à cette technologie, surtout quand les maisons mères sont sous la législation du blocus étasunien, empêchant le commerce avec Cuba.

À cette époque, quel est le sens des festivals ?

Si vous regardez la réalité, vous verrez que le nombre de festivals a augmenté dans le monde. C'est comme si l’on avait pris conscience que les festivals constituent un circuit alternatif. Un bon nombre de producteurs se soutiennent sur la base de la location des films aux festivals. Dans notre cas, c’est beaucoup plus que ceci. Nous défendons une proposition éminemment culturelle.

En termes de programmation, y a-t-il quelque chose de nouveau dans le trente-cinquième Festival ?

Comme vous le savez, le Festival possède deux camps de projection : le cinéma latino-américain et caribéen et le cinéma des autres parties du monde. Le concours ne varie pas. Les changements ont été introduits dans l’ordre des productions hors compétition afin de faciliter l'orientation et la satisfaction des spectateurs. Il y aura différents groupes thématiques : le cinéma ayant à voir avec la mémoire, la diversité, l'expérimentation, la religion, la terreur, les loisirs de masse, le reflet de la création musicale. Dans cette dernière section nous aurons certains films exceptionnels, comme un documentaire sur les représentations conjointes de Joan Manuel Serrat et Joaquín Sabina, et un matériel sur Mercedes Sosa. Hors de notre continent, les échantillons se maintiennent par pays ; cette année il y aura un cycle très complet de films de Corée du Sud. Je ne peux pas encore donner des détails sur les jures et les invités. Je peux seulement avancé que la présence de l'acteur brésilien Lázaro Ramos, protagoniste des films importants, mais plus connu ici pour avoir interprété le rôle d’André Gurgel dans la série télévisée Insensato corazón est confirmée. Il fera partie du jury. Lors de la cérémonie inaugurale, en plus de l'hommage à Alfredo, l’ensemble Danse Contemporaine de Cuba nous accompagnera. Une autre décision que nous avons prise est celle de programmer un cycle avec une grande partie des films récompensés au long des trente-quatre festivals précédents dans le cinéma Yara, une semaine avant l'ouverture.

La trente-cinquième édition est un fait. La saga de notre Festival continuera-t-elle dans l'avenir ?

Il est significatif que cette trente-cinquième édition se déroule au milieu d'un processus de changement dans le cinéma cubain et même lorsque l'état de nos salles est loin d’être modérément acceptable et arrive même à être lamentable. Tant qu’existeront les prémisses et les volontés de faire que chaque année La Havane soit un centre pour la promotion et la réflexion sur le cinéma de Notre Amérique, le Festival existera.