IIIIIIIIIIIIIIII
Poésie de José Maria Heredia
Par José María Heredia Traduit par Charles de Mazade, Jean Jacques Ampère et Elise Reclus
Fragments des trois poèmes de José María Heredia publiés en français dans La Revue des Deux Mondes.
Illustration par : Eduardo Ponjuán

« A Emilia »

 

Me voila libre enfin: me voilà éloigné  de maîtres et d'esclaves.

Mais, Emilia, quel changement cruel! le vent d'hiver souffle

furieux; sur ses ailes, une gelée aigue vole et dévore le sol desséché

Une nue paisse couvre le soleil et ferme le ciel qui va se

perdre a l'horizon douteux dans la mer sombre. Les arbres dépouillés

gémissent. Aucun être vivant dans les campagnes; partout

la solitude et la désolation. Est-ce donc là le séjour que je dois

avoir - en échange des champs lumineux, du ciel pur, de la verdure

éternelle et des brises balsamiques du climat sous lequel mes yeux

se sont ouverts a la lumière dans la douceur et la paix? ... Qu'importe?...

Mes yeux ne verront plus s'agiter la cime du palmiste

dorée des rayons du soleil couchant. Mon oreille, au lieu de ton

accent enchanteur, n'entend plus que les sons barbares d'un idiome

étranger; mais au moins elle n'entendra pas le cri insolent du

maître, ni le gémissement des esclaves, ni le sifflement du fouet,

tous ces bruits qui empoisonnent l'air du Cuba! ...

 

Traduit par Charles de Mazade.

 

« En el teocalli de Cholula »

 

C'etait. le soir; une brise légère

repliait ses ailes en silence,

et moi, je rêvais, couche sur l'herbe,

parmi la verdure des arbres,

tandis que le soleil plongeait son disque

derrière l'Orizaba (sic). La neige éternelle

comme fondue en une mer d'or, semblait

tracer autour de lui un arc immense

qui montait jusqu'au zénith;

on eût dit un étincelant portique du ciel ...

............. ...........

 .................. Puis cet éclat

s'évanouit. La blanche lune

et !'étoile solitaire de Venus

se montraient dans le ciel.

Heure fortune du crépuscule! Plus belle

que la chaste nuit ou le jour brillant,

que ta paix est douce a mon âme!

............. ...........

La nuit descendit enfin; ........

l'azul léger du ciel devint de plus en plus fonce;

............. : les mobiles ombres

 

des nuées sereines qui volaient

à travers l'espace, emportées par les ailes de la brise,

passaient sur la plaine immense;

la neige limpide de l'Orizaba (sic)

réflechissair

les calmes splendeurs de la lune

 ............. et a l'orient,

comme des points dores, scintillaient

mille et mille étoiles. Oh! je vous salue,

fontaines de lumière dont

s'illumine le voile de la nuit,

vous étés la poésie du firmament !

À mesure que la lune s'abaissait

radieuse vers l'occident,

l'ombre du Pocatepetl (sic) s'étendait avec lenteur;

on eût dit

un gigantesque fantôme. L'arc ténébreux

vint jusqu'a moi et me couvrit ....

et il alla toujours grandissant jusqu'à ce qu'enfin

toute la terre fût enveloppe de son ombre.

Je tournai les yeux vers le majestueux volcan

qui, voile de transparentes vapeurs,

dessinait ses immenses contours

à l'occident, sur le ciel.

Géant de l'Anahuac, comment le vol

rapide des ages n'imprime-t-il

aucune ride sur ton front de neige?

Le temps court impétueux, amoncelant

les années et les siècles, comme le vent du nord

précipite devant lui la multitude

des ondes; ..............

tu as vu bouillonner tes pieds les peuples et les rois, qui combattaient

comme nous combattons, et appelaient

leurs cites éternelles, et croyaient

fatiguer la terre de leur gloire.

Ils ont été ! II n'en reste pas même un souvenir.

Et toi, seras-tu éternel? Peut-être un jour,

arrache de ta base profonde,

tu tomberas; ta grande ruine attristera

l'Anhuac solitaire; de nouvelles générations s'élèveront

............ , et, dans leur orgueil,

nieront que tu aies été!

 

Traduit par Jean Jacques Ampère

 

 

« En una tempestad »

 

Ouragan ! ouragan ! je te sens venir, et dans ton souffle brillant

je respire enivré l'haleine du maître des airs.

Vois le, suspendu aux ailes du vent, rouler à travers l'espace immense, silencieux

encore, mais effrayant, irrésistible dans sa course. La terre, qu'opprime

un calme sinistre et mystérieux, contemple avec stupeur le

terrible météore... Le soleil hésitant voile sous de tristes vapeurs

sa face glorieuse, et son disque obscurci répand une lueur funèbre

qui n'est pas la nuit et qui n'est plus le jour. Lueur affreuse, voile

de mort ! les oiseaux tremblent et se cachent a l'approche de l'ouragan

qui hurle; sur les montagnes lointaines, les forets l'entendent

et lui répondent.

 

Le voilà! II tend sur la nature son manteau d'épouvante.

Géant des airs, je te salue!... Le vent secoue et fait tournoyer

les franges mêlées de son vêtement sombre. Ses bras grandissants

se déjoignent au-dessus de l'horizon; ils s'abaissent et recouvrent

l'espace d'une montagne a l'autre.

 

Ténèbres partout ! Le souffle de l'orage soulève en tourbillons

la poussière des campagnes. Dans les nues, la maître du tonnerre

fait rouler son char grondant; des roues jaillit le rapide éclair,

qui vient frapper la terre et de ses reflets livides inonde le ciel...

La pluie tombe a torrents. Tout est confusion, horreur profonde.

Cieux, nues, collines, foret chérie, je vous cherche en vain; vous

avez disparu. La noire tempête fait tournoyer dans les airs un

océan sous lequel tout s'engloutit. Enfin, monde fatal, nous nous

séparons ! L'ouragan et moi, nous restons seuls...

 

Traduit par  Elise Reclus

 

Traductions françaises de José Maria Heredia dans La Revue des Deux Mondes