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Kurt Maetzig : le cinéaste allemand de la Révolution cubaine
Par Jorge Smith Traduit par Alain de Cullant
En 1963, Il a tourné le film cubain Prélude 11, interprété par l'acteur allemand Armin Müeller-Stahl et les acteurs cubains Roberto Blanco, Aurora Depestre, Helmo Hernández, Miguel Benavides, Carlos Moctezuma et Alejandro Lugo.
Illustration par : Eduardo Ponjuán

Les années 60 du siècle dernier étaient magiques : le processus de décolonisation se poursuivait en Afrique, le Révolution Cubaine commençait, les Beatles et les Rolling Stones étaient à la tête de l’appelée invasion britannique et l'Ère du Verseau s’ouvrait : des changements et de la liberté.

De célèbres cinéastes et intellectuels du monde visitaient Cuba en ces années et l'éblouissement causé par la fascinante expérience révolutionnaire leur suscitait divers projets de films et d’œuvres.

Sous ces sortilèges, Errol Flynn (Rebelles), Gérard Phillipe (un film sur le Deuxième Front Oriental Frank País frustré par sa mort prématurée), Agnès Varda, Silvana Pampanini, Graham Greene, Alec Guinness, Ernie Kovacs, Maureen O´Hara, Noel Coward, Françoise Sagan, Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir, sont venus, ont conçu ou ont travaillé sur Cuba.

Les pays du camp socialiste disparu se sont unis aux réjouissances des tropiques et à cette époque, La Havane a reçu le célèbre documentaliste soviétique Roman Karmen (Alba de Cuba), le réalisateur Mikhaïl Kalatozov (Soy Cuba) et l'allemand Kurt Maetzig, qui, avec Konrad Wolff, faisait partie des grands cinéastes communistes allemands.

Kurt Maetzig (25 janvier 1911 - 8 août 2012), fils de Robert et Marie Maetzig (cette dernière née à Lyon, France), a grandi dans le quartier de Charlottenburg à Berlin et il a commencé à apprendre les rudiments du cinéma durant les années d'or de l'impressionnisme allemand.

La capitale allemande montrait une intense et fructueuse production cinématographique qui captivait le monde, basée dans les studios de Babelsberg, où F.W. Murnau, G.W. Pabst, R. Wiene, Conradt Veight et Peter Lorre ont tourné des films tels que Le cabinet du docteur Caligari, Metropolis, Nosferatu et la séduction dévastatrice d’Emil Jannings pour l’enchantement subversif de l'irrévérencieuse Lola (Marlène Dietrich) dans L’ange bleu.

Kurt Maetzig a profité de ce milieu dès son plus jeune âge car son père était propriétaire d'une usine qui produisait des copies de films. Formé dans l'Oberrealschule de Leibniz, dans l’Université Technique de Munich et à la Sorbonne, il étudie la chimie, l’ingénierie, la sociologie, la jurisprudence, la psychologie et l’économie des affaires.

Il travaille dans l'usine de son père pendant les vacances, le convertissant en expert dans tous les domaines de la production cinématographique et, en 1932, il commence à tourner ses premiers films. Trois ans plus tard il construit son propre atelier de dessins animés, où il travaille également sur les titres et les génériques des courts-métrages.

Le jeune cinéaste possédait une solide culture cinématographique qui lui aurait facilité une brillante carrière dans n’importe quelle partie du monde mais à la promulgation des lois de Nuremberg de 1935, son permis de travail a été révoqué en 1937 par la Section du Cinéma du Reich dirigé par Joseph Goebbels, comme punition pour l'origine juive de sa mère, qui s'est suicidée peu de temps après par crainte de représailles physiques et psychologiques.

Kurt Maetzig a rejoint les rangs du parti communiste et il a combattu dans la résistance. En 1947, après la défaite de l'hitlérisme, il a tourné Ehe im Schatten, son premier long-métrage comme metteur en scène, où il aborde l'histoire d'un acteur marié à une juive, d’évidentes couleurs biographiques. Ce film a été le plus grand succès allemand de l’après-guerre, avec 12 millions de spectateurs dans le monde.

À Cuba, on le connaissait surtout pour deux films : Ernst Thälmann, fils de sa classe (1954) et Ernst Thälmann, leader de la classe ouvrière (1955), sur la vie du premier secrétaire du Parti Communiste Allemand, assassiné dans le camp de concentration de Buchenwald en 1944. Comme fait curieux, on se rappelle du rôle important de l'acteur français Michel Piccoli (l’inspecteur Max) dans ce film.

Cofondateur des studios DEFA, le bastion de l'industrie étatique de la République Démocratique Allemande (RDA), Kurt Maetzig a également dirigé l’école de cinéma germano orientale durant dix ans.

Prélude 11 (1963) a été son film cubain, interprété par le célèbre acteur allemand Armin Müeller-Stahl, qui triompha plus tard dans des films tels que Le Colonel Redl et La boîte à musique, ce dernier dans le rôle du père fasciste de l'actrice étasunienne Jessica Lange. Les acteurs cubains Roberto Blanco, Aurora Depestre, Helmo Hernández, Miguel Benavides, Carlos Moctezuma et Alejandro Lugo ont joué dans Prélude 11.

Tourné en noir et blanc, le film traite de l'histoire de Daniela, une jeune milicienne qui doit choisir entre l'amour et la cause qu’elle a embrassé lors des jours difficiles qui ont précédé l'invasion de la Baie des Cochons en avril 1961.

Kurt Maetzig s’est retiré vers le milieu des années soixante-dix, bien qu'il soit resté membre de l'Académie des Beaux-arts de Berlin jusqu'à la fin de sa vie. Il a toujours professé un immense amour pour Cuba et pour les Cubains et, une fois, il a avoué qu’il a projeté le meilleur de son art et de son humanisme dans ses relations avec le pays caribéen.