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La Cathédrale de Bayamo, l’autel de Cuba
Par Elizabeth Reyes Tasé Traduit par Alain de Cullant
La Cathédrale de Bayamo offre une rencontre avec le patrimoine culturel et les connexions entre la foi religieuse et les premières manifestations indépendantistes du peuple de Cuba.
Illustration par : Darian Rodríguez Medero

Emblématique pour son histoire, relique de l'architecture coloniale et liée aux grands événements politiques de Cuba, la Cathédrale du Santísimo Salvador de Bayamo est, en plus d’un sanctuaire spirituel, un monument au patriotisme et l'indomptable volonté des fils de la plus grande île des Antilles.

Sa construction a commencé en 1516, la première messe a été célébrée l'année suivante et elle constitue le principal temple catholique de la ville homonyme, la seconde fondée par les conquérants espagnols dans le pays - le 5 novembre 1513 - et l'actuelle capitale de la province orientale de Granma.

Déclarée Parroquial Mayor (Paroisse Majeure) en 1613, elle fut détruite par les tremblements de terre qui ont dévasté la ville en 1551, 1624 et 1766 ; ainsi que l'incendie du 12 janvier 1869, quand les habitants ont décidé de brûler leur ville avant de la rendre à la domination espagnole.

Après le sinistre, considéré comme l'un des événements plus transcendantaux dans les annales de la nation, il ne restait que la Chapelle de Nuestra Señora de los Dolores, qui appartient à la Cathédrale et qui conserve les élément originaux des constructions de l'époque coloniale.

Ayant survécu au tremblement de terre de 1766, l'oratoire, datant de 1740, possède une entrée indépendante, une superficie de 125 mètres carrés et un autel baroque sculpté en bois plaqué d’or, dont on pense qu’il est entré dans l'île en contrebande.

Derrière l'autel il y a des peintures monochromatiques allégoriques à la Passion de Jésus, considérées par certains spécialistes parmi les plus anciens dessins muraux de Cuba.

À côté des singularités de la Chapelle, la basilique thésaurise d’autres raretés décoratives, dont une peinture politique représentant la cérémonie lors de laquelle a été béni, le 8 novembre 1868, le drapeau hissé dans La Demajagua pour commencer la première guerre d'indépendance du pays.

À la même date, l'atrium de l'église a été le théâtre d’une première officielle, avec chœur et orchestre, de la marche  La Bayamesa, déclarée postérieurement Hymne National de Cuba.

Le tableau qui rappelle ces événements importants a été créé en 1919 par l'artiste dominicain Luis de Sangles, également auteur de dix médaillons religieux conservés dans le temple.

Cependant, le lien du sanctuaire avec l'histoire du chant patriotique cubain date du 11 juin 1868, quand il a accueilli la première interprétation publique de la musique de l'hymne.

La tradition réfère que les conspirateurs indépendantistes, avec la permission du curé Diego José Baptista, ont profité d’une cérémonie liturgique dédiée au corps du Christ, pour interpréter les notes de la marche guerrière lors d’une procession dans toute la ville, face aux principales autorités péninsulaires de la région.

Témoin de l'amour que les hommes professent à Dieu et à leur Patrie, la Cathédrale du Santísimo Salvador de Bayamo offre une rencontre avec le patrimoine culturel et les connexions entre la foi religieuse et les premières manifestations indépendantistes du peuple de Cuba.