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José Antonio Saco : Historien et politicien bayamais
Par Imeldo Álvarez García Traduit par Alain de Cullant
« Si dans la Cuba esclave il ne peut pas y avoir des hommes libres, dans une Cuba libre il ne peut pas y avoir des hommes esclaves ».
Illustration par : Darian Rodríguez Medero

José Antonio Saco décède le 26 septembre 1879, entouré de sa femme et ses enfants. C'est l'année où Edison invente la lampe à incandescence et Pasteur découvre le principe de la vaccination. C’est le temps où, à La Havane, José Martí conspire avec Juan Gualberto Gómez pour commencer avec le Général Calixto García l’appelée Guerra Chiquita (la Petite Guerre) contre l'Espagne.

Après que son cadavre ait été embaumé, José Antonio Saco a été enterré à Barcelone, mais en respect à ses dernières volontés, où il demandait que sa dernière demeure soit dans sa patrie, son corps est exhumé le 23 juillet 1880 et, presque un mois plus tard, sa dépouille arrive à La Havane à bord du paquebot Ciudad de Cádiz.

Durant les 82 ans de sa vie, il en avait passé 51 hors de Cuba. Celui qui serait sans aucun doute « notre premier historien moderne », est né à Bayamo le 7 mai, l797.

José Martí en fait référence dans les tomes 5 et 22 de ses Œuvres Complètes. Il dit que si Félix Varela découvrait, José Antonio Saco rossait, et il l'appelait incisif car l'exposant de la nationalité cubaine lors de sa phase formative ne croyait pas aux emplâtres andalous ni aux postiches blonds pour les choses du pays. Il était un polémiste, de style direct et plein d'humour. Même à un âge avancé il gardait innée sa ruse de vieux renard.

Armando Hart Dávalos, à la page 12 de son livre Perfiles, affirme : « José Antonio Saco est un germe vital dans la gestation de la nation cubaine », car « notre culture ne peut pas être comprise dans son essence la plus profonde sans étudier sa pensée. Chez l’illustre et cultivé patriote bayamais étaient présents, peut-être plus que chez n'importe qui, les fondements d'un fait essentiel : à Cuba, une bourgeoisie capable de représenter l’idéal cubain de la patrie ne pourra jamais se cristalliser mais, cependant, une nation diaphane a émergé. Là est la racine de la tragédie de cet éminent disciple du père Varela »

Le père de José Antonio Saco - Rafael José Saco y Anaya -, né à Santiago de Cuba, était le fils d'un avocat galicien, Jose Saco Quiroga, qui s’est installé à Bayamo pour exercer sa profession. Là il a rencontré la créole María Antonia López y Cisneros, avec qui il eut trois enfants dans un environnement idyllique qui disparaît quand la mère et le père meurent et les anciens amis, sous la protection de la bureaucratie coloniale, se lancent sur l’héritage de la famille. Ces faits ont marqué le futur analyste des aberrations de la société créole.

Il faut prendre en compte qu’en février de l878, Martínez Campos obtient le Pacte du Zanjón et Antonio Maceo réalise l’énergique Protestation de Baraguá. Au moment où Saco conclut précisément à Barcelone son histoire de l'esclavage de l'antiquité. En 1879, le célèbre bayamais est nouvellement élu député de la province d'Oriente à la Cour. Son décès a touché ses proches et ses admirateurs.

Saco a réalisé ses premières études de lettres à Bayamo et, en l814, deux ans après la rébellion à La Havane de José Antonio Aponte, il entre au Collège San Basilio de Santiago de Cuba, où il étudie le droit et la philosophie. En 1816, il part dans la capitale de l'île afin d'étudier avec le père Félix Varela dans le Séminaire de San Carlos, à qui il succédera en tant que professeur lorsque celui-ci part en Espagne. Saco s'installe aux Etats-Unis en 1824, laissant sa place à José de la Luz y Caballero.

Il revient à Matanzas en 1826, mais deux ans plus tard il retourne aux États-Unis et, avec Félix Varela, il fonde El Mensajero Semanal, dans les pages duquel il soutient une profonde polémique avec Ramón de la Sagra pour la défense de José María Heredia. De retour à Cuba en 1832, il est nommé directeur de la Revista Bimestre Cubana, où il publie son Memoria sobre la vagancia . Il défend avec ténacité le projet de constituer une « Académie Cubaine de la Langue » et il est envoyé à Trinidad par Tacón, qui évoque l’influence de Saco sur la jeunesse havanaise.

Saco préfére partir en Europe le 13 septembre 1834. Il revient une courte période dans l’île en 1861, mais il s’expatrie de nouveau, cette fois pour toujours. En 1834, il a été en Angleterre, puis en France et plus tard à Madrid, où il a fait partie du Club des Havanais.  En 1835, il suit des cours de chimie à la Sorbonne. En 1836, il est nommé député de la province d’Oriente aux Cortes de Madrid, à trois reprises, mais il n’a pas pu prendre possession de cette charge. De 1837 à 1845, il se rend au Portugal, en France, en Italie, en Autriche et en Allemagne. En 1845, un courant annexionniste se développe à Cuba, le Texas est envahi par les Etats-Unis. L'année suivante les yankees déclarent la guerre au Mexique.

En 1848, Saco écrit son livre Ideas sobre la incorporación de Cuba a los Estados Unidos (Idées sur l'incorporation de Cuba aux Etats-Unis). Le gouvernement étasunien tente d'acheter l'île de Cuba à un pris de 100 millions de dollars. Saco est témoin des sanglants événements parisiens. Deux ans plus tard, Narciso López débarque à Cardenas et meurt sans abdiquer en 1851. Ce sont des faits historiquesque  le Bayamais intègre. Pour lui, la mort était une continuation, une entrée dans de nouvelles tâches.

En 1856, il épouse María Dolores de Frias, la veuve de Narciso López et la sœur du comte de Pozos Dulces, Francisco de Frias y Jacott. C'était au moment où a eu lieu l'agression militaire yankee en Colombie pour créer Panama et quand Walker a pris le pouvoir et instaure l'esclavage au Nicaragua. Ses idées et ses actions se sont intensifiées plus largement.

Saco pensait : « Ou l’Espagne accorde des réformes à Cuba ou Cuba est perdue pour l’Espagne ». Des brochures sortent les unes après les autres de l’imprimerie où se trouvent de plus en plus des formulations provocatrices.

Jusqu'à sa mort, il a soutenu que Cuba n'était pas prête pour l'indépendance. Il arrivait seulement au critère d'un parlement insulaire dans lequel les députés de l'île discuteraient les questions cubaines à Cuba et proche de leurs électeurs.

Les thèses de Saco ont influencé Montoro et d’autres autonomistes, mais face aux propositions de certains annexionnistes cherchant l'incorporation aux États-Unis, il disait que même si les promesses sortaient de la bouche du président (yankee), on devait se méfier.

« Je souhaite que Cuba soit non seulement riche, illustrée, morale et puissante, mais qu’elle soit une Cuba cubaine et non anglo-américaine », souligne-t-il. Et il écrit lui-même l'épitaphe que doit porter sa tombe : « Ici repose José Antonio Saco qui ne fut pas annexionniste car il était plus cubain que tous les annexionnistes ».

Sa bibliographie active est impressionnante. Digne de revenir sur elle. « Une montagne construite avec passion », m’a dit Manuel Moreno Fraginals un après-midi. Ce fut l’après-midi de Saco la plus longue de nos conversations.

En 1982, la maison d’édition Ciencias Sociales a publié un ouvrage de plus de six cents pages sous le titre José Antonio Saco, acerca de la esclavitud y su historia, selección e introducción de Eduardo Torres Cuevas y Arturo Sorhegui (José Antonio Saco, sur l'esclavage et son histoire, une sélection et une introduction d'Eduardo Torres Cuevas et Arturo Sorhegui).

Un volume indispensable dans l’actuelle bataille des idées, organisé avec une lucidité critique. Sa lecture sera toujours une bonne expérience pour les étudiants et les jeunes de ce temps, quant à l'affirmation nécessaire des vertus de la connaissance.