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Derrière les empreintes de Chan Chan
Par Bladimir Zamora Céspedes Traduit par Alain de Cullant
J’ai vu et écouté pour la première fois le quatuor de Compay Segundo durant l'automne 1993.
Illustration par : Adriana Arronte

J’ai vu et écouté pour la première fois le quatuor de Compay Segundo durant l'automne 1993. C’était sur les bords de la piscine de l'hôtel Kohly, où, dans l’humide nuit havanaise, sans micros, ils offraient des mélodies majoritairement composées par Francisco Repilado. J'imagine que c’est lors de cette occasion que j’ai pu jouir du son Chan Chan pour la première fois, il n'avait aucune popularité car aucune œuvre de ce musicien n'était retransmise par les médias et beaucoup considéraient l'auteur de Macusa comme déjà décédé.

 

Bien qu'en 1994 on ait utilisé Chan Chan dans une série de l’espace télévisé Aventuras, cette composition de Compay avait commencé sa marche décisive vers la gloire sur les scènes internationales. Le point de départ a eu lieu dans la région de Séville lors de la Première Rencontre entre le Son et le Flamenco. Après ce jour beaucoup d'eau est passée sous le pont, et de nombreuses histoires ont été tissées sur ce son. Diverses dates ont été avancées sur sa création et sur le premier et les postérieurs enregistrements en studio de cette œuvre.

 

Le vrai est que Chan Chan, bien qu'il soit soumis aux canons esthétiques des sones conçus dans les années 20, a été composé en 1984, comme me l’a affirmé Compay lui-même.

 

À l'heure actuelle il y a une confusion sur la chronologie des plus importants registres phonographiques de Chan Chan. Toutefois, selon la documentation existante dans les archives des studios Areito de l'EGREM, le premier enregistrement a été réalisé là en 1985, avec l'interprétation du groupe que Compay Segundo avait en ce moment et où figurait sa fille Amparo.  En 1986 Eliades Ochoa enregistre Chan Chan avec le quatuor Patria dans les studios Siboney de Santiago de Cuba.

 

En 1989,  Pablo Milanés enregistre le second volume de son album Años. Là apparaissent trois thèmes de Compay : Huellas del pasado, Macusa et Chan Chan. Ce disque a été très rapidement à la disposition des intéressés. C’était la première fois que Chan Chan se trouvait entre les mains de son public naturel, alors que les deux enregistrements précédents dormaient dans les archives avec peu d’espoirs de voir le jour.

 

En 1995, l'enregistrement d'une anthologie intégrale de Compay Segundo a eu lieu dans les studios Cine Arte de Madrid. C’est la première fois que Chan Chan apparaît sur un disque compact. Ce projet a été produit par le prestigieux musicien espagnol Santiago Auserón. Je crois que c’est la première fois qu’il y a eu des soins spéciaux pour protéger et donner la place qu’elle mérite à la puissante voix de Compay. Cet album a fait le tour du monde, mû par les mécanismes des entreprises transnationales.

 

Quand l'enregistrement du Buena Vista Social Club se produit dans les historiques studios de la rue San Miguel, en 1996, l’emblématique son de Compay était déjà connu dans un grand nombre de pays. Cependant, il faut reconnaître que son inclusion dans ce CD produit par Ray Cooder a apporté une popularité mondiale à Chan Chan. Le prix Grammy pour ce disque est apparu quelque temps après, ainsi que le documentaire de Win Wenders comptant à sa façon l'histoire d’une poignée de vieux et oubliés musiciens cubains qui avaient été mis en circulation planétaire par une maison discographique britannique.

 

En 1999, l'album Continental Drifter du Nord-américain Charlie Mussel White apparaît dans lequel se trouve une version très particulière de Chan Chan  interprètée en duo en espagnol et en anglais.

 

Maintenant notre Francisco Repilado fêterait ses cent trois ans et son Chan Chan, sans être son œuvre la plus représentative, est la plus populaire et on peut l’écouter dans n’importe quel pays de la planète à partir de sa présence dans de nombreux CD.

 

Et même à Cuba, depuis les dernières années 90 jusqu'à nos jours, cette œuvre s'est convertie en rendez-vous obligé  à la hauteur de Mamá, son de la loma, de Miguel Matamoros ou La negra Tomasa, de Rodriguez Fife. Toutefois, il est peu probable de trouver une nouvelle version authentique et créative, comme celle que je viens d'écouter interprétée par le septuor Guamá, de très bons musiciens vivant au pied du Pic Turquino.