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Esteban Salas : le premier classique de la musique cubaine
Par Reinaldo Cedeño Pineda Traduit par Alain de Cullant
Le musicien cubain Esteban Salas est considéré comme le plus important en Amérique au XVIII siècle.
Illustration par : Antonio Guerrero

Le musicien Esteban Salas (1725-1803), considéré comme le plus important en Amérique au XVIII siècle, est l'un des fondements de la culture cubaine.

La cathédrale de Santiago Cuba, fondée en 1522, a résulté un lieu d'émerveillement pour le célèbre écrivain et musicographe Alejo Carpentier. Dans son livre La música en Cuba (1946), il annonce une grande découverte : celle des partitions - apparemment perdue – d’Esteban Salas: « le premier classique de la musique cubaine ».

Depuis cette époque jusqu'à maintenant, son œuvre a pu être « exhumée » et elle fait partie des fondements de la culture cubaine, spécialement quant à sa musique.

Bien qu’il soit né le 25 décembre 1725 à La Havane, toute l’œuvre de Salas qui a perduré a été développée dans la chapelle de musique de la cathédrale de Santiago de Cuba, où il s’est établi à l'âge de 39 ans. Quand il a remis au Cabildo (Conseil), comme cela était de rigueur, un Ave Maria Stella, tous ont su qu’ils étaient devant un artiste avec une majuscule.

Les œuvres de Salas s’inscrivent dans le baroque, avec des éléments du classicisme et des influences hispano-italiennes ; « Mais devant lui, sans aucun doute, nous sommes en présence d'une sensibilité américaine », souligne le musicologue Helio Orovio. Personne, dans l’Amérique du XVIIIe siècle, n’a l’amplitude et le niveau de qualité de ses œuvres.

Ses chants de Noël ont d’abord été enregistrés par le chœur Madrigaliste, puis par les célèbres, Exaudi, Ars Longa et Orfeón Santiago. Toutefois, le directeur de ce dernier groupe, Electo Silva, un mythe de la musique cubaine, affirme : « On chante peut-être Salas avec beaucoup d'onction, mais on dit le chanter également avec joie ».

Le catalogue des œuvres de ce maître compte aussi des messes, des hymnes, des psaumes, des motetes, des leçons, des cantiques et des antiennes, parmi d’autres compositions de nature religieuse. Entre ses œuvres les plus connues se trouvent les chants de Noël Claras luces, Qué niño tan bello, Una nave mercantil et Quién ha visto que en invierno.

La musicologue Miriam Escudero, Prix Casa de las Américas dans sa spécialité, a compilé et publié ces dernières années les œuvres de Salas en plusieurs volumes, un travail en pleine réalisation.

« Même si je travaille avec les versions numériques des partitions, il faut toujours que je retourne à Santiago devant n’importe quel doute, car là se trouvent les plus importantes archives de Cuba, dans la cathédrale et la bibliothèque Elvira Cape. La musique liturgique de Salas est toujours une grande inconnue », a déclaré la chercheuse.

Salas était un homme d’une culture extraordinaire qui a fourni de musique toutes les paroisses de l’orient cubain. Il s’est souligné comme professeur de chant, de philosophie et de théologie dans le séminaire San Basilio El Magno, en plus d’écrire des textes pour ses œuvres non liturgiques.

Nous n’avons pas de portrait d’Esteban Salas mais le Musée de l'Archidiocèse de Santiago de Cuba, attaché à la cathédrale, garde des trésors liés à sa personne et à son disciple naturel Juan París.

Une des salles de concert et le conservatoire de la ville portent le nom de ce musicien célèbre.

Salas a écrit son denier chant de Noël le 25 décembre 1801, il est décédé deux ans plus tard, le 14 juillet. Il est l’un des pionniers et des fondements de la musique cubaine.