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Le cha-cha-cha envahi le monde
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
Le cha-cha-cha a été l'éclosion de la musique cubaine à partir de 1953.
Illustration par : Antonio Guerrero

Cuba est le pays de l'Amérique qui a apporté le plus de rythmes triomphateurs dans le monde, la habanera a influencé la samba, le tango, la danse cubaine, le merengue et le jazz. Le boléro est une musique qui représente le continent. Le son est présent dans presque toute la musique pour danser des Caraïbes. Le mambo a été la première grande explosion de la musique cubaine sur la planète et le cha-cha-cha a fait même danser la Reine Elizabeth.

Le cha-cha-cha date de l'été 1953, il est arrivé jusqu'en Chine, c’est le rythme le plus connu, il a atteint une longévité mondiale et il est devenu un modèle de base pour le rock and roll dans les années 50 et 60 du XXe siècle.

Un tumbao de 1960, avec un arrangement de René Touzet, sur le cha cha cha Amarren al loco de Rosendo Ruiz Quevedo, a été le modèle de base, selon ce que m’a expliqué le musicologue étasunien Ned Sublette. L’œuvre Louie Louie est l'exemple irréfutable, comme la version de La mamba, de Richie Valens ou Satisfaccion de Duke of Earl, et bien d'autres.

Brigiette Bardot a dansé un cha-cha-cha dans l’audacieux film Et Dieu créa la femme. Dans le film musical West side story, la pièce principale, Maria, est un cha cha cha. Le roi du mambo Pérez Prado a enregistré un cha-cha-cha , Machito y sus Afrocubano (les rois du jazz latin), Fajardo y sus Estrellas ont apporté le cha-cha-cha dans des grands cabarets comme le Montmartre de La Havane et le Waldorf Astoria, de New York et il est même arrivé au Japon avec son Sayonara. Nat King Cole a enregistré El bodeguero de Richard Egües. À cette époque tout sonnait en cha-cha-cha, disent les musiciens étasuniens.

Le critique musical John Wilson proclamait : « Le cha-cha-cha est le roi, il a inondé presque toutes les fêtes et les salles de bal du monde et spécialement dans ce pays. Une chaîne nationale des études de danse signale qu'il est maintenant la danse la plus populaire parmi ses étudiants. San Cooke a enregistré Every body loves to cha cha cha. Le rythme s’est placé dans le Greenwich Village de New York. Pour gagner en popularité, plusieurs orchestres ont adopté des noms associés à la musique cubaine, le cha-cha-cha et La Havane ».

La saga du cha-cha-cha

Le cha-cha-cha est un long processus qui s'étend sur une quinzaine d'années impliquant les rythmes cubains : le danzón fusionné avec le son.

L'un des tournants fut la création de composition Mambo (Son et Danzon) d'Orestes López de 1938. À partir de là commence une saga du « Nouveau Rythme », appelée « Mambo ».

Les frères Israel (Cachao) et Orestes López dans l'orchestre Arcaño y sus Maravillas interviennent dans ce riche projet cubain ainsi que les orchestres Melodías de la 40, Ideal, Fajardo y sus Estrellas, Neno González et la América de Ninón Mondéjar, où Enrique Jorrín fut le directeur musical, un véritable génie de la musique, selon les déclarations de Rafael Lay, le directeur de l'orchestre Aragón.

La América avec Jorrín expérimente la façon de jouer de l'orchestre, avec le son principal du rythme du güiro de Gustavo Tamayo, créateur du rayado  dans le cha-cha-cha.

Les danseurs bougeaient au rythme du güiro qu’offrait l'orchestre América, dans le Club Julio Antonio Mella, dans les stations de radio Mil Diez (du parti socialiste), Radio Salas, CMX, La Voz de los Ómnibus et La cadena Roja (parrainée par les biscuits El Gozo), ainsi que dans les sociétés Los Jóvenes del silencio, Silver Stars, Inter Social, la Fédération des Sociétés Juvéniles et, bien sûr, dans les salons Amores de Verano de Prado y Neptuno.

Directeur de l’orchestre América, Ninón Mondejar, conçoit un danzón pour chaque club où ils se présentaient, ils ont gagné le nom de « Créateur du  danzón chanté ». Bien sûr, derrière ce projet se trouvait  Jorrín, appuyé par des musiciens de la stature de Félix Reina (violon), Gustavo Tamayo (güiro) et Antonio Sanchez Reyes « Musiquita » au piano.

Une véritable constellation d'étoiles, dont beaucoup provenaient du grand orchestre d'Arcaño y sus Maravillas, voulaient faire quelque chose de plus jeune et innovante. Tous les gens de La Havane bougeaient au rythme du cha-cha-cha.

Ces musiciens avec une grande habileté et ingéniosité ont réalisé une véritable révolution musicale ; les plus grandes innovations dans la musique sont parfois des mouvements presque imperceptibles.

Le cha-cha-cha que concevait Jorrín, avec les étoiles de l’América, était réellement de faire un danzón chanté par les membres de l'orchestre. On chantait ce qui était à la mode, depuis le chotis et les couplets espagnoles jusqu’à la saveur des refrains de la rue.

Les mélodies ont été construites avec petits motifs, généralement avec deux harmonies et quelques accords simples, facilement dansable. Les improvisations arrivaient à la fin avec un rôle hégémonique de la flûte substituant les solos de piano. Voici le secret du cha-cha-cha.

Après l'América, les orchestres Sensación et Aragón sont entrés sur scène, emmenant le cha-cha-cha au sommet, en mélangeant le nouveau rythme avec les savoureux cellules du son et du mambo moderne. Un cha-cha-cha magnifié.

Les triomphes du cha-cha-cha

Le cha-cha-cha a été l'éclosion de la musique cubaine à partir de 1953, il a rempli les poches des impresarii, Enrique Jorrín disait « quand a surgit le morceau La engañadora, la maison discographique Panart était en faillite et elle est devenue millionnaire grâce à ce titre et au cha-cha-cha. Avec mes contributions ils ont acheté une usine de disques, mes enregistrements s’épuisaient rapidement dans les magasins ».

Rolando Valdés, Rafael Lay, Richard Egües et presque tous les musiciens des années 1950 ont reconnu que le cha-cha-cha, impulsé par Jorrín avec l'América, leur a permis de bien manger. Rolando Valdés assurait : « Nous avons délogé les grands jazz-bands des salons aristocratiques ». Jorrín ajoutait : « Le cha-cha-cha a varié l’instrumentation des jazz-bands ». Les charangas, à cette époque, jouaient seulement dans des endroits de troisième catégorie, à la Playa de Marianao ou dans les fêtes des Noirs, toute la nuit, avec la montée de La engañadora ils sont devenus les favoris.

Les jazz-bands jouaient les bongos et les maracas et, se voyant déplacés, ils ont changé ceux-ci pour les cymbales et les güiros, ils ont incorporé les flûtes, les petites cymbales, les guiros et d’autres éléments, cherchant la sonorité des charangas.

Jorrín, avec le cha-cha-cha, a inspiré d'autres compositeurs : Richard Egües (El bodeguero, La muela, Sabrosona), Rosendo Rosell (Calculadora), Miguel Jorrín (Espíritu burlón, No te bañes en el malecón), Ramón Cabrera (Esperanza), María Aurora Gómez (El baile del suavito), Jorge Zamora (No me molesto, La basura), Antonio Sánchez "Musiquita" (Poco pelo, Yo sabía que un día), Enrique Jorrín (La engañadora, El túnel, Nada para ti, El alardoso).