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Le Paseo del Prado
Par Ciro Bianchi Ross Traduit par Alain de Cullant
Le Paseo del Prado, construit comme une promenade en 1772, est l'une des plus importantes avenues de La Havane.
Illustration par : Antonio Guerrero

Construit comme une promenade en 1772 sous le gouvernement colonial du Marquis de la Torre, Capitaine Général de l'île, une des plus florissantes colonies espagnoles d'Amérique. Son premier nom était « Alameda de Extramuros », pour se trouver hors des grandes murailles qui entouraient la ville. Les successifs gouvernements, jusqu’à Ricafort, l’ont considérablement améliorée. C'est pendant le gouvernement du général Valdés (1841-1843), qu’elle prend le nom de « Alameda de Isabel II » en l'honneur à la Reine d'Espagne, et en 1904, sous la République, par l'accord de la Marie, cet endroit est appelé « Paseo Martí ». Bien que pour tous il est et sera le « Paseo del Prado ».

Depuis sa fondation, l'endroit a été choisi comme un favori parmi les résidents qui y venaient à pied ou en calèche, le considérant comme un site de loisirs. Il a été remodelé en 1834, avec des améliorations significatives quant à son pavement, son mobilier et son éclairage.

Le Paseo del Prado est composé du propre Paseo, du Parc Central, de l'Esplanade du Capitole et de la Place ou Parc de la Fraternidad.

En 1928, l'architecte-paysagiste français Jean-Claude Nicolas Forestier a dessiné le Paseo del Prado pour le convertir en l'une des plus importantes avenues de La Havane. Il est situé dans la Vieille Havane, s'étendant de la Fontaine de la India et du Parc de la Fraternidad jusqu’au Malecón.

Sur le Paseo del Prado il y a huit sculptures de lions. Elles ont été fondues avec le métal des canons qui, auparavant, protégeaient la ville contre les pirates. Au cours de la période néocoloniale, on a constaté qu'ils n'étaient plus nécessaires et ils ont été fondus pour créer ces sculptures. En 1928, le Président de Cuba a commandé ce travail au sculpteur français Jean Puiforcat et au sculpteur cubain et expert en fonte de bronze Juan Comas.

Au début du Paseo, sur le Malecón, il y avait un kiosque où la Fanfare de l’Etat-major de l’Armée offrait un récital hebdomadaire et où ont été réalisées nos premières émissions de radio. A l’angle du Malecón et du Prado a été construit l’hôtel Miramar » et, plus tard, le Miramar Garden, un centre de réunion des jeunes danseurs de l’époque et où avaient lieu des combats de boxe.

À l’angle de la rue Cárcel se trouvait le concessionnaire des automobiles Packard et Cunnighamm et au-dessus, la RHC Cadena Azul, du magnat cigarier Amado Trinidad, a ouvert ses portes le 1er avril 1940. 

À l’intersection avec la rue Genios, appelée ainsi pour la Fontaine de los Genios, il y avait une maison de trois étages où se trouvait durant de nombreuses années les Tribunaux d'Instruction et de Première Instance de La Havane ». A l’angle suivant, avec la rue Refugio, on peut encore voir la demeure où vivait Frank Steinhart, le premier consul étasunien dans l'île, qui est devenu ensuite un magnat du transport.

Prado et Colón était le site préféré de la bourgeoisie cubaine, qui venait assister à la première des films cinématographiques dans le cinéma Fausto, au début, cette salle de cinéma était une construction en bois.

À l'angle de la rue Trocadero se trouve encore ce qui était la résidence du général José Miguel Gómez, après avoir été Président de la République. « Le requin se baigne, mais il éclabousse ». Vous rappelez-vous de ce dicton populaire ?

Le collège de José Mª Mendive, où notre Apôtre José Martí a étudié dans son enfance, était à l’angle de la rue Ánimas et, en face, se trouvait un cinéma en plein air appelé Maxim.

À Prado et Virtudes il y avait le café El Pueblo, à côté du siège des journaux La Noche et La Nación. En face, l’Hôtel Jerezano,  », où dans le trottoir,  le 12 août 1933 Antonio Jiménez, chef de la police machadista a été exécuté.

Le dernier angle du Prado – avec la rue Neptuno – était occupé pendant la période coloniale par la célèbre « Bodegón de Alonso », une propriété des Álvarez de la Campa, père et oncle de l'un des huit étudiants en médecine fusillés en 1871.

Après la destruction du « Bodegón de Alonso », un bâtiment de trois étages a été construit : Las Columnas, un établissement qui est devenu célèbre car, dans les étages, il accueillait des excellents bals et c’est dans l’un de ses salons qu’est né le Cha Cha Cha. Au rez-de-chaussée, durant de nombreuses années, se trouvait le célèbre « Restaurante Miami » et un luxueux magasin de fruits.

Le Paseo del Prado a aussi été le témoin d’événements retentissants. En plus de ce qui précède, nous pouvons ajouter le duel irrégulière à tirs entre les législateurs Quiñones et Collado, dont le premier a perdu la vie; les appelés « événements du Prado », qu’ont eu lieu l’après-midi du 9 juillet 1913 quand le chef de la police, Armando Riva, a ordonné la suspension du jeu et la fermeture de toutes les maisons de jeu qui opéraient à la Havane, et comme  il a affecté les intérêts de certains, il a reçu plusieurs  coups de revolver mettant fin à sa vie, sans même respecter la présence de ses deux jeunes enfants qui l’accompagnaient.

Ce sont seulement certaines anecdotes de cette artère, mais il a eu aussi des situations moins dramatiques qui sont même à jamais dans nos souvenirs…Vous ne vous rappelez pas du cha cha cha La engañadora d’Enrique Jorrín ? Et tout a eu lieu à l’angle de Prado et Neptuno…