IIIIIIIIIIIIIIII
José Martí dans le pinceau d’Herman Norman
Par Josefina Ortega Traduit par Alain de Cullant
Le tableau, a aussi écrit le peintre Federico Edelmann, « donne une idée exacte et juste de Martí ».
Illustration par : Adriana Arronte

Je suis presque sûre que c’est une des œuvres qui reflète le mieux la personnalité de José Martí sur la toile. « La composition – aux dires de Loló de la Torriente – souligne, au premier plan, la figure singulière qui a servi de fond aux livres aimés entre lesquels, sûrement, se trouvera cette édition du Corbeau, d'Edgar Allan Poe, illustrée par Doré, qui a toujours été de sa prédilection. (…) Rien n’est forcé dans la pose. La feuille immaculée, sur la table, attend la pression passionnée d'une plume qui ne connaît pas le repos…»

 

Cet événement a eu comme scène le célèbre bureau de 120 Front Street, à New York, où cet homme de 38 ans, qui aime la liberté, travaille sur la préparation de la guerre nécessaire.

 

Le tableau, a aussi écrit le peintre Federico Edelmann, « donne une idée exacte et juste de Martí ». De 43 cm de haut sur 39 de large, la toile n'exige pas d'autre plaisir pour saisir, comme l’a dit un certain critique, l'image vivante du José Martí réel, en chair et en os, ce qui serait confirmé par son amie Blanche Z. de Baralt, qui conseille aux artistes voulant reproduire l'image de l'Apôtre qu’ils devraient étudier ce portrait, car il avait « le sceau de son esprit et de son caractère essentiel ».

 

L’anneau qui apparaît à un des doigts de sa main gauche, un souvenir tragique que sa mère a toujours voulu qu’il porte, a été fait avec un maillon de la chaîne quand il a été emprisonné alors qu’il était encore presque un enfant, et il avait le mot Cuba taillé en grandes lettres.

 

« Qu'est-ce qu'a des yeux, et n'est-il pas peintre ? »

 

L'histoire commence quand le jeune artiste suédois Herman Norman, arrivé en 1887 à New York – où il travaille comme docker –, entend parler de José Martí. Il manifeste son désir de le connaître. Un ami commun l’emmène voir le Cubain dans le vieux bâtiment de briques noircies de 120 Front Street. Un courant de sympathie s’établi rapidement entre les deux hommes.

 

L’idée du portrait a dû naître dans ce petit bureau du quatrième étage. L'artiste suédois est tombé sous le charme de Martí, comme tant d'autres. Il est sûr que dans la conversation, l’admiration du Maître pour la bonne peinture n’a pas manqué. « Qu'est-ce qu'a des yeux, et n'est-il pas peintre ?  », s'était-il déjà demandé. À l’âge de 14 ans, Martí était inscrit au cours de dessin élémentaire dans l'Académie des Arts Plastiques San Alejandro, appelée en cette époque École Professionnelle de Peinture, de Sculpture et de Gravure de La Havane.

 

Beaucoup de ses dessins apparaîtront en marges de ses cahiers ou sur des pages complètes. Le plus connu de ses autoportraits, aujourd'hui le logo du Centre des Études Martianos, montre une acuité impressionnante.

 

Mais il est certain que malgré l'impact de sa rencontre avec le patriote cubain personne n'aurait pu s’imaginer qu’ Herman Norman, né en 1864 – 11 ans après Martí – à Tranas, dans la région suédoise de Smolandia, soit précisément le créateur du seul portrait à l'huile connu de l'Apôtre en vie, et qui a offert de grand service quant à son rapprochement.

 

« La plume dans sa main, fine et nerveuse… »

 

La force expressive qui se détache de ce petit portrait étonne, une œuvre qui est exhibée aujourd'hui dans le Musée Maison Natale de José Martí, dans la rue Leonor Pérez de la Vieille Havane.

 

Le regard de l'Apôtre ce détient face au peintre, qui a recueilli le grand front, le regard reposé, les lèvres presque couvertes par une épaisse moustache et les autres caractéristiques faciales de Martí. On pense que le tableau en question a été réalisé en 1891, bien qu'il n'y ait pas de données précises à ce sujet car son auteur n'avait pas l’habitude de dater ses œuvres. Il signait seulement avec ses initiales.

 

Il représente Martí comme s’il était assis sur le bout de la chaise face à sa table de travail, incliné vers l'avant. Certains disent qu'il semble être debout. Mais la plus grande expressivité se voit dans les yeux et les mains, des points focaux de persistante attention chez presque tous ceux qui ont connu l'auteur de La Edad de Oro.

 

« La plume dans sa main, fine et nerveuse, était un attribut qui paraissait faire partie de son être », a affirmé Blanche Z. de Baralt –, elle est très ennoblie sur la toile de l'artiste suédois, qui est mort le 24 août 1906, à 42 ans, le même âge que Martí quand il est tombé à Dos Ríos.