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Histoire de ma création plastique
Par Antonio Guerrero Traduit par Alain de Cullant
Chaque œuvre exprime non seulement mon essence humaine mais aussi celle des Cinq.
Illustration par : Antonio Guerrero

Au début de l'année 2003, juste au moment où j’accomplissais ma première année d'emprisonnement dans le pénitencier de Florence, Colorado, je cherchais anxieusement la façon d’occuper mon temps loin de toute l'atmosphère de tension et de violence qui règne dans cette prison.

La poésie a été une arme efficace pour vaincre les longues périodes d’injuste punition dans les appelés « trous », ainsi que les prolongés « lock downs » auxquels étaient soumis toute la population pénale ici, après tout incident violent. Mais l’agitation constante, dans la routine « normale de la prison », ne m'a  pas permis que la Muse m'inspire, comme si elle était effrayée et qu’elle était partie.

Un jour, je suis allé au « Hobby Craft », (Département de Loisirs) et j’ai rencontré un prisonnier qui donnait des cours de dessin au crayon, fondamentalement tout le monde fait un portrait. J’ai surtout été touché par le travail de l'instructeur et j’ai cherché avec lui comment je pourrais participer à sa classe. Cette personne avait un grand enthousiasme pour enseigner ce qu'il connaissait et par chance il était dans la même Unité de dortoir que moi.

Il m'a fourni un peu de matériels et le lendemain j’avait déjà décidé mon premier projet : un portrait de ma chère mère.

Ma première œuvre n’était même pas terminée qu’est venu la soudaine et vile peine d’isolement du « trou » pour les Cinq dans nos cinq prisons. C'était le résultat de l'application des Mesures Administratives Spéciales (SAM en anglais) dictées par un ordre du Procureur Général. La solidarité internationale et l’énergique demande de nos avocats a rendu possibles que l’injuste châtiment soit levé en un mois.

Quand je suis revenu à mon Unité de dortoir, j’avais « perdu » ma place et ils ne savaient pas où me placer. J'ai réalisé que le détenu, l’instructeur des classes de dessin, était seul dans une cellule et j’ai dit au gardien : met moi avec lui. Il a été surpris car ce détenu était de race noire, ce qu'ils appellent un afro-américain et ici on ne voit pratiquement jamais (et cela n’est pas acceptée par les prisonniers) que cohabitent des détenus de différentes races ou groupes (ou gangs).

Comme je l’espérais, André m'a accepté dans sa cellule et mon intérêt pour le dessin a commencé à augmenter avec cette coexistence et nous nous sommes liés d’amitié.

Je dédiais plusieurs heures au dessin chaque jour, mes cinq premières œuvres ont nécessité l'aide de l'instructeur, mais je me souviens qu’est venu un « lock down » durant quasi un mois et André m'a dit : « Maintenant tu vas faire le portrait tout seul ». Et en effet j'ai fait seul l’œuvre avec les portraits de José Martí et Cintio Vitier durant cet enfermement. Quand je l'ai fini, j'ai réalisé que je pourrais continuer mon chemin indépendamment et c’est arrivé au bon moment car André a été transféré dans une autre prison en Californie à peine le « lock down » terminé.

Un Indien natif, détenu aussi dans mon unité, a occupé la place d’André comme instructeur. Nous sommes aussi devenus de bons amis. Tous les soirs, nous travaillions ensemble sur différents projets. Le mélange des enseignements d'André et de ce nouvel instructeur m’a permis de créer ma propre méthode de travaille.

Parfois j’étais capable de terminer un portrait en une seule journée. Jusqu’à ce jour, j'ai fait plus d'une centaine d’œuvres au crayon.

En 2005, j'ai rencontré un détenu qui a offert de m'apprendre la calligraphie. Mon intérêt était de nettoyer les poèmes écrits durant ces années d’emprisonnement.

J'ai acheté certains matériels indispensables, mais j'ai réalisé que la peinture à l'eau que j’utilisais n'était ni bonne ni suffisante. J’ai cherché  quelque chose qui pourrait remplacer la peinture (que l’on n’avait pas le droit d’acheter) et, par l’intermédiaire d’un autre prisonnier, j’ai eu des tubes de peinture aquarelle. C'était un autre échec pour la calligraphie et je me suis dit que faire avec tout cela maintenant. Je me suis décidé pour des petites peintures. Ici, personne ne peint avec cette technique, alors j'ai seulement compté l'aide de quelques livres que j’avais acheté avec les peintures. Peu à peu j’ai pris confiance dans mes tracés avec les quelques pinceaux dont je disposais et je me suis proposé des objectifs majeurs.

La couleur a donné une autre vie à ma création. J’aimais peindre. Je terminais chaque œuvre en un ou deux jours.

Avec l'aide d'une grande amie de Cuba et des Cinq, Cindy O'Hara, qui m'a envoyé des livres et des photos, j’ai pu mener à bien deux projets intéressants à l'aquarelle : Les oiseaux endémiques de Cuba et Les espèces d'aras. D’autres amis solidaires aux Etats-Unis, comme l'infatigable Priscilla Felia, m'ont envoyé des livres qui m’ont été très utiles pour mes progrès autodidactes dans ce domaine et dans d’autres techniques.

Un détenu de la prison de Marion, dans l'Illinois, est arrivé à la fin de l'année 2005, il commençait à montrer un travail impressionnant de pastel en photos. Ils l'ont mis dans mon Unité de dortoir et je me suis rapidement intéressé à cette nouvelle technique. J'ai acheté un peu de matériels, conformément à ses instructions. Il avait une grande disposition pour l'enseignement, mais il a eu rapidement des problèmes, il a été envoyé au « trou » et il n’est jamais revenu à la population générale.

J’ai été confronté une nouvelle fois à la question de savoir quoi faire avec le matériel acheté et j’ai recouru une fois de plus aux livres pour apprendre une technique inconnue. J’ai décidé que ma première œuvre en pastel serait un portrait du Che, et après celui-ci j’ai commencé un projet de quatorze portraits des plus importantes personnalités de notre histoire. J’ai continué à utiliser les pastels en permanence dans ma création plastique. Le plus récent avec cette technique a été un groupe de nus avec lesquels j'ai étudié le visage humain et les différentes nuances de la peau sous l'effet de la lumière et de l’ombre.

Il y a tout juste deux mois, toujours comme autodidacte, j’ai fait des incursions dans la peinture l'acrylique à l'aide d'un aérographe.

Mon intérêt pour l’huile ne pouvait pas manquer. Ici on autorise seulement un type de peinture à l'huile qui est soluble dans l'eau et, même si ce n’est pas la peinture traditionnelle, elle a assez similitude dans sa façon d'être utilisée et des résultats semblable à l’autre. Jusqu'à présent, j'ai terminé cinq œuvres avec cette technique.

Sans plan ni guide spécifique, j’estime que le fait d’avoir commencé avec des portraits au crayon, ensuite à l’aquarelle, au pastel et, enfin, à l'huile a été un chemin relativement correct. Il est évident que toutes ces œuvres manquent de la professionnalité que donne l'étude dans une école d'art et les conseils d’un instructeur ayant une véritable connaissance des arts plastiques.

L'essentiel, je crois, a été de surmonter l’enfermement avec une activité saine et utile telle que la création plastique. Chaque œuvre exprime non seulement mon essence humaine mais aussi celle des Cinq, unis par des principes indissociables.

Le peu que  j'ai appris je l’ai transmis à d’autres détenus avec un désintéressement total et, parfois, avec une grande patience.

« La vérité aime l’art », a dit José Martí et dans nos cœurs règne la vérité, fondue à l'amour et au dévouement à la juste cause de notre peuple héroïque : Là est l’impulsion pour chaque œuvre !